lundi 4 mai 2009

REJOIGNIEZ-NOUS SUR : "ensemble, agissons"

Pour cela, il vous suffit de cliquer sur le lien ci-contre.

lundi 30 mars 2009

Ainsi va la vie

Chers amis,

Une aventure s'achève. Une autre commence. Ainsi va la vie.

Pendant presque deux années, j'ai partagé avec vous les nourritures de ce blog. Nous avons fait connaissance, échangé des points de vue et nous avons été en communion d'esprit et de coeur. Ma gratitude est immense.

"Ecrire si ça sert à quelque chose, ce doit être à ça : à témoigner. A laisser ses souvenirs inscrits, à déposer doucement, sans en avoir l’air, sa grappe d’œufs qui fermenteront. Non pas à expliquer, parce qu’il n’y a peut-être rien à expliquer ; mais à dérouler parallèlement", écrivait JMG Le Clézio dans "L’extase matérielle".

Cette expérience m'a ouvert le chemin vers d'autres terres. Je vais à présent m'investir durablement dans un projet porteur d'espoir et d'avenir, celui de l'association "Ensemble, agissons", que certains d'entre vous ont déjà rejoint. Poursuivons notre chemin là où la vie nous attend. C'est le partage et l'amitié qui font vivre l'amour et donnent sens à cette vie.

Je vous embrasse.

Pour clôre ce chapitre, je vous offre ce bouquet de sourires métissés glanés au cours du dernier défilé de la Biennale de la danse.

mercredi 25 mars 2009

Le Printemps du cinéma

D'un coté un jeune homme illettré qui, contre toute attente, va remporter 20 millions de roupies à un jeu bien connu en Occident: "Qui veut gagner des millions?". C'est le film de l'écossais survolté Danny Boyle, "Slumdog millionnaire".

De l'autre coté, un jeune sans-papier, venu de son Kurdistan irakien, prêt à risquer sa vie pour rejoindre son amie (dont il est amoureux) de l'autre coté du Channel. C'est le film du discret Philippe Lioret, "Welcome".

Qu'ont en commun ces deux jeunes hommes, a peine sortis de l'adolescence? Rien sinon de vivre leur destinée sans que rien ne puisse les arrêter. "C'est écrit", lit-on en exergue du film de Danny Boyle.


Jamel (Dev Patel) a 18 ans. Il est questionné violemment pour être arrivé en finale du jeu "Who wants to be a millionnaire" dans la banlieue de Mumbaï (Bombay). Impensable disent les policiers goguenards et sûrs de leurs faits; Il a forcément triché. Sans doute a -t-il même bénéficié de complicités. Il va bien finir par avouer. Avec sa coréalisatrice Indienne, le réalisateur du brillant Trainspotting se jette à corps perdu dans une histoire qui nous plonge au coeur des bidonvilles de Bombay. Le subterfuge de l'écriture permet de retracer divers épisodes de la vie du jeune homme, depuis le massacre perpétré de sa jeune mère musulmane par des hindous intégristes jusqu'à la rétention contre son gré de sa jeune amie par un groupe de tueurs sans scrupules. J'en passe et des meilleures. Un série de poncifs et de clichés comme en raffole le cinéma Indien. Et bien sûr une happy end, puisque notre héros(?) va quand même remporter cette finale dans des circonstances assez invraisemblables et empocher le gros lot. Nos deux tourtereaux vont enfin pouvoir vivre leur love story sous le regard attendris de millions d'indiens qui rêveront, à leur tour, de semblables destinées.

De Bombay, on ne voit que les riches studios de Bollywood, dirigés par son animateur-producteur fétiche, peu enclin à la compassion. Quand il essaie d'induire en erreur notre jeune candidat, on soupçonne qu'il n'en est pas à sa première arnaque. Quand aux bidonvilles dans lesquels la caméra s'immisce de façon peu ragoûtante, ils servent de faire valoir et de décor à une histoire dont on tire toutes les ficelles, fusse au mépris de ce qui constitue le refuge de millions d'âmes dont la morale n'est pas à vendre.

Malgré toutes ces invraisemblances, on se laisse facilement emporter par le rythme du film, le jeu convaincant des acteurs, la musique entraînante, les couleurs, l'ambiance peu habituelle pour ce genre de film. Pas de chorégraphie mièvre (sauf pour le générique de fin), un rythme soutenu comme dans les meilleurs films américains et japonais. Car il s'agit avant tout de divertir le spectateur, de lui en mettre plein la vue. Le scénario misérabiliste ne change rien. Et cà marche, le temps d'un film qui ne laisse derrière lui qu'une traînée de poudre, à l'image d'un film de série B américaine ou d'un western spaghhetti. Du pur divertissement dans une mégapole bouillonnante de misère et de violence. "Slumdog millionnaire" a remporté 8 Oscars, dont celui du meilleur film, en 2008.


Bilal (Firat Ayverdi) lui, a 17 ans. Sa première tentative pour quitter son pays a été contrariée par des militaires locaux qui lui ont fait subir un véritable cauchemar en lui recouvrant la tête d'un sac plastique pendant une semaine. Comme tous les candidats à l'exode, Il a du payé 500 euros à un passeur véreux. Lorsqu'il se retrouve à bord d'un camion la tête enfermée dans un sac plastique pour ne pas être repéré par les détecteurs de CO2 des services de la douane, la toux qu'il ne peut réprimé entraîne l'échec de la traversée, pour lui et les autres clandestins embarqués dans cette aventure. Rien cependant ne semble pouvoir arrêter le candidat au passage qui veut à tout prix donner corps à son rêve: devenir un jour footballeur dans le célèbre club de Manchester, au cotés d'un Ronaldo pointant son doigt vers le ciel en signe de victoire. Avec l'aide d'un maître nageur sauveteur (Vincent Lindon, bouleversant de présence et de retenue) il va tenter l'impossible: rejoindre les côtes anglaises à la nage. Plus de 10 heures de traversée dans une eau à 10 degrés,en dépit des courants, des tankers et des bateaux qui patrouillent à grande vitesse. Il échouera à moins de 800 mètres du but rattrapé par des garde-côtes zèlés remplissant leur mission.

De Calais, on ne voit que des quais, des docks, des bureaux, des flics, un appartement, un supermarché, des plages à n'en plus finir, des tribunaux qui jugent à la va vite, dans le seul but que la ville ne devienne pas un camp de réfugiés en situation irrégulière. Et cet homme ordinaire qui, touché lui-même dans sa vie de couple ratée, se lance dans une aventure illégale, sévèrement réprimée (cinq ans de prison à quiconque vient en aide à un clandestin) comme pour se racheter une conduite, pour dire qu'il existe lui aussi et qu'il peut être utile à ce jeune homme (ce fils qu'il n'a pas eu) qui a fait 4000 kilomètres pour rejoindre celle qu'il aime alors qu'il n'a pas été fichu, lui, de traverser la rue pour retenir sa compagne.
Constat cruel, réalité amère, que Philippe Lioret (le réalisateur inspiré de L'équipier, Mademoiselle et Je vais bien, ne t'en fais pas) filme avec sensibilité, pudeur et une grande tendresse pour tous ses personnages, même ceux qui n'ont pas forcément le beau rôle. On sort du film bouleversé, touché au coeur, par cet élan de fraternité dont on voudrait bien être capable si on était dans pareille situation.

Deux films, deux auteurs, deux formes de cinéma. L'une extravertie, tout en démesure, enjôleuse, virevoltante, comme peuvent l'être les films indiens made in Bollywood. L'autre pudique, mesurée, rigoureuse, réaliste jusque dans les moindres détails, et poignante dans sa simple cruauté.
Deux destins. Deux manières d'être et de vivre dans le monde, au printemps de la vie.

vendredi 20 mars 2009

Un trésor d'expérience et de sagesse

Lorsqu'on est détenteur d'un savoir, d'un savoir-faire, d'une expérience que l'on a soi-même acquise au terme d'un dur labeur, impliquant remise en question, doutes, recherche, ascèse, se pose alors la question de la transmission. Qu'il s'agisse d'artisanat, de travail artistique ou de spiritualité, la question qui taraude tout transmetteur est: Qu'est ce que je veux transmettre? Comment vais-je m'y prendre pour que ce que j'ai moi-même appris puisse être reçu, compris, assimilé par quelqu'un d'autre?


"La transmission selon Arnaud Desjardins" n'échappe pas à la règle. En rédigeant ce livre, vingt cinq ans après "Confidences impersonnelles", Gilles Farcet, collaborateur pendant onze ans d'Arnaud Desjardins et témoin privilégié de la vie de l'ashram pendant toutes ces années, nous fait partager un trésor d'expérience et de sagesse extraordinaire et nous lui en sommes gré. "Il faut que ce soit le livre qui dise, après sa mort, qui était vraiment Arnaud Desjardins", écrivait l'auteur en août 2007. Pari ambitieux. Arnaud Desjardins avait pris soin de préciser: "L'important n'est ni vous ni moi, mais les services que ce livre pourra rendre à d'autres". Pari tenu. Cet ouvrage marquera les esprits et restera, j'en suis sûr, une référence pour tous les chercheurs spirituels soucieux de conduire une réflexion sur l'enseignement, la transmission, et la gestion d'un héritage spirituel.

Dans la première partie du livre, toutes les questions, les interrogations relatives à la nature de l'éveil, son intégration et sa maturation, sur la non-dualité, sur l'appartenance à une lignée, sur la relation maître et disciple, (selon qu'il se situe dans approche directe ou indirecte) ou sur les enjeux délicats que pose la poursuite d'une transmission d'un héritage spirituel sont abordées avec le maître. Sans concessions, sans soumission à la parole du maître, avec parfois même un brin d'impertinence mais toujours avec une grande générosité. Mâ Ananda Mayî, Swami Ranmdas, Chandra Swami, Ramana Maharshi, Khyentsé Rinpoché, Sensei Deshimaru et bien sûr Swamiji Prajnânpad sont les maîtres les plus souvent cités par Arnaud Desjardins qui a eu la chance de les approcher au cours des longs séjours qu'il fit en Inde et au Japon. Sans oublier les maîtres soufis d'Afghanistan ou Lee Lozowick, qui sous ses allures de rockeur, n'en est pas moins l'un de ses plus fidèles amis spirituels.

Toutes celles et ceux qui ont écouté Arnaud Desjardins ont pu apprécié ses talents de pédagogues. Sa manière d'exposer la pratique, en utilisant le plus souvent des exemples empruntés à la vie de tous les jours dans lesquels chacun peut se reconnaître. Sa parole est claire, aussi simple que le sujet l'autorise, précise et toujours pleine de bon sens.

Même si Arnaud Desjardins représente pour beaucoup d'entre nous l'incarnation de la plus haute possibilité de la conscience humaine, celui-ci nous rappelle sans cesse que "les plus hautes vérités métaphysiques sont perceptibles au coeur de l'expérience immédiatement ordinaire". "10% inspiration, 90% perspiration" disait Swamiji Prajnânpad, à un Arnaud encore impatient de progresser sur la voie. L'incompréhensible et mystérieux mouvement de la vie fait le reste. "De toutes les façons, tu ne pourras éviter d'accomplir les actions que tu portes en toi, qui sont dans ta nature", disait en substance Krishna à Arjuna dans la Bhagavad-gîtâ.

Que l'on qualifie le maître d'éveillé, de libéré vivant, qu'il ait atteint l'illumination, le satori, la réalisation suprême, le Soi, (suivant le qualificatif en usage dans différentes voies), importe peu. L'important est qu'il soit établi dans une autre perspective, dans le lâcher -prise absolu, dans l'évidence du "Ici et maintenant, où à chaque seconde suffit son oui" et que son comportement soit en adéquation avec l'enseignement dont il est porteur. A la question posée par un retraitant: Qu’est-ce qu’un sage ? Qu’est-ce qu’un homme libéré ? "C’est un être unifié qui ne doute plus, qui est un avec l’émotion et non plus emporté par elle. C’est un homme libre en paix avec lui-même et avec le monde", avait répondu Véronique Desjardins à la Khanaqa un soir de décembre 2006.

L'association des Amis d'Hauteville compte aujourd'hui plus de deux mille membres. A quatre vingt trois ans, Arnaud Desjardins fait figure de patriarche spirituel. Son rayonnement et sa noble présence ont touché le coeur de ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin. Sa capacité à rassembler et à faire vivre ensemble les sensibilités les plus diverses témoignent de son ouverture sur le monde. La liste de ses collaborateurs (anciens et actuels) témoigne de cette diversité des approches et des caractères. L'accueil, au sein même de l'ashram, de courants appartenant à diverses traditions, matérialisés par les lieux de recueillement (chrétien, juif, musulman et tibétain) sont aussi la preuve tangible de cette ouverture du coeur.

L'évolution de la vie de l'ashram, preuve temporelle de la transmission vivante dont Arnaud Desjardins est la figure emblématique, fait l'objet de la deuxième partie du livre.
L'implantation au Bost en Auvergne (de 1974 à 1983) aura été le creuset de ce qui deviendra Font d'Isière dans le Gard (de 1984 à 1994) puis Hauteville en Ardèche (de 1994 à aujourd'hui). A chaque étape de l'évolution de la vie de l'ashram, Arnaud Desjardins a fait preuve de flexibilité pour continuellement s'adapter à la demande et aux besoins des nouveaux arrivants. En ne transigeant jamais sur l'essentiel: sa fidélité à Swamiji Prajnânpad et à l'esprit transmis par son maître, confiant dans le processus de transmission et la poursuite de la lignée.

Le chemin de la maturation intérieure est long et parsemé d'embûches, martèle-t-il à tous ceux qui se mettent en chemin. Toute situation de la vie quotidienne devient l'occasion d'essayer de mettre en pratique l'enseignement reçu. On ne transige pas avec l'essentiel, même s'il est important de respecter la vitesse et la capacité d'intégration de chacun, pourvu que la démarche soit empreinte de sincérité. L'expérience des collaborateurs et leur maturité sur la voie, sera une aide précieuse, parce que plus directement accessible. "Qu'est ce qu'un collaborateur? Quelqu'un qui a suffisamment mûri pour ne plus se faire d'illusions sur lui-même ou le moins possible", rappelle le maître. "Il est un canal, un instrument, un serviteur" qui participe à sa manière à la guérison du monde.

Pour qui veut bien ouvrir son coeur et placer la pratique au centre de son existence, tout devient possible. En août 2008, répondant à des questions au sujet du livre en cours, Arnaud fit cette remarque: "Je n'ai pas le sentiment d'avoir fait quoi que ce soit, sinon accompagner un mouvement irrésistible, m'adapter aux demandes". Puissions-nous un jour pouvoir tenir de tel propos. Ce sera le signe que ce que nous aurons fait de notre vie n'aura pas été vain et que nous pourrons quitter notre enveloppe corporelle définitivement en paix avec nous-mêmes.

J'ai apprécié l'exigence, la précision, l'humilité avec laquelle Gilles Farcet s'est emparé de cette mission certainement très exaltante mais aussi un peu casse-gueule. Jamais il ne cède à la facilité. Sa ténacité dans l'échange donne même parfois le vertige. Comment? Il a osé? Cet ouvrage est passionnant car il met en perspective la nature de l'enseignement, la pratique et le long cheminement du disciple. La qualité d'écriture et la vision d'ensemble servent admirablement le propos. Tout est affaire de préparation, de maturation, comme le rappelle Gilles Farcet et comme le montre si bien ce livre.

PS: Vient également de paraître, aux Editions de la table Ronde: "Spiritualité, De quoi s'agit-il".
Arnaud Desjardins répond aux questions de son fils Emmanuel, l'auteur de "Prendre soin du monde" (cf post du 19/02/2009)

samedi 14 mars 2009

Lee Lozowick Band



En cette fin du mois de Juillet 2008, Lee Lozowick et sa joyeuse bande sillonnent la France, l'Allemagne et la Belgique, invités par des municipalités dans le cadre des concerts gratuits de l'été. Nous nous sommes retrouvés à La Roche sur Foron, petit village de Haute-Savoie, pour un concert décoiffant, à la tombée de la nuit.

Dès l'ouverture du récital, le ton est donné. Priorité aux chansons de l'album 2008: "Une langue de venin, une âme d'amour" dont les refrains impriment immédiatement les mémoires: Stay in love, Take me away , Eyes on you. Le timbre grave et un peu rocailleux du crooner se fond avec la musique aux accents tantôt rock tantôt blues. Un répertoire qui n'hésite pas à emprunter également à Bob Seger, Dylan, Ray Charles ou Muddy Waters. L'excellent guitariste qui lui donne le change est des plus convaincants et la complicité entre les tous les musiciens est perceptible. Un cocktail indispensable quand on sait que Mister Lee enchaîne les chansons dans un ordre non établi à l'avance. Le public est peu à peu conquis. Certains n'hésitent pas à venir danser à l'avant-scène.

Lorsqu'il entonne la chanson "Listen to your heart", accompagné par un groupe de choristes survoltés et une violoniste visiblement très inspirée, je vibre à l'unisson.

jeudi 12 mars 2009

Tibet, un peuple en sursis

Pierre Yves Ginet, photojournaliste au magazine Lyon Capitale (dossier spécial du mois de mars 2009), a mené l'enquête durant près de dix ans au Tibet et en Inde, à la rencontre d'une nation menacée de disparition.

Depuis le début du conflit et le soulèvement du peuple Tibétain le 10 mars 1959, rappelle-t-il, l'occupation chinoise a eu pour effet: la mort de 1,2 millions de Tibétains, la torture et l'emprisonnement de milliers de civils et de moines; la destruction de la quasi totalité des 6000 temples et monastères; la disparition d'un patrimoine considérable; l'assujettissement à une économie coloniale, le développement d'une campagne contre le Dalaï Lama et toute représentation de sa personne; l'arrivée massive de colons chinois; l'exode de 140 000 réfugiés...

La paupérisation, la ségrégation et l'illettrisme accélèrent la marginalisation d'une population submergée par les 7,5 millions de colons chinois. La prostitution prospère à grand pas, notamment à Lhassa. Malgré cela, les Tibétains résistent toujours. Depuis peu certains jeunes notamment se démarquent de la politique de non-violence prônée par le Dalaï Lama et s'exposent à une répression sanglante. La communauté internationale ne s'émeut guère, résignée, semble-t-il, devant le génocide en cours, car les intérêts économiques relèguent cette question au second plan de leurs échanges.

Au-delà du drame humain effroyable que constitue l'annexion du Tibet par la Chine, malgré la force spirituelle hors du commun d'un Dalaï Lama et des moines, on peut s'interroger sur les raisons de ce combat dont l'issue semble inéluctable tant le rapport de forces entre les deux communautés joue en faveur de l'ogre chinois qui détient les rênes de la politique, de l'armée et de l'argent.


Le magazine Lyon Capitale rappelle que ce sont les intérêts économiques qui priment avant toute considération de culture, de communauté, d'identité. Combien de temps le peuple Tibétain pourra-t-il encore résister lorsque l'on sait que le Prix Nobel de la Paix est présenté au peuple chinois comme un dangereux terroriste responsable des soulèvements et du désordre? L'histoire a parfois démontré que certaines causes, aussi justes et nobles soient-elles, ont fini noyées dans un bain de sang.
Espérons encore que ce ne sera pas le cas au Tibet.

Pourquoi la Chine tient-elle tant à maintenir le Tibet sous sa coupe ? (06/03/2009 )
Extraits:

Le Tibet offre des ressources que la troisième puissance mondiale convoite, aujourd'hui plus que jamais.
De l'or, du lithium, du zinc, du cuivre, le sous-sol du plateau tibétain en regorge. Profitant de cette aubaine, la Chine a lancé, en 2008, de vastes recherches à travers tout le Tibet historique pour y trouver ces minerais stratégiques, et notamment le lithium, un composant phare de l'acier inoxydable et des batteries de téléphones portables. Un marché indispensable à l'économie de la Chine. Le sous-sol tibétain recèlerait également des gisements massifs en gaz, potassium, et pétrole (plus de 20% des réserves mondiales) : des richesses hydrocarbures essentielles pour le programme du « développement de l'Ouest » entrepris en 2001 par Pékin en vue de la création d'un « Ouest chinois ».

Les besoins en eaux se font péniblement sentir de l'autre côté de la muraille. La Chine, affaiblie par ses réserves en eaux polluées, puise dans celles du Tibet, qui voit passer sur son territoire six fleuves majeurs de l'Asie. Mathieu Verneray, rédacteur en chef de la revue Alternative Tibétaine, raconte « les projets hydrauliques de la Chine sont nombreux, un ponctionnement du Tibet se fait régulièrement, et la Chine n'hésite pas à dériver les eaux, notamment le Yang Tsé au Tibet vers le Huang Hé au Nord de la Chine ».

Les chinois sont fatigués. Admirative des paysages idylliques et intacts d'un Tibet trop bosselé pour être aménagé par Pékin, la Chine élit résidence secondaire sur le plateau tibétain, histoire de joindre l'utile à l'agréable. Bus de tour-opérateurs, paysages « carte postale », tourisme spirituel, initiation aux prières et achats de Lung-Ta, les chinois raffolent de la culture tibétaine. Selon Caroline Benollet : « A part Lhassa, le territoire tibétain est trop accidenté pour être urbanisé, alors les Chinois en profitent autrement : ils s'y reposent ».

Du haut des montagnes tibétaines, « la Chine domine toute l'Asie », constate Anne-Marie Blondeau, chercheur au Centre de documentation sur l'aire tibétaine de Paris. Un sentiment d'orgueil que la Chine n'est pas prête d'abandonner. Selon Mathieu Verneray, il ne faut pas céder au fatalisme car l'hégémonie chinoise n'est pas absolue : « le Tibet n'est pas l'El Dorado pour la Chine ». Le journaliste ajoute : « les infrastructures,les projets hydrauliques, les gisements, les primes pour les colons chinois envoyés au Tibet ainsi que les problèmes environnementaux, toute cette puissance coloniale représente un coût important pour Pékin ». « Si les retombées ne sont pas suffisantes, la Chine pourrait peu à peu lâcher prise » espère t-il.

mardi 10 mars 2009

To do the best one can

Don Miguel Ruiz est un chaman mexicain, un nagual de la lignée des Chevaliers de l’Aigle. Sa vie bascule en 2002 lors d'une expérience de mort imminente qui l'aurait inspiré à chercher des réponses aux questions de l'existence dans la tradition toltèque. Dans "Les 4 accords toltèques", l'auteur montre en des termes simples comment se libérer du conditionnement collectif basé sur la peur.

"Il y a plusieurs milliers d’années, les Toltèques vivaient dans le Sud du Mexique ; ils étaient connus comme des hommes et femmes de connaissance . Il ne s’agissait pas d’une nation ni d’une race, comme les Aztèques ou les Mayas. Ils étaient les gardiens de la connaissance spirituelle et détenaient une position sacrée dans la société, comme les lamas du Tibet. A cause de la conquête européenne et de peur des persécutions religieuses, les maîtres toltèques ont dissimulé leur enseignement durant des centaines d’années. Maintenant que le climat religieux est plus tolérant, la sagesse toltèque est à nouveau disponible pour ceux qui mènent une quête spirituelle.

Bien qu’elle ne soit pas une religion, la voie toltèque honore la vérité présente dans toutes les traditions spirituelles du monde. Comme le Védanta et d’autres écoles métaphysiques, les Toltèques enseignent qu’il n’y a qu’un seul être vivant dans l’univers, qui se manifeste dans toutes les galaxies, les systèmes planétaires, toutes les formes de vie, y compris l’être humain. Toute chose, y compris nous-mêmes, est l’émanation de cet Etre immense et merveilleux. Comme les sages de l’Inde, les Toltèques savent que le destin de l’humanité est de s’éveiller et de découvrir l’Etre Unique qui se trouve au-delà des noms, des personnalités et de la séparation. Cet Etre Unique joue tous les rôles dans le grand drame de la vie.

Pour que nous puissions bien jouer notre rôle, les Toltèques enseignent aux gens comment être heureux en voyant à travers leurs masques sociaux et en exprimant leur soi véritable. Ils leur montrent comment se libérer des attentes d’autrui et de leurs propres croyances limitatrices."

Que ta parole soit impeccable
Parle avec intégrité, ne dis que ce que tu penses. N’utilise pas la parole contre toi-même, ni pour médire sur autrui.

Ne réagis à rien de façon personnelle
Ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité, de leur rêve. Lorsque tu es immunisé contre cela, tu n’es plus victime de souffrances inutiles.

Ne fais aucune supposition
Aie le courage de poser des questions et d’exprimer tes vrais désirs. Communique clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames. A lui seul, cet accord peut transformer ta vie.

Fais toujours de ton mieux
Ton « mieux » change d’instant en instant, quelles que soient les circonstances, fais simplement de ton mieux et tu éviteras de te juger, de te culpabiliser et d’avoir des regrets.

Yes, we can...

mercredi 4 mars 2009

Cultiver la gratitude

Au temps de ma jeunesse, j'ai adoré Léo. Son audace, sa verve, son verbe, sa révolte. Il figurait au panthéon des poètes musiciens. Le bras du mange-disque allait et venait sur les chansons phares des années 70: La vie d'artiste, On s'aimera, Cette blessure, Ton style, L'amour fou et... La solitude.

Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre solitude.
Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse.
Je ne suis plus de chez vous. J'attends des mutants.
Biologiquement je m'arrange avec l'idée que je me fais de la biologie: je pisse, j'éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s'il s'agissait d'objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules.
Mais... La solitude...

Je me souviens d'un concert donné la Maison de la Culture de Rennes. Comme à son habitude, Léo avait quitté la scène en direction du parterre des spectateurs. Eructant ses mots avec rage, il s'était rapproché de moi et j'avais senti l'écume de sa voix sur mon visage.

Et le temps a passé. Léo n'est plus. Parfois encore il me manque. Il nous manque. Sa voix nous manque. Sa façon inimitable de dire la cruauté de la vie. Le temps d'une chanson.

A l'indignation de Léo auquel j'ai longtemps adhéré répond aujourd'hui le sentiment de gratitude. Gratitude envers la vie qui n'a pas été toujours très tendre.

Dans un livre qui vient de paraître aux Editions Belfond, l'américain Robert Emmons, s'appuyant sur les dernières études des psychologues et sur des recherches en philosophie, théologie ou en anthropologie, nous invite à cultiver les vertus de la gratitude pour égayer et apaiser nos vies. S'exercer à à la reconnaissance au travers de petits rituels simples et d'outils existentiels nous permet d'accueillir chaque situation comme un cadeau de la vie. Dire oui à l'existence.

"Souvent nous croyons que ce n'est qu'après avoir résolu nos problèmes quotidiens que nous accéderons à la joie, mais c'est plutôt en la nourrissant que nous pouvons traverser les épreuves", écrit le philosophe Alexandre Jollien dans sa Préface.

L'histoire de Job nous en donne un bel exemple. "Dieu nous accorde-t-il les bienfaits sans raison?" demande Job. "Et nous envoie-t-il aussi les maux sans raison?" Job subit toutes les épreuves. Sa famille, ses richesses, sa santé, tout lui est ôté. Il persiste dans sa fidélité à Dieu et il reçoit en retour deux fois plus. Tout lui est à nouveau donné. Et il vivra plus de 140 ans, est-il dit. La gratitude lui a permis de transformer une tragédie en croissance intérieure.

"L'optimisme, la vigueur, le sens de l'humour, le soutien social, le sentiment d'un but et d'un sens, la spiritualité sont de puissants facteurs de résilience", écrit Robert Emmons. Il prend aussi à témoin Elie Wiesel pour qui "tout ce qui est positif en toute situation et en être creuse le tunnel vers la liberté et brise la forteresse du désespoir. Ce simple processus a le pouvoir de transformer votre vie. Votre liberté commence avec la gratitude pour les petites choses. Gagner ainsi du courage et de la force pour atteindre les grandes choses".

Comment intégrer la gratitude dans notre caractère et dans notre quotidien? Pouvons-nous y travailler, la cultiver consciemment? Robert Emmons répond par l'affirmative. Parmi les 10 méthodes qu'il propose de mettre en pratique, retenons en quelques-unes.

- Tenir un journal de gratitude afin de nous souvenir des cadeaux, des bienfaits, des moments de grâce et des bons éléments de notre vie: une rencontre, un sourire, une parole gentille, une aide inespérée, des événements et des situations qui peuvent paraître banales parce qu'on leur prête pas l'attention qu'ils méritent.
- Se rappeler des temps difficiles. Se remémorer des épreuves et le chemin parcouru depuis nous permet d'avoir une pleine conscience des changements qui se sont opérés grâce à nous ou malgré nous.
- Apprendre des prières de gratitude. A l'instar de celle proposée par le maître bouddhiste Thich Nhat Hanh:
Au réveil ce matin, je vois le ciel bleu
Et joins les mains en remerciement
Pour les multiples merveilles de la vie
Pour ces vingt quatre heures toutes neuves.
- Choisir la compagnie de personnes sachant être reconnaissantes et bénéficier de leur influence
- Revenir à la raison de nos sens pour apprécier le miracle incroyable d'être vivant.

Alors si la nostalgie encore affleure à l'écoute de la chanson de Léo, cultivons la reconnaissance comme un défi audacieux dont nous recevrons les bienfaits.
Avec le temps...

"Merci", Robert Emmons, Editions Belfond 2008, préface d'Alexandre Jollien.

jeudi 19 février 2009

Une révolution spirituelle

- C'est la crise, entend-on de tous cotés. Le mot est sur toutes les lèvres, Il s'insinue dans toutes les conversations. Il est proclamé sur tous les tons, en toutes circonstances. Difficile d'en cerner les contours. Chacun lui donne un sens différent, ajoutant sa touche personnelle à la morosité ambiante, comme pour se convaincre qu'il n'est pas le seul à ramer à contre-courant. Les propos sont souvent alarmistes: nous sommes engagés dans une voie irrémédiable, le monde court à sa perte. Tous les aspects de la société (politique, social, culturel, religieux) sont impliqués dans cette vision du monde qui conduit les plus extrémistes à vouloir mettre le monde à feu et à sang.


Au milieu de tout ce tumulte, avec lucidité (il n'élude aucune des difficultés actuelles), Emmanuel Desjardins nous dit que tout n'est pas foutu, qu'il faut que nous ayons le courage de regarder le monde tel qu'il est et non pas tel que nous aimerions qu'il soit.

"Prendre soin du monde, survivre à l'effondrement des illusions. Prendre conscience de l'inéluctabilité du tragique de la condition humaine et réinventer un nouveau paradigme qui implique un changement de mentalité et une nouvelle façon d'agir." Freud, Festinger, Rosset, ont dénoncé en leur temps un monde qui dénie le réel et se berce d'illusions. Le communisme soviétique, au siècle dernier, aura fourni l'exemple par excellence de cette imposture.

"Notre incapacité à trouver un sens au tragique de la condition humaine, notre malaise lorsque nous en sommes témoins, et plus encore notre difficulté à le vivre lorsqu'il nous frappe personnellement, nous plongent dans un conflit intérieur extrême. Tout en nous crie: "Non, non, dites-moi que ce n'est pas vrai, que ce n'est pas pour moi, que cela ne m'arrivera pas, ni à moi, ni à mes proches, ni à mes voisins, ni à mon pays" Ce cri du coeur, combien de fois ne l'a-t-on pas exprimé ou entendu? Nous avons tous au fond de nous la nostalgie du paradis perdu entretenu par un certain christianisme. Le progrès technologique et la croissance économique ont mobilisé les énergies entretenant l'espoir que nous pourrions un jour mettre fin à nos souffrances. Mais aujourd'hui, la philosophie de l'histoire progressiste a fait long feu. Fini les jours meilleurs et les lendemains qui chantent. "Plus personne ne sait où nous allons", renchérissent les observateurs.

Le tout-est-possible, l'optimisme et le volontarisme aveugle, le rejet de la faute sur les autres, la logique du bouc émissaire ne suffisent plus à endiguer les désenchantements. Alors que faire?
"En chacun de nous s'opposent deux forces contradictoires, l'une tournée vers la liberté, l'autre vers la dépendance. Nous vivons dans un équilibre fragile, entre amour et haine, maladie et guérison, pragmatisme et idéalisme. En affirmant que les dés sont pipés, les pseudo-réalistes s'épargnent la douloureuse confrontation à la souffrance du monde qui est est nécessaire pour entreprendre une action adaptée."

La plupart du temps, nous vivons la réalité sur le mode de la révolte, du regret, de l'espoir, de la croyance ou de l'illusion. Dans tous les cas nous alimentons un conflit intérieur que nous cherchons à combler par toutes sortes de moyens. "Pas ce qui devrait être mais ce qui est", disait Swamiji Prajnanpad.

Poursuivant son raisonnement, Emmanuel Desjardins tente d'explorer quelques propositions constructives. Pour cela il s'appuie sur quelques valeurs cruciales qui régissent nos sociétés.

La démocratie et le respect des droits de l'homme sont un rempart contre le chaos et la dictature. La loi est du coté de la réalité. "Respecter le réel ne signifie pas s'incliner devant les injustices, Cela signifie que l'illusion n'est pas bonne conseillère, que l'on reconnaît la complexité du réel, et que l'on respecte le rythme avec lequel il peut changer".

Nous avons perdu le sens du long terme. "Diminuer les tensions à long terme, c'est tenir compte de l'intérêt particulier en satisfaisant les exigences de la morale et de la justice... Une politique à long terme exige des sacrifices et se révèle impopulaire... Qui veut prendre soin du monde doit intégrer l'environnement et l'écologie politique. Comment produire du sens? Comment sauver la Planète?", interroge Emmanuel Desjardins.

Face à la faillite du libéralisme et du socialisme, Emmanuel Desjardins prend le parti de la création qui mettrait au centre de la vie humaine d'autres significations que l'expansion de la production et de la consommation. Il appelle de ses voeux à la naissance d'un nouveau parti, écologiquement engagé, se réclamant d'une nouvelle vision du monde qui prendrait à son compte "le réalisme positif".
"Pour le réalisme positif, il n' y a pas d'un coté la dure réalité, et de l'autre la splendeur de l'idéal. il n' y a que la réalité, mais toute la réalité, avec le positif et le négatif, la joie et le tragique, la libération et l'oppression, les forces de guérison et les forces de destruction".
A ce stade, il apparaît nécessaire de remettre en cause certains aspects de notre société. "La grande question philosophique, écrit Frédéric Moignot dans le Journal Le Monde, sera notre capacité à réformer notre mode de vie, à changer nos manières de consommer, de penser notre confort, de vivre dans l'abondance et le gaspillage, à accepter une possible décroissance." Privilégier l'être à l'avoir. Ainsi parlait Socrate, il y a deux mille ans.

"L'expression révolution spirituelle renvoie au renouveau d'intérêt pour un vaste domaine qui comprend la sagesse, la philosophie antique, les religions orientales, le développement personnel, et ce que certains appellent un art de bien vivre". Se remettre en cause, échapper à l'égoïsme et à la peur, être capable d'aimer, être heureux ici et maintenant. "Intérieurement, chercher à s'éveiller", comme le chante I AM . Réaliser ce que l'on porte en soi. Se changer soi-même et changer le monde: "Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que soit dans le monde extérieur que nous n'ayons d'abord corrigé en nous", écrivait Etty Hillesum dans "Une vie bouleversée".

"Tout est en permanence parfaitement heureux et complètement tragique, selon l'endroit où se porte notre regard." Prenons de la hauteur, ouvrons-nous à une perspective plus vaste, comme nous y invite Emmanuel Desjardins."Ne plus opposer l'un à l'autre mais s'intéresser à la manière dont ils peuvent de renforcer mutuellement", voilà la vraie révolution que nous devons entamer ou poursuivre.
"Si une mutation doit avoir lieu, elle sera aussi le fruit d'une multitude d'initiatives personnelles et locales. Il appartient à chacun de trouver en lui-même les ressources intérieures lui permettant d'être heureux ici et maintenant, dans le monde tel qu'il est. C'est une responsabilité dont nous ne pouvons démissionner, sans perdre de notre humanité et de notre profondeur."

La démonstration est claire, les exemples judicieusement choisis. Cet essai socio-politique a la rigueur d'un travail universitaire avec un supplément d'âme, celui d'un homme au contact permanent avec la sagesse du quotidien. Dans un contexte qui reste fragile, le livre d'Emmanuel Desjardins apporte un peu de baume au coeur et fait jaillir un lueur d'espoir. Emboîte-on lui le pas et sachons garder la lampe allumée au fond de notre coeur.

PS: "Prendre soin du monde", Editions Alphée ° Jean-Paul Bertrand 2009. Emmanuel Desjardins est également coauteur d'un ouvrage d'entretien avec Arnaud Desjardins, "Spiritualité, de quoi s'agit-il ?", aux Editions de la Table Ronde.

lundi 16 février 2009

L'esprit Indien

"Nous pouvons envisager une route sous deux aspects différents. Nous pouvons y voir ce qui nous sépare de l’objet de nos désirs et alors chaque pas que nous faisons dans notre marche est du terrain conquis de force en dépit des obstacles ; on peut également y voir ce qui nous conduit à notre destination et dans cette conception, elle fait partie de notre but, elle est déjà le commencement de notre succès ; en la parcourant nous ne pouvons gagner que ce qu’elle nous offre spontanément. Ce dernier point de vue est celui d’où l’inde envisage la nature. Pour nous le fait essentiel est que nous sommes en harmonie avec cette nature. L’Upanishad nous dit : «C’est en donnant que tu recevras»...


« Il est plus aisé pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux » - ce qui implique que tout ce que nous chérissons en avares nous sépare d’autrui, nos richesses sont pour nous autant de limitations. L’homme occupé d’accumuler des trésors a un ego qui enfle sans cesse et il ne peut traverser les portes de compréhension dans un monde spirituel qui est le monde de l’harmonie parfaite. Il est enfermé dans l’étroite enceinte de ses petites acquisitions. Aussi l’essentiel de l’enseignement Upanishadique est-il : «Pour le trouver, il faut tout accueillir»...

Les Upanishads disent : «Perds-toi complètement en brahman comme une flèche qui est entièrement entrée dans la cible.» Etre ainsi conscient de se trouver absolument enveloppé en Brahman n’est pas un acte de simple concentration de l’esprit. Il faut que ce soit le but de la totalité de notre vie. Dans toutes nos pensées et dans toutes nos actions, nous devons avoir conscience de l’infini. Puisse la réalisation de cette vérité devenir plus facile chaque jour de notre vie ! «Nul ne pourrait vivre ou se mouvoir si l’énergie de la joie qui imprègne tout n’emplissait pas le ciel». Ressentons dans toutes nos actions cette impulsion de l’énergie infinie et soyons joyeux.

L’homme ne trouve pas le bonheur permanent en obtenant quoi que ce soit, mais en se donnant à ce qui est plus grand que lui, à des idées qui sont plus vastes que sa vie individuelle, à la notion de patrie, d’humanité, de Dieu. Ces idées lui facilitent la séparation d’avec ce qu’il possède, sans en excepter sa vie. Son existence est misérable et sordide jusqu’à ce qu’il trouve une belle idée qui puisse vraiment le réclamer tout entier, et le délier de tout attachement à ses possessions. Boudha, Jésus et tous nos grands prophètes représentent ces grandes idées. Ils nous offrent des occasions de tout abandonner. Lorsqu’ils nous présentent leur céleste sébile, nous ne pouvons faire autrement que donner, et nous trouvons qu’en ce don résident notre joie et notre libération les plus vraies, car dans toute la mesure où nous donnons, nous nous unissons avec l’infini."
Rabindranâth Tagore, Sâdhanä

mercredi 11 février 2009

L'appel de l'Inde (6)

Bientôt 2 ans que nous sommes allés en Inde. Nous avions rencontré Vishalakshi et sa famille pour la première fois en Avril 2007. La fillette a grandi. Elle a désormais 13 ans. Grâce au Capucin Krishik Seva Kendra, elle poursuit ses études avec des résultats tout à fait satisfaisants. Le soutien que nous lui apportons ainsi qu'à sa famille participe à de meilleures conditions de vie. Les éducateurs présents sur le terrain nous montrent l'exemple d'une vraie générosité au service des plus pauvres. Quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent (hindous, musulmans, chrétiens), ils travaillent ensemble pour l'intérêt de tous.


Quand on sait que le salaire mensuel d'un travailleur saisonnier est de 30 euros environ, on comprend mieux combien le travail des associations oeuvrant pour le développement en milieu rural en terme d'éducation, d'assistance à la santé, de micro-projets, représente un enjeu important pour l'avenir même de ce pays. Pouvoir disposer d'un téléphone ou d'un robot électrique (les nouvelles acquisitions de notre famille) représente une avancée considérable en terme de confort de vie et de bien-être. Une goutte d'eau sans doute vu d'ici. Mais comme le dit notre ami Alwyn, même les petites choses sont au service d'un bien plus grand. Alors n'ayons pas peur des petites choses et mettons nous à l'ouvrage.

L'association "Ensemble, agissons" se mobilisera autour des projets de développement dans la région de Potnal, dans le Nord du Karnataka. Une région très pauvre et très isolée. Fr Arun est en train de préparer les propositions concrètes de leur mise en oeuvre. Nous devrions obtenir ces éléments avant l'Assemblée constitutive du 2 mai prochain. Alors si le coeur vous en dit, vous pouvez encore nous rejoindre. Plus nous serons nombreux, plus notre capacité à répondre à l'appel de nos amis Indiens sera grande. Un vrai challenge qu'il nous appartient de relever avec enthousiasme et gratitude.

samedi 7 février 2009

L'enchantement simple

Il s'appelle Christian Bobin, Il est né en 1951 au Creusot, ville étape de la ligne TGV Paris-Lyon. "Dans le lieu où j'habite, on doit être à 50 mètres à vol d'oiseau de l'endroit où je suis né". Ses parents étaient de modestes ouvriers.

Il y a quelques semaines encore, son nom m'était étranger. Et puis un jour, sur un blog ami, j'ai découvert quelques phrases extraites de son oeuvre. J'ai parcouru les librairies modernes et anciennes en quête de quelques titres évocateurs: "L'enchantement simple", "La lumière du monde", "Le Christ aux coquelicots". Par chance un ami bouquiniste possédait la plupart des livres disponibles dans la collection "Folio" Gallimard. J'ai embarqué le lot sans hésitation et je me suis empressé de lire, à la suite et souvent d'un seul élan au milieu de la nuit, une grand nombre de ses ouvrages.


J'ai aimé le regard simple et la force pure d'"Une robe de petite fête",
J'ai adoré suivre Albain sur les traces du sourire de "Geai" ,
J'ai cherché dans le visage de la jeune mère "La part manquante" de tout amour,
J'ai croisé le destin d' "Isabelle Bruges",
J'ai vibré à l'évocation de la vie de St François d'Assise dans "Le Très-Bas",
J'ai succombé à la passion amoureuse pour "Louise Amour",
J'ai épousé la jeunesse d'Albe, l'héroïne de "La femme à venir",
J'ai écouté les paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas dans "La Lumière du monde",
J'ai été intimement touché par "La plus que vive", hommage rendu à son amie Ghislaine, morte à 44 ans d'une rupture d'anévrisme. Oraison funèbre, chant d'amour flamboyant et formidable hymne à la vie.

"Ressusciter" raconte la relation de deux êtres qui s'éloignent peu à peu; "J'ai pendant un an rendu visite à mon père dans la maison où sa mémoire jour après jour rétrécissait comme une buée sur du verre, au toucher du soleil. Il ne me reconnaissait pas toujours et cela n'avait pas d'importance. je savais bien, moi, qu'il était mon père. il pouvait se permettre de l'oublier. il y a parfois entre deux personnes un lien si profond qu'il continue à vivre même quand l'un des deux ne sait plus le voir". Et plus loin: "L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse: la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse".

Les récits de Christian Bobin se situent entre roman, journal, essai et poésie. Ils ont cette particularité d'être très bref et de témoigner d'un itinéraire philosophique hors du commun.

La solitude, il en a mesurer le poids et la durée. "J'ai été seul pendant deux mille ans -le temps de l'enfance". "Prisonnier au berceau", le jeune Bobin n'a d'autre choix que de rêver d'un ailleurs: "J'ai toujours habité deux villes: le Creusot et la ville qui est au-dessus des nuages".

Christian Bobin est un écrivain secret, en marge des médias, des modes et de la littérature traditionnelle. Un écrivain du coeur, amoureux de la nature ("un livre ouvert en permanence"), soucieux de maintenir en toutes circonstances "l'espoir du paradis".
Plus proche de Le Clézio, auquel il s'apparente ( écriture limpide, choix des mots, précision du vocabulaire) que de Sollers. "Ecrire, c'est prendre les mots un à un et les laver de l'usage abusif qui en a été fait. Il faut que les mots soient propres pour être bien utilisés".

S'il n'aime pas Beckett ("le néant planté en plein milieu de la pièce") ou Cioran, c'est parce que "certaines oeuvres soi-disant rebelles ne font qu'ajouter au chaos du monde". Même Baudelaire ne trouve pas grâce à ses yeux, parce qu'il est " l'exemple même de ces écrivains qui égarent parce que leurs erreurs sont mêlées à une beauté et un don incontestables". Il dit son admiration pour Rumi, "le poète des poètes", le grand maître de la mystique soufie du XXIIlècle siècle.

Il ne supporte guère les conventions du monde. Son regard distancié sur le monde d'aujourd'hui et la vie de ses contemporains est sans concession: "Il y a des endroits dans le monde dont la simple vue nous décolle l'âme tellement c'est triste: ce sont les endroits où l'argent a tué l'âme". Il n’est d’aucune école, n’a pas de disciples connus et se moque de ce que l'on pense de lui.

Son credo: la simplicité, l'humilité, la bonté. "Ma vision se nourrit de peu de choses: d'un peu de mousse sur un muret, de fissures entre les pavés". L'écriture est alors un voyage au coeur de soi-même: "Mon pays est minuscule: il fait vingt et un centimètres de large sur vingt neuf centimètres de long. ma région c'est la plage blanche et elle seule. c'est un beau pays couvert de neige toute l'année et parfois traversé de pluies d'encre". La musique, particulièrement celle de Bach ( "c'est une rose"), l'accompagne dans sa recherche de la vérité qui se confond avec l'amour. "La recherche de l'esthétique, de la beauté et de la perfection sont l'âme de l'écrivain. Sans quoi ce ne sont que de vulgaires marchands imbus d'eux-mêmes".


"Aimer quelqu'un, c'est le lire. Il y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléiade". Cette déclaration d'amour sonne comme comme un couperet. Hostile aux dogmes de la théologie et aux systèmes philosophiques, ne déclare-t-il pas: "Les conversations les plus inouïes que j'ai connues, c'était en m'agenouillant à coté d'un enfant, de façon à ce que ma tête soit à la hauteur de la sienne".

Ecrivain mystique, poète Illuminé, diront certains. D'autres, au contraire, invoqueront " la simplicité et l'évidence de ses mots qui glissent à merveille des yeux à l'âme". L'âme d'un poète débordant d'amour pour la vie.

dimanche 1 février 2009

Mes stars à moi













A la manière de J. B. Pontalis, écrivain et auteur de plusieurs essais, dont "Elles" paru en 2007, je me suis laissé guider par les images des stars qui appartiennent à mon panthéon personnel.

Si je partage avec l'auteur le ravissement des longues jambes de Cyd Charisse et le regard teinté de tristesse de Romy Schneider, je n'ai pas d'attirance particulière pour Micheline Presle, Paulette Godard, Katharine Hepburn, Mireille Balin, Kim Novak, Ginette Leclerc, Suzy Delair, Danielle Darieux, Maria Schell, Andie Macdowell, Julianne Moore ou Sylvia Bataille. Question de génération sans doute! Question d'intimité cinématographique sûrement!

Louise Brooks, scandaleusement sublime dans Loulou de G.W. Pabst. L'égérie des années folles illuminait le cinéma d'avant-guerre.
La belle et émouvante Ava Gardner, inoubliable d'émotion à peine contenue, quand elle fait ses adieux à l'aimé dans "Show Boat" de Georges Sydney,
Judy Garland, admirable de sincérité dans "Une étoile est née" de Georges Cukor. Un morceau d'anthologie.
Cyd Charisse, bien sûr, dans sa longue robe à paillettes rouge fendue, talons aiguilles et gants noirs, au bras de Fred Astaire dans la comédie musicale de Stanley Donen, "Tous en scène".
Michèle Morgan se jetant dans les bras de Gérard Philippe dans le film "Les orgueileux" d'Yves Alléget; coiffée d'un béret, un châle autour du cou, dans un face à face avec Jean Gabin dans la noirceur de "Quai des Brumes" de Marcel Carné.
Ingrid Bergman, "Jeanne d'Arc" de Victor Fleming, Alicia dans "Les Enchaînés" d'Hitchcock, Charlotte dans "Sonate d'Automne" d'Ingmar Bergman et tant d'autres rôles inoubliables,
Julietta Massina, femme enfant, clown triste faisant la grimace au grand Zampano (Anthony Quinn) dans "La Strada". Pour sa fidélité au grand chef d'orchestre Fellini.

Liv Ullman, la lumineuse suédoise aux yeux clairs, donnant la réplique à Max Von Sydow et Gunnar Björstrand dans "La Honte" du grand Ingmar Bergman.
Romy Schneider, alias Sissi l'impératrice, auréolée de mystère dans "La mort en direct" de Bertrand Tavernier.
La blonde Catherine Deneuve, soeur cadette de Françoise Dorléac, la brune, révélée par "Les parapluies de Cherbourg" et "Les Demoiselles de Rochefort" du regretté Jacques Demy; elle a cotoyé les plus grands: Truffaut, Mastroianni, Bunuel, Polanski, Ferreri, Ruiz...; 50 ans de métier et toujours débutante.
Anna Schygulla, la "Lily Marleen" de Fassbinder, toujours aussi généreuse dans "De l'autre coté", du cinéaste turc Fatih Akin.
Monica Vitti, la muse d'Antonioni (L'Avventura, L'éclipse, le Désert rouge), une latine élégante à la beauté froide.
Emmanuelle Béart, son caractère un peu rebelle, sa solidarité aux cotés des sans-papiers et des enfants maltraités; quand elle s'appelle "Nathalie" dans le film d'Anne Fontaine, je craque.
Juliette Binoche, tantôt rieuse, tantôt sérieuse, elle passe de film en film avec dans les yeux l'intelligence du coeur.
Isabelle Carré, pour sa franche détermination, ses yeux parfois moqueurs, son parrainage du jeune Carlos avec "Un enfant par la main".
Sandrine Bonnaire, l'amie, la grande soeur, la cousine, l'amante, la réalisatrice de "Elle s'appelle Sabine"; elle fait passer tant d'humanité.
Scarlett Johanson, "La jeune fille à la perle", tout droit sortie d'un tableau de Vermeer, nouveau sex-symbol depuis sa prestation dans "Lost in Translation" de Sofia Coppola. Woody Allen ne peut plus s'en passer.

".... Et puis d'autres, que je n'ai pas envie d'appeler des actrices, moins encore des comédiennes, si lumineuses dans les salles obscures, connues de loin dans les divers temps de ma vie."

Je m'en suis fait du cinéma!

mardi 27 janvier 2009

L'appel de l'Inde (5)

Lors de notre voyage en Inde en 2005, nous nous étions intéressés au travail de développement en milieu rural conduit par le Capucin Krishik Seva Kendra, l'association Indienne qui pilote le Projet de notre filleule Vishalakashi à Ugire. Nous avons partagé pendant quelques jours la vie de l'équipe et nous avons pris la mesure du travail réalisé dans ce secteur géographique rassemblant une vingtaine de villages. Cette opération avait débuté en 1998 et nous étions les premiers parrains à nous rendre sur place. Fort de cet enseignement et encouragé par les responsables de l'association Indienne, nous avons eu envie de retrousser nos manches et de nous lancer dans cette aventure.



Nous sommes restés en contact avec le Capucin Krishik Seva Kendra qui se réjouit de cette initiative. L'un de ses anciens responsables, Fr Alwyn Dias, termine actuellement un doctorat à Paris; nous l'avons rencontré et il est venu à la maison en Décembre. Fr. Arun Lobo, qui dirigeait le Projet lors de notre séjour en 2005, a été promu responsable de l'ensemble des projets de développement de la Province du Karnataka. Ces contacts sont particulièrement précieux et directs. Nous avons en projet de mettre en oeuvre une nouvelle opération de développement dans un secteur très pauvre de la région Nord de la Province, à l'instar de ce qui a été fait depuis 10 ans à Ugire.

Premier temps: constituer un noyau de personnes pouvant apporter leur contribution à la mise en oeuvre et au développement de ce projet: utilisation des compétences, investissement personnel, participation financière,etc. TOUT EST A CONSTRUIRE ENSEMBLE, c'est l'idée forte que nous voulons mettre en avant en lançant cette initiative.

Deuxième temps: création de l'association: "ENSEMBLE, AGISSONS" qui prendra son envol le 2 mai prochain lors de l'Assemblée constitutive qui se tiendra dans le Beaujolais: objectifs, statuts, organisation, projets à court et moyen terme.

Troisième temps: nous rendre sur place (pour celles et ceux qui le souhaiteraient et qui en ont les moyens) pour rencontrer l'équipe locale et travailler ensemble. L'apport financier sera indispensable mais on peut imaginer que certains d'entre nous puissent apporter leurs compétences sur le terrain pendant un temps plus ou moins long. Pour notre part, nous envisageons de nous rendre sur place en 2010.

Tout cela s'inscrira dans la durée (5 à 10 ans). Nous nous adapterons à la demande et aux besoins des personnes que nous rencontrerons. Nous essayerons de rassembler le plus grand nombre d'énergies et nous communiquerons autour de cette action. Et puis nous verrons... Inch Allah!

Voilà ce que nous pouvons dire aujourd'hui. D'ici quelque semaines nous en saurons davantage encore grâce aux échanges que nous avons avec les responsables locaux.

vendredi 23 janvier 2009

Si c'était...


Si c'était un objet: un stylo
Si c'était une saison: l'automne
Si c'était un plat: le tajin
Si c'était une saveur: doux/amer
Si c'était un instrument de musique: le piano
Si c'était une couleur: sable
Si c'était un endroit: la campagne
Si c'était une devise: Ensemble, agissons
Si c'était une élément: l'eau
Si c'était un végétal: la fleur
Si c'était un bruit: une douce musique
Si c'était une planète: la Terre
Si c'était une matière: la soie
Si c'était un adverbe de temps: "maintenant"
Si c'était une partie du corps: les yeux
Si c'était une émotion: l'amour
Si c'était une oeuvre d'art: une peinture de Klee
Si c'était un sens: l'ouïe

Et si c'était le titre d'un film: "Le goût de la cerise", le film Iranien d'Abbas Kiarostami, Palme d'or au festival de Cannes 1996. Un conte philosophique sinueux, contemplatif, mais surtout un magnifique hymne à la vie.

mardi 20 janvier 2009

Le voyageur du temps

On le dit mondain, libertin, provocateur, trublion, mégalomane, égocentrique, asocial, ironique, prétentieux. On le porte au pinacle ou on le voue aux gémonies. On ne lui pardonne guère son passé de maoïste. On le dit ringard parce qu'il a une admiration sans borne pour la littérature des siècles passés. De Homère à Madame de Sévigné ("il n'y a rien de plus moderne que l'Odyssée d'Homère ou que la Divine Comédie de Dante")."Les citations sont des preuves". Elles font vivre la littérature. On l'aime ou on le déteste. Il s'appelle Philippe Sollers.

Ecrivain prolixe, essayiste, romancier, conseiller littéraire d'Edition chez Gallimard, il sait aussi être enjoué, attentif ( "être père c'est sacré"), charmant, drôle, mais le plus souvent insaisissable. "L'ami des fées" écrira André Breton. Ami de Jacques Lacan et de Roland Barthes, admirateur de Louis-Ferdinand Céline, cet homme de 65 ans, qui séjourne régulièrement à Venise ou à l'Ile de Ré, ne laisse personne indifférent. Sa devise: vite et bien: deux fois bien.

Il aime la musique, le jazz, Cécilia Bartoli. "On écrit avec l'oreille, on écoute, c'est de la musique. Ecrire c'est écouter. Dès que je lis un paragraphe, vous allez voir que tous les mots sont à leur place et qu'ils sonnent d'une certaine façon." Pour lui les mots sont des sésames qui ouvrent les portes de la vérité.

Il a horreur de la violence ("je vomis les militaires"). Il déteste les honneurs (citant Bracq: "L'Académie Française, c'est la permission à ceux qui sont morts de vieillir encore un peu"). La postérité l'indiffère: "On peut atteindre de son vivant une certitude, d'avoir touché là où il fallait". Il tient, sur la crise actuelle, des propos très pessimistes: " Cà finit toujours comme cela, par des guerres. On sent se rapprocher quelque chose qui exigera peut-être des millions de morts".

L'auteur de: "Une curieuse solitude" (1958), "Femmes" (1983), "Studio" (1997), du "Dictionnaire amoureux de Venise" (2004), "Une vie divine" (2007), vient de faire paraître son dernier ouvrage: "Les Voyageurs du temps", chez Gallimard, bien entendu. "C'est un livre qui apprend à résister à toutes les pressions sociales, d'où qu'elles viennent; tout ce qui peut briser l'indépendance ou la liberté." Son maître mot.

Nul mieux que Julia Kristeva, écrivain, psychanalyste, professeur, mais aussi son épouse légitime depuis plus de 40 ans, ne saurait mieux décrire ce travailleur infatigable: "C'est quelqu'un d'une intelligence unique par sa rapidité et son extrême mobilité. Ce qui le fait jouir ce sont les mots. Il y a des mots qui peuvent lui faire mal et d'autres qui l'enchantent."

- Est-ce que vous êtes amoureuse de lui?
- Cà ne se voit pas?

C'était dans "Thé ou café", l'émission de Catherine Ceylac, sur France 2 Dimanche matin. Passionnant.

vendredi 16 janvier 2009

La vie invisible

"L'artiste nous prête ses yeux pour regarder le monde." (Schopenhauer)


Musée haut, musée bas. Drôle de titre pour un drôle de film. Drôle, ce film l'est en effet grâce à une galerie d'acteurs épatants, à une mise en scène imprévisible et des dialogues percutants. Ce mélange savoureux d'absurde et de délires inspirés est signé Jean-Michel Ribes.

Homme de théâtre avant tout, c'est l'une de ses pièces, créée en 2004 au Théâtre du Rond-Point à Paris, qu'il adapte aujourd'hui au cinéma. Dans un musée imaginaire, arpenté du parking en sous-sol aux combles en passant par les galeries et salles d'exposition, s'entrecroisent les personnages les plus fantaisistes. Des dialogues créés sur mesure pour nos comédiens français: Gérard Jugnot, en chef de famille dépassé, Michel Blanc, en Directeur qui ne supporte pas la moindre présence végétale, Muriel Robin, en quête obsessionnelle de Kandinsky, Josiane Balasko, en mère abusive, Henri Demaison, Valérie Lemercier, et les non moins comiques: Fabrice Lucini, en gardien épuisé par la beauté qui l'entoure, André Dussolier, en ministre de la Culture inaugurant une expo de sexes masculins en veston rose, Pierre Arditi et Isabelle Carré, en couple désaccordé.

Des visiteurs populaires, des commentateurs intellectuels, des familles égarées, des gardiens consternés, des artistes prétentieux, des critiques radoteurs, des vierges échappées des tableaux de la Renaissance, des japonais frénétiques, cette galerie de portraits nous emmène d'une salle à l'autre, d'un étage à l'autre au rythme d'une visité effrénée, avec ses hauts et ses bas, mais surtout nous dévoile les travers d'une comédie humaine en manque de repères. Une sorte de mosaïques de vies au milieu de l'art", proclame Jean-Michel Ribes.

Satire du tourisme culturel de masse (Ah! ces jeunes qui se précipitent en hurlant dès que leur professeure les invite à respecter le silence), ce huit-clos absurde épingle en particulier l'art contemporain dans sa démarche conceptuelle. La scène où l'artiste tue sa mère abusive en direct sous couvert de créer l'oeuvre dans l'oeuvre est ironique à souhait et quand ce sont les spectateurs eux-mêmes qui deviennent l'objet même de l'oeuvre exposée, on est au coeur de la provocation. Cocasse, farfelu, cruelle ou surréaliste, cette fable qui traversent les esthétiques, les comportements et les genres est un délire permanent à la Tati. Elle peut être aussi l'occasion d'entamer une réflexion sur la fonction de l'art.

En marge des inévitables débats et polémiques que ne manqueront pas de susciter les mesures nouvelles prises par notre Président à l'occasion de ses "voeux à la Culture", l'accès gratuit, à compter du 4 avril prochain, aux musées et monuments de l'Etat ( Du Louvre au Mt St Michel) pour les moins de 25 ans et leurs professeurs est une mesure salutaire. Car l'art ne se contente pas de reproduire le monde, il cherche à exprimer cette force et cette vie invisible que nous sommes.
"Est beau ce qui procède d'une nécessité intérieure de l'âme. Est beau ce qui est beau intérieurement.” (Kandinsky)

mardi 13 janvier 2009

Elles

Elles,
ce sont: celle qui échappe, celle qui s'accroche, les passantes, les étrangères, les séductrices, les séduisantes,les inconnues... passions dévorantes, chastes amours, séparations, déclins, si bien contés par J.B. Pontalis dans une succession de courts récits, à la fois légers et profonds qui se font écho et font écho à nos petites et grandes histoires qui disent toutes le bonheur et la douleur d'aimer.

Voici deux récits qui donnent le ton de l'ouvrage (Editions Gallimard 2007):

Le Pont neuf
"Alors les amoureux?". ils traversaient le pont Neuf. Un passant les avait croisés. Ca se voyait donc tant que cela qu'ils étaient amoureux au point de sauter aux yeux de ce vieil homme d'allure débonnaire. Il leur avait adressé un sourire complice. Peut-être avait-il souri à sa propre jeunesse évanouie. Pourtant ce n'était plus des jeunes gens. ils n'étaient pas enlacés, ils n'échangeaient pas un baiser, ils marchaient tout simplement.
Y aurait-il eu quelque chose de lumineux dans leur regard, de vif et de confiant dans leur pas?
Ce moment-là, il ne l'a pas oublié, il ne l'oubliera jamais. Maintenant c'est lui le vieil homme et, quand il lui arrive de traverser le pont Neuf, lui revient le souvenir de ce jour lointain, et il se dit à lui-même: "Alors, les amoureux!"
Sa chanson préférée: "Que reste-t-il de nos amours?"


Est-ce un si grand malheur?
Dans la maison que nous avons loué pour l'été, quelques livres abandonnés par son propriétaire: des romans parcourus sur la plage - des grains de sable se sont glissés entre les pages -, des écrits d'hommes politiques dont les noms ne disent déjà plus rien à personne, une dizaine de polars et, surprise, le théâtre de Sophocle, dont après tout, bien des pièces peuvent être tenues pour des enquêtes policières.
Je relis Antigone, l'histoire de cette jeune fille insoumise qui refuse que son frère soit privé de sépulture.
Tout à l'heure, j'ai évoqué des rêves où apparaissaient mes parents morts, mes amis disparus, j'ai pensé à celui que j'ai nommé l'enfant des limbes et je me dis que mes rêves leur tiennent lieu de sépulture, comme si je retardais ainsi le moment où ils seraient réduits en poussière.
Antigone n'aurait-elle fait que changer de tyran?
Il se nommait d'abord Créon. il s'appelle désormais la mort.
Je ne veux pas me soumettre à cette tyrannie-là. Elle s'exerce sans pitié sur les survivants.
Il y a quelque temps, j'assistai à une représentation de Phèdre à la Comédie-Française. Un vers de Racine m'est resté en mémoire: "Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre?"
Ces mots-là, j'aimerais les prononcer à mon tour, le jour où... Ce serait ma manière de décevoir la mort, d'amoindrir sa victoire, son triomphe: Tu te crois la plus forte, tu crois que tus m'infliges une défaite qui me rend fou de douleur, tu te rejouis d'avance de plonger dans le chagrin ceux que j'aime et qui m'aimaient,et, moi, je te déclare: tu te trompes, tu n'es rien, et, même si je n'y crois qu'à demi et, à dire vrai, pas du tout, je te murmure ces mots, et tu les entends, je le sais: "Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre?"

PS: Jean-Bertrand Pontalis, membre de l'Association psychanalytique de France, est l'auteur de plusieurs essais et récits dont "Le dormeur éveillé" (Editions Folio, 2004)

samedi 10 janvier 2009

Les plages d'Agnès

Une femme aux yeux rieurs, au coeur léger fait face à la caméra. "Je me souviens pendant que je vis". Retour sur son passé, son histoire, ses rencontres avec ses amis, sa famille du cinéma, Jacques Demy, son mari trop vite disparu à cause de cette saloperie nommée Sida. "Aimer le cinéma, c'est aimer Jacques Demy, la peinture, la famille et les puzzles".


Non vous ne rêvez pas, il s'agit bien d'un film, un vrai film plein d'intelligence, le dernier d'Agnès Varda, la réalisatrice de "Cléo de 5 à 7" (1962), de "Sans toi ni loi" (Lion d'or à Venise en 1985) et "Les glaneurs et la glaneuse"(1999). Elle a réalisé aussi trois documentaires en hommage à Jacques Demy, son époux: Jacquot de Nantes, Les demoiselles ont eu 25 ans et L'univers de Jacques Demy. Deux enfants sont nés de cette union: Mathieu Demy, acteur, et Rosalie Varda, costumière de cinéma.

Cet autoportrait qu'elle nous livre aujourd'hui, elle en est à la fois le sujet et l'auteur. Portrait d'une femme libre et curieuse. D'habitude, c'est elle qui regarde. Cette fois, c'est elle qui est regardée. Au bord des mers et des océans où elle aime marcher et contempler. La perte de mémoire est au coeur de ce film enjoué, festif, plein de jolies trouvailles, sans prise de tête. Toutes les histoires dont elle dresse l'inventaire ou qu'elle reconstitue, ne sont qu'un jeu, un puzzle de curiosités enivrantes. Le tempo est rythmé, le récit bien mené. Elle s'amuse et nous amuse.

Nous tombons sous le charme d'une grand-mère qui a photographié Jean Vilar au Festival d'Avignon, Godard (sans ses lunettes) aux débuts de la Nouvelle Vague, qui a fait faire des essais à Harrisson Ford lorsqu'il était adolescent. Elle évoque sa vie avec Demy, son amitié avec Delphine Seyrig, ses voyages à Cuba et en Chine, et quand elle prend les siens à témoin, c'est pour les inviter à danser sur la plage en costumes d'antan.


"Dans ma vie, j'ai été bien entouré. Dans mes miroirs, j'ai rencontré les autres, des autres et des plages et toutes sortes de gens. Je les ai filmé ou pas, compris ou pas, admiré", déclare-t-elle d'une voix retenue. L'émotion est palpable. Une leçon de cinéma, une leçon de vie. Avec cette énergie qui la caractérise, on ose espérer que ce film ne sera pas le dernier. Cette "petite vieille" de 80 printemps a sûrement encore bien des chose à nous dire.

mercredi 7 janvier 2009

L'appel de l'Inde (4)


A l'aube de cette année nouvelle, nous vous souhaitons d'avancer sur le chemin de la vie avec ardeur et enthousiasme. "Avançons au large", dit notre ami Indien Fr. Alwyn Dias, afin que nos projets puissent éclore et s'épanouir dans la Bonté infinie de Dieu.

"Découvrir l'autre, vivre avec l'autre, entendre l'autre, se laisser aussi façonner par l'autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive... Nul ne possède la vérité, chacun la recherche, il y a certainement des vérités objectives mais qui nous dépassent tous et auxquelles on ne peut accéder que dans un long cheminement et en recomposant peu à peu cette vérité là, en glanant, dans les autres cultures, dans les autres types d'humanité, ce que les autres aussi ont acquis, ont cherché dans leur propre cheminement vers la vérité."
Mgr Pierre Claverie (Le Monde du 4-5 août 1996)

C'est dans ce monde là que nous agirons et trouverons notre place, notre juste place. De nouvelles aventures nous attendent, sur notre terre ou sur d'autres continents. Laissons-nous emporter au gré du courant pour participer au grand mouvement de la vie.

Ainsi ne s'agit-il que de vivre
ce qui nous rencontre.
Une force secrète coule en permanence. Rejoins-la.
Il n'y a plus rien qui ne soit pas
l'essentiel.
(Christiane Singer, Eloge du mariage, de l'engagement et autre folies)


Après le temps des retrouvailles, voici le temps de l'action. Si vous souhaitez, vous aussi, participer à cette aventure que nous sommes en train de bâtir avec nos amis Indiens de l'Etat du Karnataka, rejoignez-nous au sein de l'association "Ensemble, agissons" qui verra le jour officiellement le 2 mai 2009 au coeur du Beaujolais. Merci de vous faire connaître en envoyant un bref message à l'adresse suivante figurant dans le commentaire.

Fraternellement.
Daniel et Bernadette

mercredi 31 décembre 2008

Merci!

Tamanrasset, fin de notre périple. Après un séjour de 10 jours avec nos compagnons d'aventure et nos amis Touaregs, le bilan s'impose. Avons-nous trouvé ce que nous étions venus chercher? Savions-nous exactement ce que nous cherchions dans le tréfonds de notre âme? Le désert apporte la réponse.


L'absence de pollutions, les feux qui brûlent les déchets, tout concourt au grand nettoyage. Le désert nettoie, le désert purifie.
Il purifie le corps mais aussi le mental. Il aide à faire le vide en soi. Il permet l'abandon. Entre ciel et terre, seul au milieu des étoiles, on ne peut garder que l'essentiel. L'Essence même de l'Etre. La vie et la mort se confondent pour éclairer l'unique instant, l'instant présent.

J'ai posé en moi les jalons de la paix, de la confiance. J'ai réalisé la rencontre entre deux cultures. Je me suis abreuvé à la source de vie. J'ai ancré ma demeure dans la pierre, là où s'écoule le temps. Je me suis recueilli dans le souffle du vent et j'ai entendu l'appel du sacré dans le secret de mon coeur.

Envers celles et ceux qui m'ont aidé à trouver le chaînon manquant, ma gratitude est immense.

Pour le chemin du coeur,
Merci Arnaud.
Pour la dynamique du Soi,
Merci Lily.
Pour ton amitié fraternelle,
Merci Gilles.
Pour ta présence généreuse,
Merci Corinne.
Pour ton enthousiasme décapant,
Merci Alain.
Pour ta simplicité exemplaire,
Tanemert, Entayent.
Pour ta fidélité complice,
Merci Bernadette.
Pour votre écoute attentive,
Merci les amis.
Pour ta Bonté infinie,
Merci Mon Dieu.
Pour la confiance enfin retrouvée,
Merci Daniel.

Et Merci à vous, chers lecteurs, qui m'accompagnez dans le silence de vos vies apaisées.


"L'histoire que tu vis, celle de chaque jour est simple, donc incompréhensible. Aucun livre n'en fait mention, aucune lanterne de papier ne l'éclaire. L'essentiel est dans ce que tu oublies et qui se tient devant toi. C'est par l'infime que tu trouveras l'infini, par ce calme regard sur l'ombre bleue, peinte sur une tasse de porcelaine blanche." Christian Bobin (L'enchantement simple)

lundi 29 décembre 2008

Soirée taguella





Après s'être lavé les mains, mélanger semoule et eau. pétrir la pâte dans une cuvette, puis la façonner en galette d'u diamètre de 25 cm environ. Au préalable, faire un feu sur du sable ou du gravier propre. lorsque la pâte est prête, enlever les braises, former un large trou dans le sable chaud, le lisser avec le fond de la cuvette et y déposer la galette. Un bâton sert de tisonnier.
Pour éviter que le sable qui va la recouvrir n'adhère trop à la pâte humide, il faut sécher la surface extérieure avec des brindilles de bois enflammées ou promer une gerbe d'herbe ou de fenouil.
La recouvrir de sable chaud et ramener quelques braises au-dessus. Laisser cuire à l'étouffée 15 minutes. ouvrir le four et retourner la galette. Refermer et attendre encore quinze minutes.. sortir la galette. une fois la galette hors du four, l'épousseter pour enlever le sable ou le gravier qui adhère à sa surface, puis la rincer à l'eau.
La taguella est ensuite émiettée dans une cuvette et mouillée avec un bouillon constitué d'oignons, de beurre et de légumes.




samedi 20 décembre 2008

La montagne sacrée

Il s'appelle Zbyszek Nerlevovitch. Il est polonais. "Plombier polonais", dit-il en plaisantant. Il n'a pas encore trente ans. Il était travailleur social dans les quartiers diffficiles d'une petite cité ouvrière. Il a tout quitté pour vivre une vie de prière et de contemplation aux cotés du Père Edouard (81 ans, dont 36 à l'Assekrem) et du Père Ventura. Pour combien de temps? Peut-être 5 ans. Il a remis son destin entre les mains de Dieu.


C'est lui qui nous accueille au sommet de l'Assekrem en cette fin d'après-midi de Novembre. Nous sommes immédiatement subjugué par l'assurance de sa voix et la bonté de son regard. Il nous raconte, dans un français parfaitement maîtrisé, la vie de Charles de Foucauld et l'activité intense qui fut la sienne dans cette région du Hoggar entre 1904 et 1916. Etabli entre deux ermitages: l'un à Tamanrasset, à 300 mètres d'un village de 100 habitants, dans un large cirque entouré de hautes montagnes, carrefour des caravanes en provenance du Niger, et l'autre plus sévère, l'Assekrem, à 60 kilomètres de Tamanrasset, à 2700 mètres d'altitude, dans la beauté minérale des pics déchiquetés du Hoggar avec des campements Touaregs dans les vallées voisines. Charles de Foucauld y séjournera seulement de Juillet à Décembre 1906; son assistant ne supportait plus les rigueurs de l'hiver.

Zbyszek nous invite à nous rendre à l'extrémité du piton rocheux pour admirer le coucher du soleil.


" Je suis absolument seul au haut d'un mont qui domine presque tous les autres et le noeud orographique du pays; la vue est merveilleuse, le regard embrasse le massif de l'Aaghar qui va descendant vers le Nord et vers le Sud jusqu'aux immenses plaines désertes. Dans les plans rapprochés, c'est un enchevêtrement le plus étrange de pics, d'aiguilles rocheuses, de roches à forme fantastiques et amoncelées. C'est une belle solitude que j'aime extrêmement; aux environs, il y a un grand nombre de ravins qui, dès qu'il pleut, se couvrent d'herbe parfumée, et aussitôt les Touaregs y plantent leur tente pour boire le bon lait de montagnes." (lettre de Charles de Foucauld à son ami d'enfance, 7 juin 1911)

"Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu: c'est là qu'on se vide, qu'on chasse devant soi tout ce qui n'est pas Dieu et qu'on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul... C'est un temps de grâce, c'est une période par laquelle toute âme qui veut porter des fruits doit nécessairement passer. il lui faut ce silence, ce recueillement, cet oubli de tout le créé, au milieu desquels Dieu établit son règne et forme en elle l'esprit intérieur... Plus tard, l'âme produira des fruits exactement dans la mesure où l'homme intérieur se sera formé en elle. (Lettre au Père Jérôme, trappiste de Notre-Dame des Neiges, le 19 mai 1898).


Charles de Foucauld n'a jamais cessé d'être un explorateur. Sa référence: François d'Assise. pour les Touaregs, le missionnaire s'est trouvé un nom d'apôtre: Abd Issa, serviteur de Jésus. Mais sa déception est grande lorsqu'il confie en 1915: "Il y aura maintenant dix ans que je dis la messe, et pas un seul converti."
Il fait construire un oratoire de 1,40m de large, de 2,10m de long, et un abri pour Paul, son compagnon. Le jour il cultive un petit potager et il travaille d'arrache-pied à son dictionnaire Touareg-Français. La nuit, il prie "dans la pauvreté, la sainteté et l'amour, en faisant au prochain tout le bien spirituel et matériel que permettent les faibles moyens et qu'inspire la charité du coeur de Jésus." (Diaire, 17 mai 1904)


A l'invitation d'Alain et Corinne, nous gravissons, à 4h du matin, le chemin qui conduit à l'ermitage. Pendant près de deux heures nous restons restés prostrés en silence, dans la nuit froide. Le jour se lève enfin et le soleil entame son lent mouvement, s'harmonisant avec les premières lueurs de l'aube. Après un temps de prière, Zbyszek nous offre le thé de bienvenue. Il nous parle de sa vie à l'Assekrem et l'immense bonheur qu'il a d'être ici avec ses frères. Nous vivons la messe au coeur du petit oratoire. La ferveur et la présence de Ventura, l'officiant espagnol, est simplement communicative. Chaque mot, chaque geste est rempli de cette vibration tellement absente de nos églises. Il termine ce temps de prière par cette simple question que chacun se pose au terme de sa vie: "As-tu aimé?" Nous sommes profondément touchés par la force des ces hommes de Dieu remplis de cette joie simple. "Ils vivent ce qu'ils disent", souligne Alain. Ils sont frappés en retour, disent-ils au cours de l'échange que nous avons avec eux, par la dignité du groupe que nous formons. La veille, plus d'une centaine de touristes, en provenance directe de Paris, étaient venus assister au lever du soleil en 4x4.


Le Père de Foucauld est mort le soir du 1er Décembre 1916, assassiné devant son ermitage de Tamanrasset, par des pillards Senoussis. Pieds et mains entravés, priant dans le silence, il est tué d'une balle dans la tête par le jeune garçon qui le gardait, au cours d'un moment de panique. Il a été béatifié le 13 novembre 2005.

mercredi 17 décembre 2008

Entayent, le sage du Hoggar

Il a vécu les grandes caravanes avec l'aîné de ses frères. 300, parfois 1000 chameaux se mettaient en route pendant de longues semaines (40 jours) pour rejoindre les Salines du Niger. Ils emportaient avec eux de l’orge, du maïs, des légumes, de la viande séchée, mais surtout du mil, en grande quantité, qu’ils troquaient contre des pains de sel. Il n'avait encore que 14 ans et le désert, surtout la nuit confie-t-il, lui faisait encore un peu peur. On racontait qu'un caravanier égaré dans le vent de sable à la recherche d'un puits avait échappé à la mort en s'abritant dans le ventre de son chameau qu'il avait dépecé pour boire le contenu de son estomac. A la tombée de la nuit, Entayent nous raconte cette épopée, à laquelle il a participé à 4 reprises, avec un brin de nostalgie.


- Allez les athlètes, on change de place.
Quand Entayent, sourire aux lèvres, lance ce bref appel dans notre direction, nous savons que le moment est venu de se mettre en chemin.

Emboîter le pas d'Entayent est un régal pour les yeux et pour le coeur. Sa démarche féline et son allure noble sont une invitation au silence. Les sandales légères qu'il porte aux pieds contrastent avec les aspérités du terrain. Son pas régulier semble comme suspendu entre terre et ciel, les deux éléments qui composent le paysage. S'il s'arrête un bref instant, c'est pour déplacer un rocher qui encombre le sentier qui sera emprunté tout à l'heure par la caravane des chameaux ou pour dresser un petit tas de pierres indiquant la proximité d'un point d'eau.


Quand il marque la pause, c'est parce qu'il a estimé qu'elle serait la bienvenue à ce moment de la journée ou qu'il veille sur les retardataires. Les temps d'arrêt les plus longs offrent la meilleure vue. La découverte du passé ou le plaisir de l'instant nous sont donnés comme des cadeaux du ciel. Un troupeau de gazelles passe furtivement, les ânes sauvages tendent l'oreille au vent et la petite fleur niche au creux d'un rocher.

D'un seul regard, il embrasse le paysage, les gens, attentif au moindre détail. Il scrute au loin la piste, les montagnes, un acacia ou un caillou en travers du chemin.Il organise dans sa mémoire un itinéraire qu'il a déjà expérimenté et qu'il reconnaît au fur et à mesure qu'il met ses pas dans ses pas anciens.
Dès que nous arrivons à l'endroit du bivouac, il va prendre des nouvelles de la caravane. Il adresse quelques mots en berbère à à ses compagnons, Il s'enquiert de l'endroit où les chameaux pourront refaire leurs forces durant la nuit, il donne un coup de main pour monter la tente ou la fixer avec des grosse pierres, il répare un lien en usant des ses orteils comme d'un outil précieux.


Il parle peu. Aucune action, aucun geste ne paraît superflu à cet homme de 68 ans (il est né en 1941, m'a dit son fils Slimane lors d'une conversation au coin du feu). Il parcourt le désert depuis l'enfance. Ses quatre garçons travaillent avec lui. Même quand il frappe d'un coup sec un chameau pour lui donner un ordre, le geste est juste parce qu'il s'accorde avec la vérité de l'instant.

Il ne délivre aucun message. Comme le dit si bien notre ami Karl:
"Sa démarche est une leçon de vie : parfaitement régulière, il ne dépense pas une once d’énergie plus que nécessaire et il est infatigable. Mais ce qui est le plus marquant chez lui ce sont ses qualités humaines : l’attention à l’autre, la disponibilité, la patience, la gentillesse. En le regardant on a une illustration vivante de ‘"faites ce que vous paraissez faire" : quand il marche il marche, quand il s’occupe de la caravane, il s’occupe de la caravane … Aucune précipitation mais ce qui doit être fait est bien fait." Avec lui, les gestes simples sont beaux.

Quand notre amie Annick, en fin de parcours, est victime d'une luxation du genou, il la porte sur ses épaules, il la met en selle sur son meilleur chameau, il lui masse la jambe avec un onguent dont il a le secret.


De temps à autre il s'offre un petit peu de repos. 4 fois par jour, discrètement, il se tourne vers la Mecque pour effectuer discrètement sa prière. Sa bonté n'a d'égale que sa jovialité. Quand quelqu'un lui demande s'il n'est pas un peu las de voir toujours le même paysage, son visage s'illumine encore davantage comme pour mieux dire combien il aime cette terre dont il est aujourd'hui l'un des derniers témoins. Même s'il espère secrètement que ses fils Slimane et Abdelkader prennent la relève, il sait que le portable a changé le rapport au désert et que rien ne sera plus désormais comme avant.

Certains oseront le rapprochement avec Swamiji Prajnanpad. Non que les deux hommes aient une apparence physique semblable. Simplement cet homme porte en lui toute la sagesse des hommes. Si Dieu le veut, nous nous reverrons. Inch Allah!

dimanche 14 décembre 2008

Dialogue avec la lune

Dans le monde arabe, la lune est de sexe masculin et le soleil de nature féminine, car pour ces peuples nomades et caravaniers, c'est la nuit qui est douce et reposante, propice aux voyages. N'est-elle pas dans le Coran, l'un des signes de la puissance d'Allah? Symbole de transformation et de croissance, symbole du temps qui passe, la lune évoque métaphoriquement la beauté et la lumière dans l'immensité ténébreuse. C'est la sensibilité de l'être intime livré à l'enchantement silencieux de son jardin secret. La lune éclaire le chemin.


Tout a commencé par un rêve. Hisser la grand voile sur l'océan des possibles.
Réveil au milieu de la nuit. Il fait encore clair. Dans deux jours, la lune sera totalement pleine. J'enfile quelques vêtements chauds (les nuits sont particulièrement fraîches à cette période de l'année) et je m'assoie, face à la lune, sur un énorme rocher plat. De cet observatoire, les tentes se confondent avec les énormes rochers en contre-jour. Je regarde la lune et la lune me regarde. Je songe à Prévert et à Michel Morin, le Petit garçon de la lune "qui souriait très souvent la nuit en dormant parce que, lorsqu'il y avait la lune, il était content".
- L'esprit souffle où il veut, semble-t-elle me dire dans son bel habit de lumière.
Mu par une force inconnue, je me redresse et mes pas me guident dans un mouvement concentrique. Je m'arrête au centre du cercle. Mon ombre se projette sur la barrière de rochers infranchissables. Me viennent à l'esprit les paroles d'une chanson de Jacques Higelin: "Je ne suis qu'un grain de poussière dans l'immensité du désert". La lune susurre dans mon dos:
- Va où le vent te mène, va où te guide tes pas, sans peur du lendemain".


J'avance prudemment au milieu des rochers et je parviens à tâtons sur une deuxième plate-forme qui surplombe l'oued et le campement. Je contemple la lune qui jamais ne change. Très lentement elle s'efface derrière la montagne, laissant derrière elle un halo lumineux qui découpe l'horizon.
- Va, tout va bien, ne t'inquiètes pas, je reviens demain, me souffle-t-elle dans un dernier regard.
Comme par enchantement, un avion surgit dans la nuit comme s'il courait après la lune. Lentement j'amorce la descente en prenant garde aux cailloux qui s'échappent sous mes pieds. Mes pas me guident cette fois du centre vers la périphérie. Mon coeur est rempli d'un immense bonheur. Je viens de vivre une expérience extraordinaire, l'expérience de la Présence intemporelle, la Présence de Celui que je ne savais pas nommer, je veux dire Dieu.


Deux jours plus tard. Je passe la soirée autour du feu de bois avec mes amis Touaregs. Je me réveille à nouveau au milieu de la nuit. La lune est cette fois complètement pleine. Je sors dans la nuit claire, l'appareil photo en bandoulière. Je m'éloigne du campement. Seul le rideau de montagnes souligne l'horizon lointain d'un bleu profond. La lune impose sa Présence. Je saisis ces instant magiques jusqu'à l'effacement total de la lune. L'émotion m'envahit. Je pleure à chaudes larmes et demande pardon à Dieu pour l'avoir si longtemps oublié. Mon bonheur est total.
Je passe le restant de la nuit à écrire. Je ne ressens aucune fatigue. Déjà le jour se lève sur le petit Paradis. Depuis cette rencontre, j'ai le sentiment d'avoir enfin trouvé la chaînon manquant à mon existence. Je sais que je ne serais plus jamais seul.

"Celui qui contemple les fenêtres du Bon Dieu ne s'ennuie pas; il est heureux." (Milan Kundera)

jeudi 11 décembre 2008

Partage entre amis

- Salam aleïkoum!
- Aleïkoum Salam!


Tels sont les premiers mots prononcés au petit matin quand vient l'heure du petit déjeuner et que nous approchons de nos amis Touaregs assis autour du feu. Comme si la rigueur de la nuit n'avait laissé aucune empreinte sur leur visages souriants, ils sont prêts à accueillir une nouvelle journée. Ils ont au fond des yeux l'amour du désert qui les fait vivre.


Chaque matin, Entayent (ou Corinne) me refait le chèche. Un pan sur le front, des plis bien ordonnés, des bandes larges et aplaties, un pan impeccable sur l'arête du nez et de la bouche, voilà le secret d'un beau chèche que l'on porte fièrement. La nécessité de porter un voile pour se protéger de la poussière et de la sécheresse de l'air est la raison généralement invoquée pour expliquer cette pratique ancestrale. Mais pour les Touaregs, le port du chèche est aussi un repère social, un signe d'élégance.


Si le grand animateur de nos journées reste le désert lui-même, nous avons l'immense chance d'être accompagné par Corinne et Alain. Un jour de 2005, Corinne a ressenti le besoin de retourner sur la terre de ses ancêtres. Seule d'abord, puis avec ses enfants. Le génie de la vie l'a conduit à organiser depuis deux séjours par an (en avril et novembre) pour celles et ceux qui souhaitent vivre une aventure intérieure loin de leurs repères habituels. A la bienveillance et à douceur de Corinne répond l'énergie et la détermination d'Alain. Masculin et féminin. Animateurs et guides spirituels. Ce qui est le plus remarquable peut-être ce sont les qualités humaines de deux êtres qui restent totalement disponibles quel que soit le moment, quelle que soit leur état de fatigue. Leur secret: ils parlent langage du coeur.


Quant à mes compagnons de voyage, je leur tire ma révérence. L'écoute, le respect, l'entraide, la bienveillance était toujours au rendez-vous. Lors des moments de partage en groupe (généralement le soir avant de dîner) nous nous sommes nourris de la parole de l'autre, dans la simplicité, dans la différence. Dans le désert ne restent que l'amour et le parler vrai. Et comme le dit un proverbe zen: "Les mots qu'on a pas dit sont les fleurs du silence".

lundi 8 décembre 2008

La caravane des chameaux

Une bosse, un blatèrement, apparaissent les chameaux, nos compagnons de route sans qui cette aventure ne pourrait avoir lieu.


Azelraf, c'est le nom donné communément aux chameaux dans cette région Touareg. En réalité ce sont des dromadaires. Ils sentent fort et sont parfois bruyants, surtout quand on les charge d'au moins cinquante kilos de chaque coté du bât. Sacs de voyage, bâches, tentes, couvertures, ustensiles de cuisine, vaisselle, boîtes de conserve, légumes et fruits, bidons d'eau et d'huile, matelas roulés... tout ce dont nous avons besoin pour vivre en autonomie complète pendant dix jours.


Chargés, une claque ou un claquement de langue les fait se lever. La caravane s'ébranle et les 14 chameaux avancent à la queue leu leu d'un pas lent, ample et balancé . En tête du cortège, Abdelkader tire la longe placée dans la narine droite de l'animal. Parfois il trône fièrement sur le chameau qui ouvre le chemin.
Un long cri plaintif est le signe qu'un chameau est en difficulté. Une charge mal attachée se défait, le chameau rue et se débat de ce sac qui gêne sa marche, provoquant un lent arrêt de tous ses congénères. Il s'agit de baraquer sa bête pour resseller et refaire la charge. Quand tout est rentré dans l'ordre, la caravane peut reprendre la route.
Abdelkader, Abdou, Oussene et Slimane sont chameliers. Ils chargent et déchargent les chameaux à chaque halte, tirent l'eau des puits pour les abreuver, toujours avec lenteur et méthode. Les chameaux boivent dans l'aguelmam, une tenue d'eau naturelle. Parfois cependant il faut creuser dans le sable de l'oued jusqu'à la nappe souterraine.




Les chameaux approchent lentement de leur démarche rendue maladroite par l'entrave qui leur lie les pattes antérieures. Il n'est pas rare de les voir dévorer les branches d'un abser, sorte d'acacia aux épines longues et dures qui offre un abri du soleil. Ils saissisent les rameaux à pleine gueule qu'ils broient entre leurs mâchoires aux dents jaunâtres. Il se nourrissent aussi du fenouil qui pousse un peu partout, en touffes arrondies, sur le talus des oueds, virant du vert tendre au jaune le plus pâle selon la saison. Ceux qui nous accompagnent ont aussi droit à une attention particulière. Pour les récompenser de leur dur labeur, nos chameliers étalent chaque jour une ration de blé tendre ou de dattes pilées.


Avant la tombée de la nuit, le chamelier de garde quitte le campement, une couverture sur les épaules. Il va dormir à l'autre extrémité de l'oued, prêt à rabattre les chameaux vers le bivouac. Car la nuit les chameaux se nourrissent, refont leurs forces pour le lendemain. Ainsi se passe la nuit pour Abdelkader, à sommeiller, à compter les bêtes, à attendre sous les étoiles que le jour se lève enfin. Au matin il revient au bivouac, impatient de retrouver ses amis, de pouvoir réchauffer ses membres engourdis et de boire une première gorgée de thé autour du feu avec ses compagnons.

Quand la situation l'impose (n'est-ce pas Annick!), un chameau dressé reçoit sur le replat avant un tapis de selle (asetfar) et une selle sanglée sous le ventre recouverte d'une couverture. Un pied posé délicatement dans l'encolure (le second permettant de s'équilibrer contre le flan de bête) le cavalier doit s'abandonner aux secousses brutales lorsque le chameau consent à se mettre debout. Mais quel bonheur!

Un jour nous fûmes témoin d'une situation qui nous paru étrange. Alors que l'un des chameaux pleurait sous la charge, amaigri et épuisé, Entayent, sans dire un mot, le défit de son portage, ôta les liens et le laissa derrière nous dans l'oued. Les interrogations allaient bon train. Qu'allait-il devenir? Rejoindrait-il le bivouac par ses propres moyens? Viendrait-on le rechercher à la tombée de la nuit? Nous apprîmes le lendemain de la bouche d'Entayent que le sort de la bête était désormais entre les mains de Dieu. Ou bien elle trouverait seule la force de se reconstruire au fil des semaines à venir grâce à ce que la nature saurait lui prodiguer ou elle succomberait et serait la proie des rapaces. Les carcasses que nous croisons parfois sur le chemin témoignent de la dureté de la vie.

vendredi 5 décembre 2008

Le rituel des 3 thés

Faire un bon thé nécessite du bon thé (vert), de la bonne eau, du sucre, deux théières et quelques petits verres. Préparer le thé est un honneur mais gare à celui qui ne respecte pas les règles. Oussene connaît parfaitement ces règles et c'est lui qui, jour après jour, assure le rituel des 3 thés.


Deux théières prennent place près des braises où chante la bouilloire noire. Les feuilles de thé sont ébouillantées et rincées dans la première. Les feuilles gonflent et mijotent. Dans la deuxième théière, un gros morceau de sucre sur lequel est versé la décoction. Oussene transvase ensuite le thé de la théière dans un verre, puis du verre dans la théière, plusieurs fois de suite, goûtant au passage pour apprécier le dosage.


Le thé est servi trois fois dans de petits verres d'une contenance moyenne de 75 millilitres. Les mêmes feuilles de thé servant aux trois décoctions, la force du breuvage diminue d'autant qu'augmente le dosage en sucre. Oussene verse le thé dans les verres qu'il distribue lui-même à chaque convive. Au passage chacun précise s'il souhaite un verre plein ou un "chouia". Remplir un à un tous ces verres avec la même petite théière semble relever du miracle ou de la grande expérience de l'officiant. Je pose délicatement les lèvres sur la mousse sucrée en prenant soin de ne pas me brûler. Le premier thé de couleur vert ambré est très fort et amer, le plus excitant aussi. Il révèle la qualité de la feuille. Le second, jaune or, moins corsé, est souvent le plus apprécié. Le troisième, plus pâle, a un goût douceâtre. Prendre seulement le premier thé, considéré comme le meilleur, est une grave impolitesse. En revanche, si pour des raisons de santé (gare aux palpitations) vous ne pouvez boire ce premier breuvage, il convient de boire les deux autres. Pour ma part, mon palais délicat a toujours su apprécié ce passage en douceur. J'en rêve encore.



mardi 2 décembre 2008

Nourrir l'âme et le corps

Nourrir le corps pour nourrir l'âme.

Hassi est cuisinier. Sa famille habite dans un petit village à 150 kilomètres de Tanamrasset. Il a 6 enfants, 4 filles et 2 garçons. Toute l'année (sauf pendant les deux mois d'hiver), il accompagne des groupes (à raison d'une semaine sur deux en moyenne) avec Entayent, Slimane, Abdelkader, Oussene et Abdou, ses fidèles compagnons chameliers. Il aime profondément le désert et cela se sent jusque dans sa façon de cuisiner.


Hassi prépare les délicieux repas avec un soin extrême. Colorés, équilibrés, copieux, toujours excellents. Soupes, salades mélangées agrémentées de sardines à l'huile, ragoût de boeuf ou de mouton, couscous, sans oublier la fameuse tagella dont je vous décrirai plus tard la fabrication. Nourrir chaque jour 20 personnes avec une cocotte posée le plus souvent directement sur la braise relève, à mes yeux, de l'authentique exploit. Une chose est certaine, le couteau suisse lui sera plus utile qu'à moi.

- Aliwa! (A la soupe!), clame Entayent en tamahaq.
- Amaclou! (A table!), répète-t-il encore à la cantonade, signalant ainsi que le repas est prêt.

Assis à même le sol ou sur un sac de couchage qui tient lieu de coussin, nous formons un cercle autour de la nappe colorée qu' Entayent a préparé avec le plus grand soin. Une petite manille, d'une couleur différente pour chacun, permet d'identifier là qui appartient le gobelet.


C'est Entayent en personne qui fait le service. Posément, Il distribue les écuelles qui passent de main en main.
- Avec ou sans viande?
- Sans viande pour Daniel, précise le porteur de l'assiette.
- Tanermet Tagit ! (Merci beaucoup!)

Après quelques heures de marche en silence, les langues se délient et les rires sont également au menu.
- Encore de la soupe, Aliwa, encourage Entayent avec son humour habituel.

La fin du repas approche. Le cérémonial du thé peut commencer.

samedi 29 novembre 2008

La marche en silence

Marcher en silence, des heures durant, n'est pas chose aisée, comme le constaterons les plus volubiles. Mais peu à peu le silence impose sa présence. L'attention se fait plus subtile. Le silence extérieur appelle au silence intérieur.


Marcher au rythme de ceux qui nous précèdent demandent aussi quelques ajustements. Selon la taille de la personne, tantôt il faut allonger le pas, tantôt le raccourcir ou diminuer sa vitesse. Quand le rythme est enfin pris, les corps tendent à se rapprocher. Quand le pas se ralentit, le paysage s'offre à nous avec une intensité rare. Rien n'interfère entre soi et la jouissance des couleurs, des senteurs, des sons, de la température, toutes sensations qui nous unissent à ce moment avec la terre que nous foulons sous nos pieds. Me reviennent ces vers d'Alphonse de Lamartine: "Quand tout change pour toi, la nature est la même et le même soleil se lève tous les jours".


Je marche sans effort. Mes pas s'accordent avec la lenteur. La lenteur me va bien. Aller plus lentement permet de voir et d'apprécier pleinement la diversité et la beauté du monde. J'ai besoin de cette lenteur qui parcourt la totalité de l'être. Je me glisse dans l'ombre projetée devant moi. J'observe sa silhouette qui balance de droite à gauche selon les mouvements du terrain avant de revenir au centre. Jamais elle ne me quitte. Tant que le soleil me tourne le dos, elle m'indique le chemin. Lui faire confiance et lui porter l'attention qu'elle ne réclame pas. C'est tout le jeu de l'inconscient qui est ici à l'oeuvre.

Répondant à un signe d'Entayent, le groupe s'est immobilisé. Sans presser le pas je rejoins Bernadette. Entayent va de l'un à l'autre et propose quelques dattes. Un mélange de fruits secs circule de main en main pour le bonheur des organismes en panne d'énergie. Mon attention est attirée par un tout petit caillou blanc, presque translucide, perdu au milieu d'un amoncellement de roches grises. Je le saisis et le donne à ma douce. Il est identique à celui qu'elle avait trouvé la veille sur le chemin. C'est le trésor du jour, le trésor du silence qui est au fond de soi.


Et je lui donnerai un caillou blanc
Et sur ce caillou un nom nouveau
que personne ne sait
sinon celui qui le reçoit

(Extrait de l'Apocalypse de Jean, cité par Christian Bobin dans "L'enchantement simple", Poésie / Gallimard)

jeudi 27 novembre 2008

La force de l'intention

A l'Abbaye Notre-Dame des neiges, chacun des membres du groupe avait fait part de l'intention qui l'animait en participant à ce voyage. Quitter le connu pour l'inconnu, faire le vide, se nourrir, aimer plus et mieux, être en communion avec la nature, partager la vie nomade des Touaregs, faire confiance, rencontrer Dieu, être en Paix, autant de raisons qui donnaient une coloration particulière à notre aventure. Cette intention communiquée à tous allait faire la différence avec les voyages sur catalogue.


Pour ma part, j'ai dit combien la lecture du roman "Désert" de Jean-Marie Le Clézio, il y a 25 ans, m'avait profondément marqué. Plus tard, dans "Gens des nuages", l'écrivain racontait le voyage qu'il avait entrepris sur les traces de la mère de Jemia, sa compagne. "Il n'y a pas de plus grand émotion que d'entrer dans le désert... Ici le temps n'est plus le même". Une phrase de St Exupéry, extraite du Petit Prince, avait aussi laissé son empreinte: "Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. Une question, cependant, me taraudait: photos ou pas photos? Mon attention n'allait-elle pas être focalisée par l'image au détriment du vécu intérieur? Les portraits réalisés récemment dans le contexte de mon travail étaient pourtant très encourageants. Je ferais donc un usage modéré de l'appareil photographique. il y aurait des jours avec et des jours sans. Une intention me guiderait : regarder avec mon coeur. J'ai ainsi construit, au fil des jours, un itinéraire photographique en résonance à mon cheminement intérieur.


Chaque matin, avant de s'engager sur les traces d'Entayent, nous formions un cercle à l'endroit que nous allions quitté. Toute notre énergie était centrée sur l'intention du jour donnée par Corinne. Des propositions simples dans leur formulation mais pas toujours aussi évidentes dans le concret du quotidien: simplicité, silence, sensations et rythme de la marche, penser moins pour sentir plus, porter son attention sur ses vérités, aimer tout ce qui nous entoure, s'aimer soi-même, observer ce qui ne change pas au fond de soi. Cette intention était présente en filigrane dans la communication et l'attention portée à chacun. De l'intention à l'attention, il n'y a qu'un pas.

lundi 24 novembre 2008

Un véritable trésor

- Tiens, c'est pour le Hoggar, dit en souriant Bernadette en me tendant un petit carnet relié.
Ces pages étroites, en papier de foresterie durable sans acide, pourront-elles contenir le flot de mots et de pensées qui jailliront au milieu du désert?
Aller à l'essentiel, ne retenir que l'indispensable, ce sera la règle à adopter en toutes circonstances.


Ce petit recueil, que je feuillette aujourd'hui avec un brin de nostalgie, contient des mots en tamahaq, (la langue Touareg), des indications de lieu, des repères photographiques, des impressions égrainées au fil des jours, mais il contient aussi un véritable trésor, celui que j'ai découvert au milieu du grand silence d'une nuit de pleine lune. L 'heure n'est pas encore venue de vous livrer mon secret.

14 citoyens français (4 hommes, 10 femmes), venus des quatre coins de l'Hexagone, se retrouvent au petit matin à l'aéroport de Marseille. lls sont heureux de se retrouver, prêts à se lancer sur le chemin qui peut leur apporter la paix, le silence, le partage, la vérité ou le bonheur d'aimer. Sept heures d'attente à l'aéroport d'Alger et déjà la fatigue s'installe. Un sas de décompression loin de nos repères habituels. Deux heures d'avion pour franchir les 2000 kilomètres qui nous séparent encore de Tamanghasset (prononcer Tamanrasset), située dans une oasis du sud du pays. La ville se trouve à 1 400 mètres d'altitude dans la chaîne montagneuse du Hoggar, dont certains sommets approchent les 3000 m. Nous y arrivons au milieu de la nuit.


Le jour s'est levé sur la petite cité de 80 000 âmes. Pas un nuage dans le ciel radieux qui invite à la douceur. 6 Touaregs et 14 chameaux nous attendent au départ de la caravane, au nord de la ville. Ces hommes qui nous accueillent portent fièrement le chèche. Derrière leur yeux rieurs, ils seront garants de notre sécurité au milieu de cet amas de pierres et de rochers qui se perdent dans l'infini du ciel. Leur expérience du désert et de la vie nomade sera précieuse au cours des 140 kilomètres que nous allons parcourir à pied. Notre itinéraire prévoit de passer à l'Assekrem, l'ermitage construit par Charles de Foucauld.

Alain et Corinne, les bâtisseurs du projet, guideront nos pas pour donner sens à cette aventure hors du commun. Entayent, en grand connaisseur de la région qu'il parcourt inlassablement depuis son enfance, choisira les passages les plus insolites, les meilleurs endroits pour les repas et le bivouac. Les montres ont été remisées au fond du sac. Le temps a posé ses valises. Le chèche bien serré autour de la tête pour protéger du soleil et de la poussière, le sac léger, contenant quelques effets personnels, bien callé sur le dos, le gros sac et la tente solidement ficelés sur les flancs des chameaux, une bonne paire de chaussures pour amortir le pas, la marche en silence peut commencer.

vendredi 21 novembre 2008

Le désert au coeur


Le désert appelle la lenteur
La lenteur invite à la Présence.
Ici et maintenant.

Après 10 jours de marche dans les pas d'Entayent, notre guide Touareg, et ceux d'Alain et Corinne, nos accompagnateurs, nous avons regagné nos pénates, le coeur rempli d'images, d'émotions, de sensations, de découvertes que nous aurons à coeur de partager.

Cette expérience extraordinaire, unique, je vous la conterai, sans hâte, au cours des semaines à venir. La caravane, les chameaux, la marche en silence, les moments de détente, le bivouac, le feu, les repas, l'heure du thé, les peintures rupestres, la vie sauvage, la montée à l'Assekrem, la lune et le soleil, les rencontres, les instants suspendus entre terre et ciel, le cheminement spirituel, le partage...

Avec tous mes compagnons d'aventure, avec mes amis Touaregs, je vous invite à me suivre, pas à pas, dans ce voyage intérieur qui restera gravé à tout jamais dans nos mémoires.

Le désert m'a tout donné
A moi de lui rendre maintenant.

Inch Allah!

mercredi 5 novembre 2008

Au plus près de soi-même


J-1 pour tous les participants à cette nouvelle expédition dans le désert du Hoggar, soigneusement orchestrée par Corinne et Alain. Nous sommes tous fin prêts à vivre une expérience inconnue pour la plupart d'entre nous.
En attendant de vous retrouver sur le blog dans une quinzaine de jours... Inch Allah!

Le Hoggar est un vaste massif montagneux et volcanique qui émerge tel une île perdue sur l'océan du Sahara. C'est le pays des Touaregs, les mystérieux hommes bleus, peuple nomade qui se déplace en méharée, au gré des pâturages. C'est dans ce relief dénudé et minéral, que nous partagerons un moment de la vie de ces nomades. Au départ de Tamanrasset, la ville du désert à 1470m, nous marcherons sur les pas du Père de Foucauld, dans des paysages de basaltes, des blocs chaotiques de granites, des pics vertigineux, jusqu'à l'Assekrem (2726m) avant de poursuivre notre boucle.

Ce n’est pas dans les pays
Pleins d’eau
Qu’on découvre la soif
Ce n’est pas dans les pays
Pleins de mots
Qu’on découvre le sens
Dieu a créé des pays pleins d’eau
Pour y vivre
Et des déserts
Pour que les hommes y découvrent
Leur âme.

Partir au désert
C’est partir
Au plus loin
De soi-même
Pour en revenir
Au plus près.

C’est parce qu’il n’est rien
Que le désert nous comble.


Les vrais sages
Qu’ont-ils de plus que nous ?
Plus de désert
C’est-à-dire moins
Moins de bruit
Moins de mental
Moins de soucis
Moins d’illusions
Moins d’argent
Moins…

Les vrais sages
Sont déserts
Nous projetons sur eux
Nos plus beaux mirages
Et lorsque nous nous en approchons
Ils nous laissent seuls
Face à nous-mêmes
A nous de creuser
Notre propre puits

Découvrir alors
Que la sagesse
C’est le désert
«Moins la soif»
L’ombre ou l’oasis
Où rien n’entrave la lumière.

Jean-Yves Leloup, Désert, déserts

mardi 4 novembre 2008

L'appel de l'Inde (3)


Nous venons de recevoir des nouvelles de notre filleule Vishalakshi. Elle a eu 13 ans le 23 septembre dernier. Elle a obtenu de bons résultats scolaires et elle étudie actuellement au niveau "8th grade" (l' équivalent d'une classe de 4ème chez nous en France). Elle est particulièrement brillante en "Kannada", la langue indienne pratiquée dans cet Etat du Karnataka. Malgré sa petite taille et sa frêle stature, elle est en bonne santé. Grâce au soutien actif du Capucin Krishik Seva Kendra ( membre du CCF-India) avec lequel nous venons également de nous mettre en rapport dans la perspective d'établir des liens plus étroits, toute sa famille bénéficie du réseau d'entraide mis en place par le projet.

Pour l'heure, une nouvelle pierre vient s'ajouter à l'édifice que nous voulons construire. L'association "Un enfant par la main", dont l'actrice Isabelle Carré est l'ambassadrice, vient de faire paraître (presque) intégralement l'article relatant notre visite en Inde dans sa nouvelle "newsletter". Ceux qui prennent le train en marche pourront le découvrir en cliquant directement sur le lien: "Un enfant par la main" dans la rubrique "Amitiés" de ce blog.

A suivre...

dimanche 2 novembre 2008

Fenêtre sur tour


Chaque année, à pareille époque, a lieu la traditionnelle "Vogue des marrons".

Née il y a plus de 150 ans, elle est survivante d'une tradition foraine lyonnaise (en 1896, la ville totalisait 207 jours de vogues de Pâques à Toussaint). Installée tous les ans sur le plateau de la Croix-Rousse de mi-octobre à mi-novembre elle est la dernière vogue de l'année. On y déguste les premiers marrons de l’année (et le premier vin blanc). D’où son nom.

C'est parti pour six semaines entières de barbapapa, de gaufres, de marrons (il ne reste plus qu'un seul vendeur), de manèges et d'attractions en tout genre. Pêche à la ligne, tir à la carabine, chenille, auto-tampons, maison hantée et installations renversantes occupent la place et le boulevard de la Croix Rousse. Le paradis des enfants et des jeunes en quête de sensations, le cauchemar des riverains.

Du Lundi au Dimanche (relâche le Jeudi) des jeunes et moins jeunes arrivent par grappes des bouches du métro et envahissent les rares espaces encore libres à la circulation. Une fête au village, diront les plus mordus. Du bruit et de la fureur, renchériront les autres. Car chaque année cette installation au coeur de la ville fait polémique. Il y a les pour, ceux pour qui le sens de la fête l'emporte sur tous les désagréments collatéraux. Il y a les contre qui vivent cette fête foraine comme une intrusion imposée dans leur vie quotidienne. Il est vrai que recevoir les feux des projecteurs dans son salon (nous habitons au 2ème étage de l'immeuble présent sur les photos), être obligé de monter le son du téléviseur pour écouter le journal télévisé a de quoi vous refroidir. Mais voilà il faut que tout le monde vive et que chacun y trouve son compte. C'est, dit-on, le prix à payer pour la paix sociale.

Alors on se met à rêver d'un film à la sauce Hitchcockienne où le truand se mêle à la foule des badauds pour échapper à la poursuite effrénée d'un privé, ou à M. Le Maudit, homme traqué dans un film de Lang. Et l'on espère aussi que ces moments un peu difficiles ne seront bientôt plus qu'un lointain souvenir. Vivement le désert!




vendredi 31 octobre 2008

Aimons donc, aimons donc!


...
Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons !
...

Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques

jeudi 30 octobre 2008

Soudain il est apparu


La forêt a revêtu sa belle parure automnale;
La nature joue une gamme d’ocres jaunes et rouges.
Assis sur un banc, j’égrène quelques mots épars.
Quelques feuilles virevoltent un instant
Et, dans un dernier soupir, glissent sur la terre humide ;
Le temps s’immobilise.
Le doux chant des oiseaux a remplacé la cacophonie des matins d’été ;
Des fougères sur leur déclin courbent leur tige rousse ;
Un soleil timide perce parfois l’écran de gros nuages lourds.
Je marche d’un pas tranquille sur un vaste tapis de feuilles,
Les touristes du dimanche ont disparu laissant derrière eux
un tas d’immondices que le vent a éparpillé.
Quelques amoureux errent le long des petits chemins paisibles ;
Seul le petit bruit sec des glands ou le martèlement régulier de l’enclume
Parvient encore à rompre le silence.
Les ronciers ont perdu leurs mûres sauvages ;
C’est le temps de la cueillette des châtaignes et des noix
que nous dégusterons au coin du feu.
Je m’arrête un instant, l’œil aux aguets, l’oreille tendue,
Plus un bruit, plus un mouvement ;
Le bois d’un cerf se dresse fièrement au-dessus des herbes hautes;
Soudain, d’un bond aussi rapide qu’inattendu
Il franchit le fossé qui me sépare de lui et s’enfuit dans la forêt hospitalière ;
J’ai le temps d’apercevoir encore quelques biches à la grâce tranquille
Qui franchissent une allée dépourvue d’arbres.
La nuit est tombée.
Je rentre d’un pas léger.

mercredi 29 octobre 2008

Entre noire et blanche

Au premier regard, tout semble les séparer ces deux chanteuses américaines.


Stacey Kent, 40 ans, née le 27 mars 1968 à South Orange, dans le New Jersey (États-Unis), incarne un jazz blanc dans la veine de Diana Krall. Son répertoire, très varié, inclut de la bossa et même quelques titres en français ("Ces petits riens" de Gainsbourg ou "Jardin d'hiver" d'Henri Salvador)


Lizz Wright, 28 ans, fille d'un pasteur afro-américain, emprunte à Billie Holiday, Neil Young et au blues pour lequel elle éprouve "une spiritualité démontée, sauvage". Quelque part entre Gospel et musique actuelle. On la compare parfois à Nina Simone et à Abbey Lincoln. Sa voix fait penser aussi à Tracy Chapman, la hargne en moins, la légèreté en plus.

A les écouter, cependant on éprouve le même plaisir...

lundi 27 octobre 2008

La porte du bout du monde

Très loin d’ici, il y a un royaume, traversé par un long chemin. Et au bout du chemin, il y a… devinez quoi ? Le bout du monde !
Un jour, le roi de ce royaume fait venir ses trois fils, Robin, Martin et Benjamin. Il leur dit :
- Mes chers enfants, je commence à devenir vieux, je veux laisser mon trône de roi à celui qui saura me dire ce qu’il y a au bout du monde.

Aussitôt Robin, le fils aîné part. Mais depuis qu’il est enfant, il est très méfiant; il se méfie des choses et des gens. Alors pour partir au bout du monde, il décide de s’entourer d’une superpuissante armée. Il avance très lentement, en regardant derrière, en regardant devant, quand tout à coup un arbre l’arrête.
L’arbre lui dit :
- Aîné du roi, là où tu vas, il fait froid. Tu auras besoin de bois pour faire du feu. Prends cette graine, elle t’en donnera. Mais Robin est très méfiant. Il se dit: « Une petite graine comme çà? Mais il faudra des années avant qu’elle donne du bois. A peine l’arbre est-il abattu que tout son bois a disparu. Il ne reste qu’un tas de cendres. Alors Robin continue d’avancer, entouré de toute son armée. Plus ils avancent, plus il fait froid. La terre est gelée sous leurs pieds et aussi loin qu’ils peuvent regarder, tout est blanc, presque transparent. Quand le fil aîné rentre au palais, il déclare :
- Au bout du monde, il y a un désert de froid qui n’en finit pas.

Le lendemain matin, c’est Martin, le fils cadet, qui doit partir au bout du monde. Mais depuis qu’il est tout petit, il est très peureux et c’est surtout quand il fait nuit que sa peur s’accroche à lui. Alors il dit :
- D’accord, je pars, mais je dois à tout prix être au bout du monde avant ce soir. Il attelle les mille chevaux les plus rapides du royaume et les fouettent pour qu’ils filent vite. Il les fouettent sans s’arrêter. Il traverse très vite le grand désert glacé et il arrive au bord d’une falaise. Au fond de la falaise, il aperçoit la nuit qui commence à monter. Un vieil oiseau s’approche en murmurant :
- Si tu veux trouver la lumière, il te faut plonger dans la nuit. Monte sur mon dos, je te guiderai. Mais Martin a trop peur, il n’écoute même pas. Il commence à fouetter ses chevaux pour rentrer au palais au galop. De retour chez son père, le fils cadet déclare :
- Au bout du monde, il y a un grand trou et ce trou est rempli de nuit.

Le lendemain matin, c’est au tour de Benjamin, le benjamin de partir. Il part tout seul, il est à pied. Il prend le temps de tout regarder. Quand il arrive au bord du grand désert glacé, il voit l’arbre réduit en cendres, mais il voit aussi la toute petite graine que son frère aîné a fait tomber. Alors il ramasse la graine, il creuse un petit trou et il la plante délicatement. Quand il a fini son travail, il s’endort d’un profond sommeil.
Quand Benjamin se réveille, il ne sait pas combien de temps il a dormi, mais un bel arbre a poussé. En coupant quelques branches, il peut faire un bon feu pour se réchauffer. Alors plein de courage, Benjamin reprend son chemin. Quand il arrive au bord de la falaise, le vieil oiseau l’attend pour lui proposer la même chose qu’à son frère aîné. Benjamin n’est pas rassuré, mais il monte sur son dos pour plonger avec lui dans la nuit. L’oiseau vole dans le soir, il avance sans rien voir, et petit à petit, il traverse la nuit. Ils arrivent enfin tout au bout de la nuit. Le vieil oiseau dépose Benjamin devant la porte du bout du monde. Quand la porte s’entrouvre, c’est beaucoup plus clair, beaucoup plus beau, beaucoup plus gai qu’un jour nouveau. Benjamin a envie d’aller vers la clarté, mais il a promis au roi de venir pour tout lui raconter. Alors de retour au palais, il dit simplement à son père :
- Je n’ai jamais vu autant de lumière que de l’autre coté de la porte du bout du monde. Le vieux roi se lève et il dit :
- Le chemin de la méfiance mène au désert, le chemin de la peur mène à la nuit, le chemin de la confiance mène à la lumière. C’est le chemin de Benjamin que je préfère. C’est donc lui qui sera roi.

Contes pour petits et grands

samedi 25 octobre 2008

Démystifier la méditation


Les livres consacrés à la méditation sont pléthores dans les rayons des libraires. Matthieu Ricard, le secrétaire et l'interprète du dalaï-lama, apporte aujourd'hui sa contribution à cette pratique en publiant un petit ouvrage intitulé: "L'art de la méditation". Sa collaboration avec des scientifiques spécialistes en neurosciences vise notamment à démontrer son efficacité sur la réduction du stress et de la rumination mentale.

Dans les colonnes du journal Le Monde du 22 Octobre il explique:
"La méditation, cela ne veut rien dire en soi: on médite sur quelque chose. Ce n'est pas faire le vide dans son esprit, ce n'est pas se relaxer, c'est cultiver, développer certaines attitudes, certaines facultés... J'ai voulu faire un livre sur les techniques de méditation pour la démystifier, pour dire à quoi elle sert, sur quoi méditer et comment méditer. J'ai décidé d'expliquer pourquoi cela valait la peine de transformer son esprit. On fait plein de chose pour la beauté physique. Et notre esprit, ce singe qui n'en fait qu'à sa tête, qui n'arrête pas de bouger, on le laisse en friche, dans l'état le plus sauvage. La méditation c'est transformer la manière dont fonctionne notre esprit..., c'est à dire la façon dont, du matin au soir, on fait l'expérience du monde... C'est la qualité de chaque instant de l'existence qui dépend de la façon dont fonctionne notre esprit, de la façon, dont on est, ou non, le jouet d'émotions destructrices, de la distraction permanente, des hauts et des bas incontrôlables et excessifs, comme de passer de l'euphorie à la dépression. Cela vaut la peine qu'on mette un peu d'ordre la-dedans. Il ne s'agit pas de faire des choses extraordinaires, il ne s'agit pas de léviter, ni d'acquérir la transmission de pensée, mais de vivre de façon optimale. L'optimal, c'est la paix intérieure, la force d'âme, c'est une forme de confiance, d'altruisme, de compassion. C'est une manière d'être et les manières s'apprennent. On apprend tout dans la vie, pourquoi n'apprendrait-on pas à mieux faire fonctionner son esprit?"

Dans son livre, Matthieu Ricard expose quelques règles et techniques pour aborder la méditation. Cet ouvrage s'adresse plutôt aux novices, à ceux qui n'ont pas encore l'expérience de la pratique méditative. Mais que vous soyez un adepte du zazen ou de toute autre méthode, il nous rappelle qu' entraîner son esprit permet non seulement d'optimiser sa santé mais aussi d'entraîner notre esprit pour conquérir une plus grande liberté. Qu'on soit adepte d'une religion, d'une philosophie nihiliste ou simple laïc. Pourquoi s'en priver?

jeudi 23 octobre 2008

Méli-Vélo


Les organisateurs du Tour de France ont dévoilé hier le parcours 2009. Conjuguer modernisme et tradition, réaffirme Christian Prudhomme. Cela veut dire conserver les grand équilibres qui ont fait la légende de la course et apporter quelques petites innovations qui montrent que la Grande Boucle s'inscrit dans son temps.

Avec un départ à Monaco, une petite incursion du coté de Barcelone (il faut bien rendre la monnaie aux 3 derniers vainqueurs), le Tour 2009 abordera les Pyrénées avec une arrivée à Andorre, puis les baroudeurs s'en donneront à coeur joie du coté de l'Alsace avant d'aborder les deux étapes des Alpes et l'ascension du géant de Provence '(Le Mont Ventoux) qui pourrait faire office de juge de paix. C'est d'ailleurs ce parcours qui a été choisi pour "L'étape du Tour", épreuve cyclotouriste réservée aux vrais amateurs. Je prends date.

La Grande Boucle, malgré toutes les affaires de dopage, fait partie de notre histoire. Elle annonce l'été, nous rappelle, grâce à l'inimitable Jojo la Science, que la France est un pays extraordinaire, riche d'un patrimoine et d'une histoire qui s'égrène aussi au fil des kilomètres. C'est aussi un vrai spectacle avec ses héros, ses vaincus, ses moments d'émotions, ses montées d'adrénaline, ses petites misères comme dans une chanson populaire.

Pourtant rien ne va plus sur la planète vélo. Le dopage se porte encore très bien. Après celles de Ricardo Riccco, de Leonardo Piepoli, Stefan Schumacher, les récente analyses du coureur Bernard Kohl, porteur du maillot à pois lors de la dernière édition, l'ont une nouvelle fois démontré. L'EPO de 3ème et 4ème génération a encore de beaux jours. L'annonce du comme-back du septuple vainqueur du Tour de France, Lance Amstrong, le retour du repenti Ivan Basso, ne sont pas faits pour nous rassurer. Le duel Contador/Amstrong risque d'être au coeur du débat. Qui l'emportera au contrôle anti-dopage? Même si la chaine Allemande ARD a annoncé qu'elle ne retranmettrait pas les prochaines éditions, qui pourra contester qu'une grand partie du peloton ne marche plus depuis longtemps à l'eau claire. Le jour où les coureurs grimperont les cols à 15/18km/h, alors les amateurs qui déploient des efforts considérables pour grimper à 10/12 km/h pourront regarder leurs idoles avec un brin de sympathie dans les yeux.

Ecrivain, Paul Fournel, est aussi un amoureux de la petite reine. Le cycliste amateur que je suis s'était régalé à la lecture de "Besoin de vélo", paru en 2002. "Méli-Vélo", paru cet été aux Editions du Seuil, nous offre un abécédaire autour de la bicyclette. Quelques exemples choisis:

A comme Avoir les jambes
B comme Braquet
C comme Cyclotouriste
D comme Dopage
E comme Être à la ramasse
F comme Fringale
G comme Grimpeur
H comme Hinault
I comme Izoard
J comme Jour sans
K comme Kilomètres
L comme Lanterne rouge
M comme Musarder
N comme Noms propres
O comme Oreillette
P comme Paysage
Q comme Quelque chose
R comme Ravito
S comme Sucres lents
T comme Train
U comme Un
V comme Vieillir
W comme Wagon
X comme Xanthopsie
Z comme Zigzag

Le vélo est un langage qui raconte le souvenir des grands et des petits exploits. C'est l'abécédaire d'une passion tranquille qui vous emmène sans bruit jusqu'au bout de vous-mêmes. Avec cet état d'esprit chevillé au corps, le vélo n'est plus simplement un moyen de locomotion, c'est un conte de féees.

mardi 21 octobre 2008

Réalité ou fiction


En allant voir le film de Laurent Cantet "Entre les murs", une question hantait mon esprit: comment un film sur l'école, réalisé avec des élèves d'une classe de 4ème dans un collège parisien réputé difficile, avait-il pu obtenir la Palme d'or du prestigieux Festival de Cannes, présidé par Sean Penn?

Pendant toute la durée du film, j'ai été happé, captivé, pris en tenailles par un enchaînement de situations qui ne laissent aucun répit au spectateur. Cependant, à la sortie de la salle, d'où vient ce sentiment de malaise et de déception? D'un trop plein sans doute, trop de tchatche, trop de bons mots, trop de joutes verbales, trop de rythme dans le montage, trop d'incidents divers qui reflètent sans doute une certaine réalité de la vie de la classe mais qui, dans un concentré de 2heures, ont parfois du mal à passer.

Il faut se rappeler l'historique du film: un scénario écrit par François Bigaudeau (qui joue ici son propre rôle) et Laurent Cantet (le réalisateur), des élèves choisis au terme d'un casting en fonction de stéréotypes (la forte tête, le docile, la rebelle, le rigolo, le modèle, le complexé...) et de leur capacité à jouer (surjouer!) les séquences orchestrées pour en mettre plein la vue aux spectateurs incrédules, des dialogues construits, réécrits pour le besoin du film, des improvisations pas si improvisées que cela.

Adapté d'un roman du même François Bigaudeau paru en 2006 (Lauréat du prix France Culture-Télérama), le film nous montre la difficulté pour un professeur de français (qui puise dans sa propre expérience) de transmettre un patrimoine culturel très éloigné des préoccupations immédiates de ses jeunes élèves. Et la langue elle-même devient un véritable enjeu. La séquence sur l'emploi de l'imparfait du subjonctif est à cet égard très révélatrice: "Maman, il fallait que je fusse...", sonne curieusement dans la bouche de la jeune beurette.

Alors quand elle annonce tout de go qu'elle a lu "La République" de Platon (que lui a conseillé sa grande soeur) et qu'elle a trouvé cela "marrant", "trop bien" et "qu'elle adore", on voudrait pouvoir y croire. Tout à coup on a l'impression que les deux mondes, alors si cloisonnés, vont pouvoir se rejoindre. Mais l'effet ne dure que l'instant de cette courte séquence qui se clôt par cette phrase qui tombe comme un couperet: "C'est bizarre parce que c'est pas un livre pour les pétasses".

Lorsqu'il s'agit d'aborder la question de la démocratie et de son apprentissage, on perçoit aussi les limites du professeur écartelé entre des tentatives pédagogiques généreuses et des élèves peu empressés à se soumettre aux règles édictées par un corps professoral en quête d'autorité et de reconnaissance. Métier passionnant mais difficile et ingrat que celui d'enseignant dans un contexte de crise qui manque davantage de moyens que d'énergie, malgré les doutes, les embûches, les contradictions et les démissions face à la difficulté. Quand à la fin de l'année, une élève vient voir le professeur et lui fait cet aveu terrible: "Je ne comprends pas ce qu'on fait", elle met le doigt là où cà fait mal. "C'est un film qui interpelle", a souligné Xavier Darcos.

On est loin d'un film documentaire telle que la Télévision nous en a présenté à de multiples reprises. Faut-il le déplorer? C'est en tous cas le choix délibéré du réalisateur de nous faire entrer dans les murs d'une classe avec le réalisme d'un reportage, la puissance émotionnelle d'un récit romanesque et l'humour d'une comédie. C'est avant tout cela que le jury de Cannes a voulu salué. Alors si les médias de tous bords, les politiques, les pédagos se sont emparés du film c'est parce qu'il est le témoin d'une époque où le doute s'est installé, où la communication est devenue de plus en plus difficile malgré tous les techniques modernes qui s'offrent à nous.

Si "Entre les murs" a mérité cette Palme d'or, c'est bien par sa capacité à mettre en scène de jeunes adolescents d'une cité peu radieuse qui, le temps d'un été, ont pu vivre une expérience de vrai cinéma. Ce film nous rappelle que le cinéma n' a pas forcément à montrer la vie telle qu'elle est, mais à créer une dramaturgie qui réponde à la vision personnelle et fantasmée d'un auteur. Quelles seront les retombées pour les jeunes qui ont participé à cette aventure? Quels adultes donneront ces ados qui ont tellement de mal à s'exprimer autrement qu'en verlan ou en argot? L'avenir le dira.

samedi 18 octobre 2008

Variation automnale





vendredi 17 octobre 2008

Alors je reviendrai


"Le Prophète" de Khalil Gibran se terminait par une promesse:
"Si ma voix devait un jour s'évanouir de vos oreilles, et mon amour s'effacer de votre mémoire, alors je reviendrai. Et je parlerai, avec un coeur plus généreux et des lèvres plus soumises à l'esprit". l

Aujourd'hui, dans "Le retour du Prophète", Hajjar Gibran nous transmet le dialogue qui s'est ouvert avec Khalil, son grand-oncle, lorsqu'il avait quatorze ans. Anéanti par la mort accidentelle de son frère Gary, Hajjar va finir par répondre à l'appel de celui qui se révélera son guide spirituel.
Ce dialogue entre un homme et un prophète nous renvoie aux questions essentielles: la croyance, la vérité, le désir, la grâce, la sexualité, le changement, la vision, la trahison, le pardon, le courage, l'amour, l'éveil.

Extrait du chapitre sur le désir:
"Ce fruit que t'offre la terre, c'est toi-même qui l'as semé. la manne que les cieux déversent sur ton champ fertile, tu en as planté la graine dans le monde de tes rêves...
Avec la même gravité méditative que l'enfant qui cherche un trésor, tu dois trouver ta propre source d'inspiration, et offrir une réponse créatrice aux questions que te pose la vie. Ton désir est le désir que la vie a d'elle-même. Que désires-tu vraiment sinon la liberté et le pouvoir de transformer tes visions en réalité?
Est-il plus grand pouvoir dont tu puisses te réjouir que la liberté de t'aimer tel que tu es?
Quel lendemain pourrait t'apporter ce que tu n'as pas déjà aujourd'hui?
Tu es un enfant dans le jardin de la grâce, un enfant qui trouvera toujours un appui, quel que soit le plan de réalité dans lequel il choisira de jouer.
Mais jamais tu ne trouveras plus grand trésor que celui de l'amour partagé.
Tu es vivant, maintenant - c'est le don le plus précieux: toucher, sentir, aimer...
Aspirer à une vie supérieure en écoutant autre choses que ton propre coeur est une entreprise futile.
Ne crois pas que seuls les sommets ensoleillés de la prospérité soient dignes de toi, car les grâces les plus précieuse naissent aussi dans l'absolu nudité du désert...
Donne, afin que tu puisses connaître la joie de donner. Quand ton temps sera passé, tout ce que tu n'auras pas donné sera perdu."

mercredi 15 octobre 2008

En attendant l'édition 2009


C'est l'heure où les noctambules sont à la recherche d'un havre de paix,
C'est l'heure où l'on s'apprête à vivre un exploit à sa mesure,
C'est l'heure où l'on se dit que la journée sera longue, très longue,
C'est l'heure où la lumière du jour dessine les contours du paysage,
C'est l'heure où les muscles s'échauffent et se mettent en mouvement,
C'est l'heure où les regards se tournent vers les cimes lointaines,
C'est l'heure de vérité, l'heure des passionnés.

6h30 Samedi matin. St Priest, Banlieue de Lyon. 200 cyclotouristes, feignant d'ignorer la pluie fine qui commence à tomber, s'apprêtent à enfourcher leur vélo minutieusement préparé. Feuille de route, dossard et fiche de contrôle sont distribués à chacun des participants de cette 61è Lyon Mt Blanc. Les sacs feront le voyage dans un fourgon utilitaire. Destination Praz-sur Arly, petit village à proximité de Megève, face aux neiges éternelles du Mont-Blanc. 240 kilomètres à parcourir à allure personnelle, l'objectif étant d'arriver avant la nuit.

Les premiers kilomètres se déroulent sous une pluie battante. Les gilets imperméables, dans le meilleur des cas, ne protègent que le haut du corps. Nous sommes condamnés à pédaler dans des cuissards humides et l'eau s'infiltre peu à peu dans les chaussures. L'idée d'abandonner me vient à l'esprit. Un regard vers mes camarades d'infortune, arc-boutés sur leur machine, et les encouragements que ne manquent pas de prodiguer les plus téméraires, suffisent à me convaincre. Ai-je jamais abandonné sur une épreuve cyclotouriste? Alors courage! Au fil des kilomètres, la pluie tombe de façon intermittente. Et c'est alors le vent qui prend le relais. Je persévère bien à l'abri derrière un groupe qui file à vive allure sur les routes du Bugey. 60 kilomètres ont déjà été parcourus quand se présente le premier ravitaillement. Arrêt très bref car une équipe d'un club largement représenté est déjà sur le départ. Je me faufile dans leur sillage jusqu'au contrefort des barrières rocheuses entre l'Ain et la Savoie. Le Col du Chat (638m) représente la première vraie difficulté de la journée. Les doigts raidis par l'humidité rendent la descente vers le lac du Bourget au pied d'Aix les Bains plus dangereuse encore. Le risque de croiser une voiture venant dans l'autre sens impose la prudence à chaque virage. 120 kilomètres ont déjà été parcourus et il est 11h30. Le casse-croûte, grignoté à la hâte, (avant que les muscles ne refroidissent) apporte le complément nutritionnel indispensable à la dépense calorique des premières heures. Saucisson sec, tomate, melon, fromage, chocolat, pain d'épice, compote, gâteaux secs, eau plate et gazeuse, voilà le menu frugal du randonneur au long cours.

L'ascension du Col de St Saturnin (695m), puis du Col de la Marocaz (958m) semble interminable. La pluie s'invite encore sur les 50 kilomètres qui séparent Chambéry d'Albertville. Difficile de se protéger de l'eau qui me single le visage protégé par des lunettes embuées. Je me colle dans la roue d'un jeune homme de 22 ans suivi par son paternel bien en jambes. La cité des Jeux Olympiques d'hiver de 1968 semble indifférent au passage des cyclistes qui, à cette heure de la journée, sont éparpillés sur le parcours. Les jambes qui ont tourné à environ 100 tours minute pendant près de deux heures retrouvent une certaine vigueur dans la montée vers le plateau Queige (528m). Je parviens a distancer allègrement certains de mes congénères, avec un réel plaisir. Le troisième ravitaillement de la journée est en vue. Il est près de 15h00. L'eau gazeuse remplace l'eau plate dans les bidons. La Sporténine montre son efficacité. Le chocolat apporte le complément de magnésium indispensable à nos organismes vivement sollicités. Avec la montée sur Bisanne, ce sont 12 kilomètres de lacets perdus dans le brouillard qu'il nous faut encore gravir. La vitesse avoisine les 8km/h sur le petit plateau (un 30x27 pour les spécialistes). Aucune visibilité à plus de 50m. Rien que le bitume d'une chaussée qui garde encore les traces d'un hiver rude et des routes enneigées. L'effort est extrême et le souffle se fait plus court au fur et à mesure de l'altitude. Un bref arrêt au sommet du col de Bisanne (1727m) et nous redescendons en direction du Col des Saisies (1633m) dans un brouillard épais qui interdit toute maladresse. Je suis surpris par un véhicule à moteur au franchissement d'un carrefour où la visibilité est presque nulle. Subitement enivré par la fin prochaine du parcours, nous descendons à très vive allure en direction de Notre-Dame de Bellecombe, puis de Praz sur Arly, terme d'un marathon de 240 kilomètres. Il est 18h00.

Le Village de Vacances Familiales, réquisitionné par le Club organisateur, a des allures de centre d'entraînement. Après la douche, les corps endoloris apprécient le rituel du massage ordonné par trois spécialistes qui s'activent tantôt sur un cuisse trop dure, tantôt sur des trapèzes douloureux, là encore sur des cervicales raidies par la tension et le froid. Au dîner, copieux et varié, Les visages, débarrassés des casques et lunettes, se détendent. Les langues se délient malgré la fatigue. Les uns et les autres racontent, quelquefois avec force de détails, leurs sensations de la journée. Les buffets ne désemplissent pas. L'organisme aura consommé plus de 6000 calories qu'il faut à présent compenser. A 21h30, la remise des récompenses vient clôturer une journée harassante et des efforts méritoires. Un dernier massage à l'arnica avant de plonger dans un sommeil réparateur. Il est plus de 23h00.


Dimanche matin 4h30. Les muscles n'ont pas totalement évacués les toxines de la veille qu'il faut remettre le corps en route. Une nouvelle tenue (pas de pluie annoncé avant la fin d'après-midi) remplace celle de la veille encore humide. Les semelles séchées sur le coin du radiateur rejoignent le fond des chaussures soudain plus légères. Les poches du maillot débordent de coupe-la-faim (barres énergétiques, pâtes de fruits, tubes de miel enrichi de vitamines, pain d'épices). Quelques gouttes d'huile sur les rouages et un nettoyage sommaire de la machine suffiront avant d'entreprendre le chemin du retour en direction de Lyon. Il est 6h10 lorsque j'entreprends seul la descente vers Flumet. Rejoins quelques kilomètres plus tard par un petit groupe, à la faveur d'une très longue montée, je me glisse au sein de ce petit peloton qui file vers Alberville à plus de 50 km/h dans la descente. Les 30 kilomètres qui nous séparent encore de la prochaine difficulté sont avalés à plus de 30 km/h. Avec l'ascension du Col du Frêne (950m) le peloton s'éparpille et chacun s'efforce de monter à son rythme, tente de réguler son rythme cardiaque pour ne pas "se mettre dans le rouge" aux premières heures de la matinée. La descente très rapide sur le Chatelard est un régal pour les plus aguerris. Surtout ne pas quitter la roue de celui qui précède au risque de ne plus pouvoir recoller. Quelques secondes d'inattention suffisent parfois pour dire adieu à un groupe dans lequel vous avez mis votre confiance. Seul face au vent, bonjour la galère! Le premier ravitaillement est à peine avalé qu'il faut repartir à l'assaut du Col de Sapenay (897m). Dur, très dur, long , très long quand la fatigue pèse sur les jambes et le bas des reins. je m'accroche à un jeune de mon âge (56 ans) qui semble puiser dans ses dernières ressources. Et nous franchissons le sommet au coude à coude avant de nous lancer à corps perdu sur les pentes vertigineuses qui conduisent à Chindrieux, où résida quelque temps le poète Lamartine. 130 kilomètres ont déjà été parcourus.

12h30. Après un rapide casse-croûte, nous longeons, à partir de Chanaz, le canal de Savière qui relie le Lac du Bourget au Rhône. Les bateaux de tourisme qui empruntent le parcours fluvial font chanter la sirène à notre passage. Un peloton de quelques unités en profite pour tenter de nous fausser compagnie. Au terme d'une relance toute en puissance, le peloton se reforme et poursuit sa lancée en direction de Morestel où nous arrivons à 14h30. Une dernière collation, un dernier pointage et le même groupe repart, pas faché d'en finir avec les 50 kilomètres restant. Erreur de balisage? Faute d'inattention? L'absence de fléchage indique que nous ne sommes plus sur le parcours. Après consultation du road-book, nous décidons de rejoindre l'itinéraire prévu par une route buissonnière (5 kms supplémentaires dont je me serais bien passé). Un grand pschtt signale une crevaison. Les membres de l'équipe de l'infortuné font preuve de solidarité. Nous ne sommes plus que 4 à escalader la côte de Frontenas, dernière difficulté de la journée. Je remarque un regain d'énergie à l'approche de l'arrivée et le rythme ne fait qu'accélérer sur une route aplanie. La pluie se remet à tomber. Il ne reste plus qu'une dizaine de kilomètres. Je regarde ma montre. J'arriverais dans les temps prévus. J'avais annoncé la veille, à ma douce, que je serais de retour pour 17h00. Je franchis la ligne d'arrivée à 16h50 avec le sentiment du devoir accompli. 240 kilomètres au compteur de cette deuxième journée. Soit au total 480 kilomètres parcourus à la moyenne de 23 km/m pour 3520m de dénivelé positif.

C'était la Fête du Vélo.

dimanche 12 octobre 2008

L'esprit de famille


Avant d'appartenir à différentes "familles d'esprit" (elles ont pour nom: associations, clubs, communautés, sangha etc.) en fonction de nos goûts naturels, de nos affinités électives, des rencontres que la vie nous propose, nous appartenons à une famille originelle, celle par laquelle nous sommes nés et dont le sang coule dans nos veines.

Fêtes, anniversaires, mariages et autres circonstances à caractère privé rassemblent le plus grand nombre de ses membres, toutes générations confondues. Malgré l'éloignement géographique, les contraintes particulières d'une activité professionnelle, les choix individuels, qui constituent parfois des freins à la rencontre, l'esprit de famille resurgit lorsqu'il s'agit de faire corps autour du patriarche qui se rappelle qu'il est déjà 3 fois arrière grand-père et qu'il comptabilise 12 petits-enfants.

Cet été, c'était l'aîné de la fratrie qui fêtait son départ à la retraite. Dans quelques années ce sera mon tour (3 à 5 ans selon les modalités d'application de la future loi). Heureux temps de la retraite, diront les petits veinards qui ont la chance de ne pas souffrir de problèmes de santé majeurs. Ce temps de repos, tant convoité sonne l'heure de la dernière période du reste de la vie.
On se dit qu'on va pouvoir enfin faire un tas de choses (toutes celles qu'on pas pas eu le temps de réaliser à ce jour) et qu'on va enfin pouvoir disposer du temps à sa guise, l'utiliser à des fins personnelles, selon l'humeur du moment et les opportunités que nous offre la vie. Heureux papa qui, après une vie de dur labeur, a su profiter pleinement de ce temps là pour découvrir des horizons lointains: Italie, Israël, Canada et nos belles régions de France avant d'être contraint, par son corps physique, à réduire le périmètre de ses nombreuses sorties. Alors quand il est entouré de ses enfants, petits-enfants, et de toutes celles, et ceux qui appartiennent désormais au "clan familial", il manifeste une joie et un contentement que rien, ni personne, ne peut altérer.

vendredi 10 octobre 2008

L'homme aux semelles de vent


"Je suis de nulle part. Je m'identifie très fortement à la Bretagne, ce pays que nous avons gardé dans notre coeur".
C'est peut-être mes racines bretonnes qui me rapprochent de Jean-Marie-Gustave le Clézio. Son air taciturne, austère comme du granit, cachent une profonde humanité, toujours en quête d'harmonie entre le monde et son histoire. Sa touchante simplicité (aux antipodes d'un Michel Houellebecq et d'un Pierre-Henry Levy) lui confère sincérité et beauté de l'être.

En apprenant hier qu'il était lauréat du Prix Nobel de littérature, je n'ai pu réprimer un Hourra! de joie et de satisfaction. Du "Procès-verbal" (Prix Renaudot en 1963) à "Ritournelle de la faim" qui vient de paraître, romans, essais, nouvelles, contes, récits, livres pour enfants, défilent devant mes yeux posant ici ou là des jalons, des repères de vie.

Jean-Marie-Gustave Le Clézio m'accompagne depuis plus de 30 ans. Depuis la lecture de son roman "Désert", ce grand voyageur est resté l'un des mes mentors. Un modèle d'écriture. Un modèle d'homme, comme un grand frère avec lequel je partagerais une histoire imaginaire, aux confins de deux mondes où passé et présent pourraient coexister sans jamais s'exclure.

En partance pour le désert d'ici quelques semaines, je ne résiste pas au plaisir de relire et de vous faire partager ces quelques extraits:

« Ils sont apparus comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible...
Ils marchaient sans bruit dans le sable, lentement, sans regarder où ils allaient. le vent soufflait continûment, le vent du désert, chaud le jour, froid la nuit. Le sable fuyait autour d'eux, entre les pattes des chameaux, fouettait le visage des femmes qui rabattaient la toile bleue sur leur yeux...
Le soleil était encore haut dans le ciel nu, le vent emportait le bruit et les odeurs. La sueur coulait lentement sur le visage des voyageurs et leur peau sombre avait pris le reflet de l'indigo, sur leur joues, sur leur bras, le long de leurs jambes...
Il n'y avait rien d'autre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun autre chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien, ils ne voulaient rien...
Le vent passait sur eux, à travers eux, comme s'il n'y avait personne sur les dunes...
Ils continuaient à descendre lentement la pente vers le fond de la vallée, en zigzagant quand le sable s'éboulait sous leurs pieds. Les hommes choisissaient sans regarder l'endroit où leurs pieds allaient se poser. C'était comme s'ils cheminaient sur des traces invisibles qui les conduisait vers l'autre bout de la solitude, vers la nuit...
Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit. Ils étaient apparus comme dans un rêve, en haut d'une dune, comme s'ils étaient nés du ciel sans nuages et qu'ils avaient dans leurs membres la dureté de l'espace. ils portaient avec eux la faim, la soif qui fait saigner les lèvres, le silence dur où luit le soleil, les nuits froides, la lueur de la Voie lactée, la lune; ils avaient avec eux leur ombre géante au coucher su soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés touchaient, l'horizon inacessible. ils avaient surtout la lumière de leur regard, qui brillait si clairement dans la sclérotique de leurs yeux...
C'était comme s'il n'y avait pas de noms, ici, comme s'il n'y avait pas de paroles. le désert lavait tout dans son vent, effaçait tout. Les hommes avaient la liberté de l'espace dans leur regard, leur peau était pareille au métal. la lumière du soleil éclatait partout...
Mais c'était le seul, le dernier pays libre peut-être, le pays où les lois des hommes n'avaient plus d'importance. Un pays pour les pierres et pour le vent, aussi pour les corpions et pour les gerboises, ceux qui savent se cacher et s'enfuir quand le soleil brûle et que la nuit gêle...
Mais c'était leur vrai monde, ce sable, ces pierres, ce ciel, ce soleil, ce silence, cette douleur, et non pas les villes de métal et de ciment, où l'on entendait le bruit des fontaines et des voix humaines. C'était ici l'ordre vide du désert, où tout était possible.. »

mercredi 8 octobre 2008

En marche vers le désert


C'est à l'Abbaye cistercienne de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche, que s'est déroulée notre première rencontre. Karl, Christiane, Sylvie, Bruno et Carole, Rosine, Rolande, Claudine, Annick, Colette, Daniel et Bernadette étaient réunis autour d'Alain et Corinne, les gentils animateurs, pour préparer un voyage pas comme les autres. Un voyage dans le désert du Hoggar, de Tamanrasset à l'ermitage de Charles de Foucauld, situé à 2780m d'altitude sur le plateau de l'Assekrem.

L'Abbaye eut un pensionnaire célèbre en la personne de Robert Louis Stevenson puisque le jeune écrivain écossais (il n'avait alors que 28 ans) y séjourna le 26 septembre 1878 dans le cadre de la fameuse randonnée qu'il relate dans son "Voyage avec un âne dans les Cévennes". Mais cette Abbaye est surtout réputée pour avoir accueilli le Bienheureux Charles de Foucauld qui y séjourna d'abord en 1890 (il y reçut l'habit de novice), puis en 1900 pour préparer son ordination. Le Père Charles de Foucauld a été béatifié le samedi 13 novembre 2005 à Saint Pierre de Rome. Des reliques ont alors été transférées à Notre Dame des Neiges et un petit musée lui est consacré.

Dans cette ambiance paisible, monacale, chacun des participants à cette aventure a pu exprimer comment il était arrivé là et quelle était sa véritable intention durant ce voyage.
Quitter le connu pour l'inconnu, faire le vide, faire, se défaire, parfaire, se nourrir, aimer plus et mieux, être en communion avec la nature, partager la vie nomade des Touaregs, faire confiance, voir avec son coeur, rencontrer Dieu, être en Paix... autant de raisons accueillies dans un climat d'écoute, de profond respect et de vrai partage. Le désert peut être aussi une métaphore du chemin qu'il nous faut parcourir pour aller à la rencontre de nous-mêmes, pour aller à l'essentiel dans nos vies.

Malgré un température approchant le 0° (il a neigé dans la nuit de Samedi à Dimanche et les locaux n'étaient pas chauffés), rien ne semblait pouvoir entamer la bonne humeur et la convivialité des participants. Au fil des heures et des témoignages, dans ce contexte si particulier qui nous rappelait sans cesse à la dimension sacrée, le groupe s'est constitué et a pris son envol. La randonnée matinale en direction du sommet des 3 Seigneurs restera gravée dans nos mémoires.












Comme l'écrivait Saint Exupéry dans Le Petit Prince, lors de la dernière rencontre avec le renard:
"Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux."
Cette phrase, souvent galvaudée, a pris ici tout son sens. Merci Corinne, Merci Alain. Merci les amis.

Rappel: un clic sur la photo permet de la voir dans sa vraie dimension.

lundi 6 octobre 2008

Love and gratitude

C'est avec beaucoup d'émotion et de tristesse que nous avons appris que le papa du Père John Alwyn Dias avait quitté cette vie. Nous avions rencontré le Père John au printemps dernier à la Fraternité de Paris, au retour de notre séjour en Inde auprès de notre filleule, Vishalakshi.

Cher John, nos pensées vous accompagnent dans ces moments douloureux. Que la paix soit avec vous, dans la foi et l'espérance qui est la vôtre. Nous nous reverrons prochainement pour continuer d'avancer sur le projet de collaboration avec le Capucin Krishik Seva Kendra. Aujourd'hui, l'heure est au recueillement et à la communion avec vous et tous les membres de votre famille. "Réalisez que vous êtes. Tu es Cela.... Il n'y a ni chrétien, ni hindou, ni bouddhiste, ni musulman. Il n'y a que l'âtman, l'âtman, rien ne lie, rien ne le limite, rien ne le détermine", écrivait le Père Henri Le Saux, moine chrétien qui consacra sa vie au rapprochement entre les communautés.


My Dear brothers and sisters,
Greetings of peace and joy. Herewith I would like to sincerely thank you for your prayers and your presence. We the Dias family members deeply appreciate your consoling words, telephone calls, mails and messages. Indeed, your assurance of prayers and your loving presence, has helped us to live our faith in the Risen Lord Jesus Christ with hope and courage. Please do keep us in your prayers. With much love and gratitude.
Fr. Alwyn Dias.

jeudi 2 octobre 2008

A chacun son chemin


Vous avez dit blogueur?, interrogeait Yannick, hier. Voici ma contribution à cette réflexion.

La "bloggermania" sévit désormais sur toute la planète. Ce nouveau virus qui touche un grand nombre d'entre nous prend les formes les plus variées. Son habileté à contourner les remèdes les plus violents n'est plus à démontrer. Faut-il le combattre ou vivre avec?

Pour ma part, j'ai choisi temporairement mon camp. Ce nouveau et bel outil, avec lequel je me suis peu à peu familiarisé, s'inscrit à présent dans mon histoire de vie. il m'apporte aujourd'hui des satisfactions qui répondent à mes attentes du moment. Tentons un inventaire:

- Besoin d'exprimer ce qui est au fond de moi, de montrer un peu plus l'homme "intérieur".
- Besoin de dire ce qui me guide, ce qui m'anime, ce qui me met en mouvement et me fait vivre.
- Besoin de communiquer avec ma famille, mes amis et tous ceux qui peuvent se reconnaître à travers moi.
- Besoin de mettre en valeur mes savoirs, mes savoir-faire, mes compétences, mes hobbies, mon expérience.
- Besoin d'être reconnu par un ego qui a encore besoin de cela pour exister.
- Besoin de partager pour mieux comprendre l'autre et apprendre de nos différences.
- Besoin de combler le vide de nos existences pourtant déjà si remplies. N'est-ce pas dans la nature de l'homme?

Le revers de la médaille, si j'ose dire, c'est le risque du conditionnement, de l'habitude compulsive, de l'hypnose quotidienne. C'est en pleine conscience qu'il nous faut apprendre alors à écouter, à accueillir, les émotions, les réactions, les petites joies qui participent au sentiment d'exister aussi à travers ce nouveau média. Comme pour d'autres "objets de divertissement" (télévision, radio, cinéma, internet et autres Ipod) tout est une question de mesure et d'équilibre. Pas facile à trouver, j'en conviens. Mais un jour peut-être, quand je serais "UN avec ma solitude", je dirai: "Adieu livres, films, portable et autres "objets d'asservissement", je suis enfin libre. Dans cette vie ou dans une autre. Rassurez-vous l'heure n'est pas encore venue. Le chemin vers le Soi ne fait que commencer.

Dans "Pélerin du désert", Théodore Monod écrit: "Il est une montagne unique. Nous la gravissons les uns les autres par des sentiers différents avec l'espoir de nous retrouver un jour au sommet, dans la Lumière et au-dessus des nuages."

Une seule question importe: Qu'est ce que veux vraiment?

mercredi 1 octobre 2008

Zam et ses Zamis



Dans le cadre des concerts de l'été, le Comité des Fêtes de la petite ville de Rumilly (Haute-Savoie)) accueillait, le vendredi 29 Août 2008, un artiste peu connu des médias. La scène occupait pour la dernière fois la "Cour des Tabacs", petite place appelée à disparaître pour répondre aux attentes des promoteurs locaux. Zam (alias Cyril pour les intimes) était l'invité d'honneur de cette ultime soirée placée sous le signe de la convivialité et du partage.

La chanteuse guitariste Lia, auteur compositeur interprète, ouvrait le bal et mettait tout son coeur et son jeune talent dans des chansons qui reflétaient la vision du monde d'une jeune femme qui a des choses à dire. Une voix chaleureuse, des textes pleins d'humour, acides parfois, d'une grande lucidité.

Zam (ancien musicien et ami de Michel Polnareff) nous entraîne ensuite dans son univers atypique, fait de chansons drôles et tendres qui témoignent d'un registre personnel inattendu. Une corde cassée à sa guitare dès la troisième chanson n'entame pas son enthousiasme. Il a réuni autour de lui d'excellents musiciens et particulièrement un guitariste qui se lance dans un solo de blues à faire pâlir les mélomanes les plus exigeants. Zam interprète avec coeur et sensibilité un joyeux "meltingpot" où se mêlent rythm'n blues, soul music et jazz dans une ambiance bon enfant qui fait une large part à l'improvisation et à la parodie.

En fin de soirée, en forme de cadeau-surprise, il a invité sa fille Nûr à le rejoindre sur la scène. Quand elle entonne le célèbre "Summertime" de sa voix chaude et colorée, tout le public, réunit autour d'elle, vibre à l'unisson. Dans un ultime duo, nous assistons, émus, au face à face d'une fille avec son géniteur. A Nûr de démontrer maintenant qu'elle a sa place dans la "Cour des grands".




lundi 29 septembre 2008

La nourriture intérieure

Un homme âgé dit à son petit-fils, venu le voir très en colère contre un ami qui s’était montré
injuste envers lui :
- Laisse-moi te raconter une histoire… Il m’arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et n’en éprouvent aucun regret. Mais la haine t’épuise et ne blesse pas ton ennemi. C’est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J’ai souvent combattu ces sentiments.
Il continua :
- C’est comme si j’avais deux loups à l’intérieur de moi; le premier est bon et ne me fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l’entoure et ne s’offense pas lorsqu’il n’y a pas lieu de s’offenser. Il combat uniquement lorsque c’est juste de le faire et il le fait de manière juste. Mais l’autre loup, ah! il est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n’importe qui, tout le temps, sans raison. Il n’est pas capable de penser parce que sa colère et sa haine sont immenses. Il est désespérément en colère et pourtant sa colère ne change rien. Il est parfois si difficile de vivre avec ces deux loups à l’intérieur de moi, parce que tous deux veulent dominer mon esprit.
Le garçon regarda attentivement son grand-père dans les yeux et demanda :
- Lequel des deux l’emporte, grand-père ?
Le grand-père sourit et répondit doucement:
- Celui que je nourris.

dimanche 28 septembre 2008

Sabra et Chatila


Le metteur en scène israélien Ari Folman nous raconte, dans un film autobiographique, les souvenirs d'une guerre (le conflit Israëlo-Palestinien) qui peu à peu refait surface dans sa mémoire. Images trop vite oubliés qu'il reconstitue avec l'aide des témoignages de ses anciens compagnons d'armes. Qu'ai-je donc fait à Beyrouth, en septembre 1982, pendant le massacre de Sabra et Chatila?, se demande ce quadragénaire mobilisé dans l'armée Israélienne.

Tourné en vidéo, ce long métrage d'animation, au graphisme particulièrement réussi, nous embarque dans une réflexion profonde sur le caractère inutile d'une guerre sans héros et qui ne mène nulle part. Pas de discours grandiloquents, pas d'effets tapageurs, rien que le point de vue d'un soldat parmi d'autres aux prises avec ses tourments, ses cauchemars et son besoin de comprendre. Une quête personnelle sans réponse. L'émotion découle des scènes apparemment anodines (celles d'une jeunesse banale qui vit dans l'insouciance des années 80) confrontées à des images de mort et de folie meurtrière. Victimes ou bourreaux, c'est ce que Ari cherche à décrypter au fil d'une réalité qui lui échappe encore.

Méditation sur la guerre, la mémoire et la culpabilité, "Valse avec Bachir" est une oeuvre originale, forte, profondément attachante et d'une cruelle beauté. Si vous n'avez pas encore eu l'occasion de voir ce film sorti cet été, il y a encore quelques séances de rattrapage.

jeudi 25 septembre 2008

Merci papa

En écho au post d'Alain..



Il y a 10 ans, nous étions tous réunis pour ton 75ème anniversaire. En t’offrant de revoir Dortmund, nous savions que nous répondions à l’un de tes vœux les plus chers. Et c’est avec beaucoup de pudeur et d’émotion que tu as, 45 ans plus tard, avec moi, arpenté les rues de cette ville où, plus de deux années durant, tu avais vécu les tourments de la guerre et la rigueur du travail obligatoire qu’on t’avait imposé en tant que pupille de la nation.

Ce long périple, comme une délivrance du passé qui avait laissé dans ta chair des empreintes mêlées de souvenirs à la fois terribles (liberté muselée, éloignement des êtres chers, bombardements répétés) mais aussi plus anecdotiques comme ce couteau enterré au milieu de la cour de tes logeurs, à la barbe de tes gardiens. Un couteau enfoui (sans doute y est-il encore aujourd’hui) comme un symbole du refus de la résignation et de ta confiance dans les lendemains.
Cette confiance dans la vie, cette bonne humeur constante et sans cesse renouvelée, c’est le levain qui nous a tous aidé à grandir et le secret de ta longévité. Merci papa.

mardi 23 septembre 2008

Du rêve à la réalité


C'est un petit village au pied de la colline, au coeur du Beaujolais. A l'Est: les crus de Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Moulin à Vent, St Amour. A l'Ouest: Morgon, Régnié, Côte de Brouilly. C'est à l'orée de vignes, à Villié-Morgon, que nous avons décidé d'aller vivre le reste de notre vie.

Nous en rêvions depuis des années et puis le temps a passé. Une activité professionnelle intense, un enfant qui grandit, des expériences à vivre, des projets à bâtir, ont relégué, pour un temps, cette possibilité. Mais cette fois nous voilà au coeur du sujet. Un vigneron, compagnon de route (entendez par là: amateur de randonnées cyclistes) a mis en vente une parcelle constructible de 1100 m2 à la sortie du village de Villié. C'est autour d'un excellent Morgon 2004 que les négociations se sont engagées. Moins d'une heure plus tard, notre décision était prise. Nous acheterons ce terrain afin d'y construire "notre maison".

Bien sûr, il va nous falloir patienter encore un peu. Nous allons mettre à profit le temps dont nous disposons (3 à 5 ans) pour bien appréhender et construire ce nouveau projet de vie. L'heure est encore à l'imagination. Quelle type d'habitation, quels matériaux, quelle exposition, combien de pièces, quelles priorités, quels aménagements intérieurs... bref tout cela est excitant et enthousiasmant. Celles et ceux qui pourront être des nôtres le 1er mai 2009 (cf post: appel de l'Inde, 5 juin 2008) seront invités à poser la première pierre.

dimanche 21 septembre 2008

Réveil en fanfare

C'est Dimanche.
Et comme tous les dimanches matins, c'est l'heure du marché sur le boulevard de la Croix-Rousse. Vendeurs à la criée, paysans étalant les produits de la ferme, forains vantant les marchandises fraîchement rapportées des Halles, mères de famille poussant le landau du petit dernier, personnes âgées se frayant un chemin avec leur caddie à roulettes, jeunes couples exigeant des produits bio, distributeurs de tracts en tous genres... tout ce petit monde se côtoie au milieu des voitures et du tohu-bohu général. Familles, curieux, dilettantes, forment un cercle autour des musiciens de la fanfare qui donnent la cadence avec un répertoire populaire et bon enfant.
Ambiance sous nos fenêtres...



vendredi 19 septembre 2008

Le savoir et le rire

Souvenez-vous...

 "La montagne sacrée" en 1973, "L' Incal" en 1981, "Un Evangile pour guérir" et "Le Dieu intérieur" en 2003, "La voie du Tarot" en 2004, c'est lui. Cinéaste de légende, metteur en scène, musicien, pilier du groupe Panique, scénariste de bandes dessinées, maître es-tarots, romancier démiurge, conteur, Alexandre Jodorowski est un personnage hors norme, un passeur, un éveilleur à la parole magique. Notre ami Gilles Farcet l'avait longuement interviewer dans un livre initialement paru en 1989: "La tricherie sacrée et le chemin de la bonté" (réédité et augmenté en 2003).



Celui que Arnaud Desjardins reconnaît comme l'un des grands témoins d'un spiritualité vivante et authentique de notre époque, s'est lancé un jour dans une aventure peu banale, donnant chaque mercredi des conférences gratuites dans un dojo parisien prêté par l'un des ses amis.



"Cabaret mystique", qui vient de paraître aux Editions Albin Michel, est un recueil de contes, d'histoires, de textes sacrés, de blagues au contenus initiatiques, qui plongent leurs racines dans l'inconscient, recèlent un sens critique et une philosophie naturelle . Dans le Prologue, Alexandro Jodorowsky explique la genèse de cet ouvrage:
"Guidé par les trois principaux conseils de la Bhagavad-Gitâ ("Pense à l'oeuvre et non au futur", "Identifie-toi au Moi essentiel, ton Dieu intérieur", "Réalise toujours ce qui doit être fait comme un saxcrifice sacré, en te libérant de tout lien"), j'ai analysé des hexagrames du Yi King, des poèmes du Tao Te King, quelques Upanishads, la Genèse et les Evangiles, des textes soufis, boudhistes, alchimistes, des kôans, des haîkus, des fables, des contes de fée, des théories psychnalytiques, etc. Un jour, lisant des pensées du philosophe Ludwig Wittgenstein, j'en ai trouvé une qui m'a paru de la plus haute importance: "le savoir et le rire se confondent". J'ai alors décidé d'inclure des blagues dans mes conférences que j'ai intitulé "Cabaret mystique".



Dans "Cabaret mystique", Alexandro Jodorowsky ne se contente pas de nous livrer des histoires, mais il les décortique, il les analyse à sa façon, laissant le lecteur libre de son cheminement.
 Je vous en livre deux, choisies au hasard (!):



On raconte à un chercheur de vérité qu'existent des fleurs qui brillent autant que le soleil. il se met à les chercher, en vain. Elles deviennent une véritable obsession. pendant des années, il parcourt la planète à la recherche de ces fleurs lumineuses, sans en trouver aucune. Déçu, convaincu qu'elles n'existent pas, il s'assoit au bord d'un chemin, ayant décidé de jeûner jusqu'à mourir de faim. Au bout de quelques jours vient à passer un vieux paysan portant un énorme bouquet de fleurs qui brillent autant que le soleil. Stupéfait, il lui demande:

- Dites-moi ,mon brave, comment avez-vous pu trouver autant de fleurs alors que moi, qui ai parcouru le monde entier, je n'en ai jamais vu?

- Très simple, répond le vieillard. le matin, dès que je me réveille, je regarde fixement le soleil. Ensuite je vois ces fleurs partout.



Très bonne journée.

mercredi 17 septembre 2008

Légendes d'avenir

Plus de 300 000 spectateurs ont assisté, dimanche après-midi, à la plus grande parade urbaine dansée du continent. Sous la houlette du chorégraphe Mourad Merzouki, assisté par 17 de ses pairs, 4 500 artistes amateurs et bénévoles venus de toute la région Rhône-Alpes se sont engagés pendant un an et demi dans une aventure artistique et humaine dont le défilé constituait le point d'orgue.

Trois heures de déambulation dans l'artère centrale de notre belle ville de Lyon (de la place des Terreaux à la Place Bellecour). Des chars, de la musique, du rythme, des chants, des danses, des rires, sur le thème: "A quoi ressemblera l'humanité de demain?"

Cette fête populaire, avec son air de carnaval, a révélé toute la magie d'un monde métissé, coloré, pour un temps de liesse partagé.

Instantanés...










lundi 15 septembre 2008

Blue Lady vision


Pour atteindre le but ultime (quel qu'il soit) il faut savoir se surpasser, aller au-delà de ses propres limites, sans perdre haleine, sans craindre l'inconnu, car le temps et l'expérience jouent toujours en notre faveur. C'est le message que m'a adressé l'inconscient, la nuit dernière, dans une de ses pirouettes dont il a le secret.

En assistant hier soir à la dernière création de Carolyn Carlson, intitulée, "Double vision", présentée dans le cadre de la Biennale de la danse de Lyon, j'ai pu mesuré combien le parcours atypique de la danseuse et chorégraphe avait façonné "la grande dame" de la danse contemporaine, aux yeux rieurs empreints de simplicité et d'amour.

Dans ce spectacle poétique et visionnaire, d'une beauté souvent époustouflante, Carolyn, seule en scène pendant plus d'une heure, nous communique sa vision d'un monde plus responsable et plus serein. Drapée dans un unique tissu qui couvre l'ensemble du plateau, elle se fond avec les éléments et les projections vidéos qui ont la couleur et le parfum des saisons. Elle nous rappelle que, à l'instar de l'oiseau et du caméléon, nous sommes des êtres vivants de passage sur cette terre qui nous a tout donné.


Dans une autre séquence, en prise avec notre époque, industrialisation et vitesse riment avec solitude et chaos. Les mouvement répétitifs et saccadés amplifient l'impression de cauchemar. "Path to nowhere", voit-on apparaître sur fond d'écran sur des images et des graphismes vertigineux, inventés par un duo d'architectes-plasticiens associés étroitement au projet. Aviez-vous remarqué que nowhere, qui signifie nulle part, est constitué des deux mots: now (maintenant) et here (ici)?

L'ambiance apaisée et lunaire, qui constitue la troisième partie du spectacle, nous parle d'éternité.
The world I see ...
The world I make ...
The world I imagine ...
Avec joie et malice, sa gestuelle complice retrouve alors une âme d'enfant, celle qui ne l'a sans doute jamais quittée.


Quand elle n'est pas sur scène ou dans un studio de danse pour transmettre son art, Carolyn n'hésite pas à prendre la plume. Elle a publié notamment, aux Editions Actes Sud, un petit fascicule intitulé " Le soi et le rien", recueil de poèmes et pensées qui, depuis des années, fécondent sa réflexion sur l'esprit et le mouvement. Illustrés à l'encre de Chine, ces textes sont proches des koâns du boudhisme zen. "Les maîtres ne meurent pas, Ils dorment seulement", écrit-elle.
Un maître à sa façon.

samedi 13 septembre 2008

Par-delà les sommets


On s’y presse de toutes les régions de France mais aussi de l’Europe entière, et les Hollandais ne sont pas les moins nombreux depuis qu’un certain Kuypers avait remporté cette étape de légende. Un parcours de 174 kilomètres qui emprunte les vallées de l’Oisans et de la Maurienne avec un dénivelé positif de plus de 5 000 mètres qui vous tient en selle 7 heures durant pour les meilleurs et jusqu’à 12 à 13 heures pour les moins affûtés. Mais vous aurez le bonheur de franchir quelques-uns des cols les plus mythiques de l’histoire du Tour de France.

Rendez-vous à 6h30 du matin à Bourg d’Oisans. En quelques minutes des grappes de coureurs essaiment les rues de la petite cité. Malgré les efforts soutenus des organisateurs pour gérer le flot ininterrompu des coureurs répartis selon leur numérotation, chacun tente de se frayer un passage pour parvenir au plus vite sous l’arche de départ. Il fait encore très frais ce matin, environ 10°, malgré des prévisions météorologiques plutôt favorables. Les plus téméraires ont choisi de se vêtir uniquement de leur cuissard et de leur maillot mais le plus grand nombre porte encore le coupe-vent à manche longue si indispensable lors du franchissement des cols et plus particulièrement lors de la descente. Au passage de la bouée de départ, les signaux sonores incessants vous rappellent que la puce placée à votre cheville droite fonctionne bien et qu’elle sera garante du temps réalisé et de la vitesse moyenne du parcours. Entre 7h15 à 8h, plus de 6.000 passionnés, aux couleurs bigarrées vantant les mérites de leurs sponsors favoris, s’élancent à vie allure sous les applaudissements et les encouragements des amis ou conjoints. Les premiers kilomètres dans la vallée permettent un échauffement en douceur.

Dès les premières pentes, le pouls s’accélère. A défaut de gérer les paliers individuels liés à son propre rythme cardiaque, c’est l’asphyxie assurée. Mieux vaut monter au train sans se soucier de la cadence effrénée des impatients qui veulent déjà en découdre. 34 kilomètres d’ascension pour atteindre le sommet du Col de la Croix de fer, cela peut vous mettre en appétit ou bien condamner prématurément l’aventure. Le va et vient incessant des roues qui bourdonnent sur le bitume refroidi par la nuit se mêle aux clameurs et aux cris de ceux qui se donnent de l’entrain et du courage pour toute la journée. «Dis papa, c’est encore loin l’Alpe d’Huez».
Malgré le «gatosport» avalé au petit matin et les pâtes de la veille, le corps est déjà en demande. Encore quelques kilomètres roue dans roue avec une «cyclo sympa» et voici le Col de la Croix de fer bien en vue. Contrairement à l’année passée, où neige et pluie se disputaient le ciel, cette fois nous franchissons le col du Glandon sous le soleil caressant du matin sans même prendre le temps de nous désaltérer. La descente rapide sur Saintes Marie de Cuine conduit dans la vallée de la Maurienne. Les nombreux virages créent des espaces entre les coureurs. Certains prennent des risques démesurés au regard de la circulation de voitures venant à contre-courant, contraintes le plus souvent à s'arrêter. La sirène d’une voiture de pompiers lance son hurlement pour nous signaler qu’un accident vient de se produire. Un crissement de freins propre à réveiller le troupeau de moutons bêlant sur le versant opposé nous rappelle que la montagne offre son lot de danger. Un cycliste est allongé sur le bas coté de la route. Il semble bien mal en point. Autour de lui s’affairent les premiers secours. Après avoir jeté un regard furtif vers l’accidenté, chacun poursuit sa route avec une vigilance accrue malgré les lunettes solaires qui reflètent mal un début d’impatience. La tension permanente qui s'exerce sur les cocottes de frein finit par avoir raison de vos avant-bras et de votre dos. Heureusement les 20 kilomètres qui nous séparent encore de St Michel de Maurienne vont nous permettre de récupérer, bien à l’abri derrière un groupe qui s’effiloche en file indienne à cause du fort vent de face.

La montée du Col du Télégraphe s’avère plus difficile qu’il n’y paraît après plus de 4 heures de route. La chaleur de la mi-journée semble descendre dans les jambes et les gouttelettes de sueur, évitant quelquefois le contour des yeux, se fraient un chemin entre le casque et la pointe du menton avant de rebondir sur les genoux. Et ce ne sont pas les bouteilles vides abandonnées par l’avant-garde des coureurs qui vous redonnent de l’ardeur. Il ne reste plus qu’à s’en remettre aux touristes sensibles à la performance et prompts à voler au secours de ceux qui manifestent quelque signe de détresse. Il faudra encore patienter pour faire le plein d’eau gazeuse, qui fait tellement défaut sur le parcours. « On n’est pas sur «l’Ardèchoise», me glisse à l’oreille un compagnon d’infortune. A Valloire les plus organisés sont accueillis sous des tentes dressées par les «tifosis» qui les attendent avec des sacs remplis de victuailles. Il est près de 13 h lorsque nous arrivons au principal ravitaillement de la journée. Les organismes qui ont été sollicités plus de 6 h durant sont avides de nourriture salée et sucrée. Les quartiers d’orange se disputent la primauté avec la mortadelle et chacun enfourne goulûment, là un sandwich, là quelques dattes ou pruneaux, pour apaiser ou prévenir une fringale.
A peine 10 minutes auront suffi à régénérer les corps qui se remettent en train pour affronter le Galibier qui culmine à 2506 mètres d’altitude. Les pelotons s’égrènent au fil des kilomètres. Les mains en haut du cintre, il faut alors veiller à alterner la position «en danseuse» avec la position assise. Bien dérouler les chevilles met à contribution les muscles fessiers, soulageant ainsi les quadriceps. La chaleur caniculaire a bientôt raison de nombreux coureurs qui cherchent désespérément un coin d’ombre. Les flancs rocailleux de la montagne offrent parfois un abri de courte durée mais l’odeur chaude du goudron lance vers l’avant ceux qui sont en quête d’un air plus pur. A environ 5 kilomètres du sommet, je mets pied à terre à mon tour, le temps de m’allonger sur un petit coin d’herbe verte et de laisser pendre les jambes alourdies par l’effort et la chaleur. Des compagnons de route saluent avec envie cet instant volé à la dureté de la course. Puis j’enfourche à nouveau ma monture bien décidé à rejoindre ceux qui m’avaient gentiment fait la nique. La pente est de plus en plus rude. A moins de 2 kilomètres du sommet, à la faveur d’un rafraîchissement de la température et d’un virage qui affiche les 10%, j’accélère l’allure et laisse mes compagnons pantois. Le vent qui souffle au sommet du Galibier nous oblige à un arrêt très bref au milieu d’une mer de gobelets en plastique qui jonchent le sol et se confondent presque avec les rares névés encore accrochés aux parois de la route. Merci à tous les bénévoles qui rendront le lieu à sa beauté naturelle après notre passage.

La descente vertigineuse vers le Col du Lautaret avec ses lacets serrés oblige à beaucoup de prudence sous peine de se retrouver comme ce coureur assis sur le bord de la route, prostré, en pleine léthargie. Il faut éviter aussi les pièges que recèle la route. Je règle mon allure sur celle d’un «cyclo» dont le gabarit offre une parfaite couverture au vent et je reste dans son sillage pour mieux profiter de l’aspiration. 30 kilomètres de descente à environ 60 kilomètres heures, c’est quelque peu grisant quand la circulation reste dense en cet après-midi de Juillet. Et comme le dit avec délicatesse Julos Beaucarne : «J’aime le vélo car j’aime embrasser l’air sur la bouche».

La longue ligne droite qui conduit jusqu’à Bourg d’Oisans n’offre que peu de répit avant de se lancer dans l’escalade des 21 lacets de l’Alpe d’Huez dont on distingue à peine le profil tourmenté. Un certain nombre de courageux du matin stoppent là leur effort, bien content de pouvoir brandir le Brevet du «Marmotton». Les autres, au bord de l’agonie, encouragés par une foule nombreuse, s’accrochent au bitume comme pour ne pas se laisser envahir par des images d’abandon. Les premiers kilomètres jusqu’au virage 17, sont les plus terribles. Passer du 50x18 au 30x27 en quelques dizaines de mètres refroidit les plus enthousiastes. Demandez à un certain Amstrong ce qu’il en pense, lui qui fut jeté dans la bagarre au pied de l’Alpe par son coéquipier Beltran qui avait osé forcer l’allure dès les premières pentes dans la 8è étape du Tour 2003. Au virage 15, le pourcentage de la pente diminue quelque peu mais après une journée passée en selle, les jambes ne font plus la différence. Au virage 7, un groupe de coureurs s’est arrêté pour reprendre son souffle. Belges, allemands, Suisses, Français, tous unis dans la même galère. Je ne sais plus sur quel pied danser lorsque je vois surgir une «féminine» qui semble encore capable de faire rendre l’âme à son vélo plutôt que de s’avouer vaincue. Je saute dans sa roue bien décidé à ne pas lui céder un mètre de terrain. Au prix d’un effort terrible, puisant dans mes dernières réserves, je parviens à la doubler au virage 3. Comme attisé par un désir de conquête et un taux d’adrénaline qui s’élève en même temps que la pente, je file vers le sommet avalant une vingtaine de coureurs dans le dernier kilomètre avant de franchir la ligne sous le regard attendri de ma dulcinée, en 11h01'34". La Marmotte, c’est promis, j’y reviens l’année prochaine.

vendredi 12 septembre 2008

Danse au coeur





Tous les jours, à la même heure, par tous les temps, près des Halles Bocuse, entre 13h et 13h30, une homme danse dans la ville, loin des artifices et des compromis de la scène, s'exposant au regard d'un public averti comme à celui des badauds ou des gens de passage. Il s'appelle Paul André Fortier. Figure de la scène Montréalaise, ce chorégraphe et danseur nous attend, sans nous attendre. Selon ce que lui inspire l'instant, il varie son pas, ses gestes, ses trajectoires, imperturbable. Si l'on veut bien s'attarder à le regarder, notre regard sur la cité environnante s'en trouve changé. De place en place, il sillonne le monde pour faire surgir l'aléatoire au coeur du quotidien. Si vous avez la chance de passer par là, arrêtez-vous et emboîter lui le pas.

(Biennale de la danse -tous les jours du 1er au 30 septembre, de 13h à 13h30, Cours Lafayette, -Lyon 3è, gratuit)

mardi 9 septembre 2008

L'humanité de l'autre


Les mots que j’emploie dans ma communication avec les autres sont pétris de l’être unique que je suis, avec ses propres valeurs, son histoire, ses connaissances, son affectivité.

Toute communication est un exercice d’interprétation à la lumière de ses propres références, ses propres filtres. Il y a nécessairement dans ce processus une déperdition d’information et de déformation. La communication parfaite est un mythe. Accepter le risque d’une communication imparfaite, c’est le meilleur garant de l’efficacité. La communication est un exercice permanent de créativité qui mobilise la curiosité, l’étonnement.

Communiquer, c’est partager nos malentendus. On est souvent à la source des malentendus qu’on provoque. Toute personne est source d’imprévus. La communication, c’est la chance de la diversité. Une parole, c’est un point de vue. Accepter l’originalité et la diversité, c’est accepter l’occasion d’un plus grand partage. Il y a ce que je dis et la manière de le dire qui peut ne pas faciliter la compréhension. Communiquer, c’est gérer un contexte, le verbal et le non verbal.

On ne rencontre jamais l’intériorité de quelqu’un mais seulement son expression extérieure. C’est l’apparence qui fait progresser l’intériorité. L’apparence qu’on choisit avec quelqu’un témoigne de l’intérêt que je lui porte. Une relation est un échange, une transaction qui nécessite de la réciprocité, une forme de négociation. En terme de communication, le bon point de vue, c’est celui du récepteur. Pour bien communiquer, il faut reconnaître l’humanité de l’autre.

Nous n’utilisons qu’une partie de notre potentiel. Le potentiel non utilisé reste du potentiel utilisable. L’individu a en lui d’autres ressources pour faire autrement. Communiquer, c’est échanger des strokes positifs ou négatifs. Il faut apprendre à gérer les strokes négatifs pour les convertir en strokes positifs. Apprendre à positiver. L’important, c’est de fêter les retrouvailles avec soi-même, de cultiver ses propres ressources. Apprendre à regarder le positif là où il est et non là où il devrait être.

Extraits d'une conférence de Gérard Guillot, philosophe de l'éducation, CND Lyon mai 1999

dimanche 7 septembre 2008

Simple et beau


En attendant la rentrée cinématographique fin septembre, je vous recommande tout particulièrement le dernier film des frères Dardenne "Le silence de Lorna", prix du scénario au dernier festival de Cannes.

Pour devenir propriétaire d'un snack avec son amoureux et échapper, espèrent-ils, aux années de galère, Lorna, une jeune albanaise vivant en Belgique devient, malgré elle, la complice de la machination macabre d'un homme du milieu, prénommé Fabio. C'est grâce à lui qu'elle a pu obtenir la nationalité belge. En épousant un paumé du nom de Claudy, qu'elle s'apprête à quitter pour épouser ensuite un mafieux russe prêt à payer beaucoup pour obtenir à son tour sa naturalisation. Fabio a prévu de faire disparaître Claudy, le maillon faible, faisant croire à l'overdose fatale. Les affaires d'argent et de coeur ne peuvent faire bon ménage.

La cruauté des situations, la magistrale restitution de l'ambivalence et des contradictions sont merveilleusement restitués à l'écran par un jeune actrice originaire du Kosovo (Arta Dobroshi), impressionnante de présence et de maturité. A ses cotés, Jérémie Régnier est bouleversant dans le rôle d'un héroïnomane cadavérique au bord de la rupture. Avec ce film noir, haletant, les frères Dardenne ( Le fils en 2002, Rosetta en 2003, L'enfant en 2005) signent un film subtil, intense, où courage et vertu sont souvent là où on ne les attend pas. Nous sommes pris au piège, bouleversés à l'instar des personnages qui doivent faire face à des cas de conscience qui les dépasse. Ce cinéma sans pathos inutile est plein d'humanité et porte la marque des plus grands.

"Ce qui nous a intéressés, c'est de raconter l'histoire d'êtres humains qui arrivent, par des manières qu'on ne peut pas saluer, à obtenir ce qu'ils pensent être leur part de bonheur." La cabane dans la forêt dans laquelle Lorna va finalement se réfugier a la profondeur symbolique d'un conte rédempteur.

vendredi 5 septembre 2008

Retour en avant


C'est l'évènement de la rentrée à Lyon. La Biennale de la danse 2008, qui fête cette année ses 25 ans, a pour titre et fil rouge le retour en avant. Avec pour postulat que l'écriture chorégraphique invente des voies nouvelles en se nourrissant du répertoire. 17 créations, 43 compagnies originaires de 19 pays, au total plus de 600 artistes en provenance d'Helsinki, Montréal, Sao Paulo, Taïpei, Ouadougou etc. vont se produire à la Maison de la Danse et sur les scènes associées du Grand Lyon du 6 au 30 Septembre. Le Centre national de la danse (établissement public voué à la pédagogie, où je travaille depuis plus de 15 ans) est étroitement associé à cette manifestation unique: master-classes, conférences, rendez-vous professionnels.

La question de la transmission d'un répertoire est au coeur des spectacles et performances présentés partout dans la ville. La recréation, par Carolyn Carlson, du solo emblématique "Blue Lady", dansé cette fois par le chorégraphe finlandais Tero Saarinen, constituera un des évènements de la Biennale.

Créé en 1983, "Blue Lady" est devenu une pièce de répertoire qui a fait le tour du monde. D'immenses stores vénitiens, un tourbillon de robes et de chapeaux dessinent le cadre poétique d'une danse flamboyante inspirée par la musique du compositeur René Aubry. Les virevoltes et les bras de Carolyn Carlson ont marqué les mémoires, à la fois somme et exploration des possibles. L'inspiration de la pièce est marquée par Venise et par un élément biographique: la maternité de Carolyn Carlson. Cet événement a modifié en profondeur sa conscience du monde et de l'existence.


La transmission d'un ballet n'est pas chose aisée, comme j'ai pu le constater de visu. Cette semaine, l'actuelle directrice du Centre Chorégraphique National et Tero Saarinen répétaient dans le studio qui jouxte mon bureau. Ils m'ont autorisé à prendre quelques photos au cours de l'ultime répétition. Avec "Blue Lady" Tero Saarinen expérimente au masculin le vocabulaire et la grammaire de la chorégraphe qui partage avec lui son amour de la Finlande et du Japon. "Blue Lady" sera présenté ce week-end au Tobboggan de Décines ( salle de l'agglomération Lyonnaise). Et Carolyn reviendra dans nos murs pour une masterclass le Mercredi 10 septembre.

"Un artiste doit avoir une seule obsession dans la vie: toucher l'âme des gens, révéler la part de poésie qui est en eux. Cette quête de l'invisible t'aidera à t'élever. Nous autres danseurs, nous volons des moments de grâce à l'univers" (Carolyn Carlson)

jeudi 4 septembre 2008

Pure, dure, nature


Depuis plus de 10 ans, à la mi-août, je participe à la Transmaurienne, raid VTT d'altitude réservé aux pratiquants aguerris (cf. post du 31 août 2007). De St Jean de Maurienne à La Toussuire, d' Albiez-Monron à St Sorlin d'Arves, les chemins, les sentiers et autres single-tracks deviennent le terrain d'aventures des vététistes chevronnés qui semblent défier les Aiguilles d'Arves, au profil si particulier.

Une nouvelle fois, malgré mes 56 printemps bien assumés, je me suis laissé tenter par ce challenge. Il est vrai que les organisateurs proposaient un "petit parcours" (!), réservé à la catégorie "promotion" (hommes de 19 ans et +) et aux "féminines toutes catégories" qui ne souhaitaient pas se mêler à la bagarre des Teams de plus en plus présents sur cette épreuve. Les 5 étapes réparties sur 4 journées consécutives offraient des dénivelés positifs et négatifs dépassant les 6000m sur une distance totale d'environ 150 Kilomètres. C'est dire si la forme doit être au rendez-vous, sinon galères en perspective.

Innovation encore avec un Prologue dans les rues de St Jean de Maurienne. Descente d'escaliers, franchissements d'obstacles, passages techniques, de quoi faire frémir les plus apeurés à l'ombre de la cathédrale de la cité Dauphinoise. Présence et vigilance sont les maîtres-mots car la chute peut anéantir en un instant tout espoir de poursuivre l'aventure.

Le passage à plus de 3000m sur le glacier de l'Etendard (un must de la Transmaurienne ) n' a pas été retenu cette année, pour des raisons environnementales (le site est protégé) et de sécurité, mais les organisateurs espèrent bien que cette étape mythique sera à nouveau présente l'an prochain. Panoramas grandioses, montées interminables (portage oblige), descentes à couper le souffle, cette 20ème édition ne sera pas la dernière. Malgré la fatigue, 11h22'09" de pur bonheur.

PS: DImanche matin, 11000 vététistes se lanceront sur le parcours urbain de la sixième "Lyon Free VTT". Cette fois, je serais du coté des commissaires.

mercredi 3 septembre 2008

J'ai fait un rêve



Le rappel à la vigilance de l'ami Yannick et mon retour dans la communauté des bloggers ne sont sans doute pas étrangers au rêve de la nuit dernière. Ce rêve illustre, en effet, le risque qui guette chacun d'entre nous d'un repli sur soi-même, quand notre petit ego fabrique ses propres histoires, quand matériel et spirituel se disputent la primauté.

Un ami (Alain, oui celui d'ypapy) nous fait savoir qu'une jolie maison, perchée au dessus d'un petit lac tranquille, est à vendre. Les propriétaires actuels, qui l'ont rénové dans le respect de l'environnement et avec un grand souci du détail, ne peuvent plus rembourser les traites mensuelles pour lesquelles ils se sont engagés. Immédiatement, nous nous portons acquéreurs. Nous cherchions depuis des mois déjà une pareille aubaine. Toute la famille (parents, frères et soeurs) est invitée à découvrir, le temps d'un week-end, cet endroit idyllique. Par chance, la maison est grande ouverte et les propriétaires absents. Nous nous y installons et profitons du splendide panorama sur la vallée. Alain, qui doit servir notre cause, arrive sur une grosse cylindrée rutilante. A notre grande surprise, il nous apprend que, non seulement nous ne sommes pas les premiers sur cette affaire, mais que plusieurs autres personnes sont également intéressées. A moins d'être en mesure de répondre à la surenchère des propriétaires, notre rêve est en train de s'évanouir. C'est alors que d'autres membres de la sangha font leur apparition. Parmi eux, des amis (ies) de longue date que j'embrasse avec fougue, tant je suis heureux de les retrouver. J'invite alors toute ma famille à quitter la maison et à faire une petite ballade dans les prés verdoyants. Nous nous retrouverons en fin de soirée. Nous voilà désormais tous réunis autour d'Alain pour un moment de partage et de communion. Ce moment inattendu a relégué au second plan la question de l'acquisition de la maison. Plus rien ne compte que l'instant présent et la chaleur communicative de la relation à l'autre. OUI, C'EST, dirait un maître à penser ou un sage yogi.

Lily Babayaga, experte en analyse des rêves, apporterait sans doute un éclairage insoupçonné en extrayant la substantifique moelle de ce message adressé par l'inconscient. Pour l'heure, je vous le livre, tel qu'il m'est apparu, avec cette clarté qui ne fait aucun doute sur la direction à prendre et la marche à suivre. Et vous qu'en pensez-vous?

lundi 1 septembre 2008

La voie du coeur



Chers internautes, d'ici ou d'ailleurs, parents, amis fidèles ou oiseaux de passage, quelle joie de vous retrouver après cette pause estivale, pour vivre d'exaltantes aventures, partager de belles émotions et bâtir de nouveaux projets.

Marche dans le désert algérien du Hoggar au cours de l'automne, création d'une association "Pour l'amour de l'Inde" au printemps, retour au Karnataka à l'horizon 2010, construction de la maison de nos rêves dans le Haut Beaujolais, tous ces projets sont sources d'énergie renouvelée, de créativité, et porteurs de nouvelles rencontres.

Agir, aimer, cheminer, communiquer, créer, danser, écouter, écrire, éduquer, fêter, goûter, méditer, pratiquer, questionner, raconter, regarder, relier, remercier, résister, rêver, se souvenir, voyager, encore et encore, pour ouvrir des fenêtres, aller à la rencontre des autres et de soi-même, avec simplicité, enthousiasme et vigilance, car l'avenir se joue dans l'infini de l'instant présent.

Pour le reste, faisons confiance à la Vie, car comme le dit Arnaud Desjardins dans "La voie du coeur":
"Le bonheur se trouve dans l’action que nous accomplissons unifiés beaucoup plus que dans les fruits de l’action. Un être unifié est toujours heureux, un être non unifié ou divisé n’est jamais heureux. Vous pouvez être unifié et heureux en mourant seul dans une salle commune d’hôpital et vous pouvez être non unifié et profondément malheureux en possédant la gloire, la fortune et le succès auprès du sexe opposé. Tout tient dans le mot UN : unification – réunification – union.
Vous cherchez le bonheur ? mais il est là ! Soyez ! Prenez conscience que vous êtes! Tournez-vous vers le cœur de vous-mêmes, ouvrez-vous à cette béatitude, à cette paix, à cette plénitude qui émanent de l’être."

Si le coeur vous en dit, poursuivons ce chemin ensemble.

jeudi 19 juin 2008

Rendez-vous en Septembre

Chronique d'une pause annoncée:

Cela fait déjà 10 mois que ce blog a pris vie, grâce à vous, lecteurs assidus ou amis de passage. Alors voilà, c'est décidé. C'est mon dernier post avant les vacances d'été.

Dans le spectacle vivant, l'entracte permet aux acteurs, aux musiciens, aux danseurs, de reprendre leur souffle, de se concentrer pour donner le meilleur d'eux-mêmes après la reprise. Cette pause, je la juge aujourd'hui nécessaire afin, moi aussi, de prendre un peu de distance, de faire le vide, de me ressourcer avant de me relancer dans ces chroniques partagées au fil du temps. Ces échanges, souvent inattendus et imprévisibles, ont ouvert des portes, favorisé des rencontres, enrichi et nourri la réflexion sur les sujets les plus variés. Je m'en réjouis et je remercie toutes celles et ceux qui ont permis de tisser la toile qui n'a cessé de s'élargir. Comme les enfants de cette classe, privés de télévision et de jeux vidéos pendant quelques semaines, je vais m'absenter de cet outil, certes, fabuleux mais qui génère ses propres contraintes et des habitudes.


Je reviendrai dans quelques semaines, animé, je l'espère, par un nouvel élan et le désir de partager encore et encore avec tous mes amis(es) qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs, quelque soit leur culture, leur passé, leur religion, leurs croyances, leur empathie ou leur dissonance.

Car c'est le partage et l'amitié qui font vivre l'Amour et donnent sens à cette Vie.
Je vous embrasse.

mercredi 18 juin 2008

L'étape Beaujolaise

mardi 17 juin 2008

Désirer sans souffrir


"Peux-t-on désirer sans souffrir?" C'était, hier, l'un des sujets du Bac de Philo. Cette question est au coeur de la recherche spirituelle. Voici quelques textes susceptibles de nourrir la réflexion:

"Depuis Spinoza nous savons que lorsque nous désirons un objet, ce n’est pas en raison de ses qualités immanentes et objectives, mais en raison de la valeur que nous lui attribuons. La dépendance vient de la valeur que l’on a donné à un être ou à un objet. Après l’aveuglement, la satisfaction du désir, nous allons pouvoir décider de nous reprendre, et dès lors mettre en œuvre un nouveau désir. On découvre enfin que le désir, c’est l’existence elle-même comme dynamisme et que l’éthique consiste à trouver les voies et les chemins pour faire en sorte que l’existence soit une jouissance d’exister, une jouissance d’être". (Robert Misrahi, Entre désir et renoncement)

"Sans désir et sans amour, aucune œuvre d’art ne pourrait voir le jour ; ils sont la sève de toute création. Ce qu’il y a de beau dans le désir, c’est qu’il accepte son incomplétude, il fait de la distance qui le sépare de l’objet désiré un trajet, une aventure et non un obstacle. Le vrai désir ne vise pas la possession, il est libération, mise en chemin, tension ; il est désir de connaissance, de jouissance toujours reconnaissante. Le désir épouse amoureusement, érotiquement, le manque. Désirer c’est savoir attendre. On ne peut pas vivre sans désirer. Ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’au fur et à mesure du temps, il s’épure, il s’allège, il s’illumine, c’est que l’horizon vers lequel il tend soit le plus ouvert possible." (Sylvie Germain, Entre désir et renoncement)

"Il y a dans l’homme un désir qu’aucune chose désirable ne peut combler. Il s’agit d’assumer le manque, d’accepter qu’il y ait en nous un désir qui ne sera jamais comblé. Il y a en nous un désir d’infini qui est fait pour l’infini et il faut cesser de demander l’infini aux êtres finis, cesser de demander à cet homme, à cette femme d’être tout, parce qu’ils ne sont pas tout. Etre adulte, c’est assumer le manque." (Jean-Yves Leloup)

"Dès qu’il y a désir, il y a tension, tension physique, tension émotionnelle et tension mentale. On ne peut pas tuer les désirs, on peut seulement les transformer. Tant que subsistent en nous les vasanas, les tendances profondes, enracinées, nous croyons encore que c’est dans la satisfaction des désirs que nous allons trouver la plénitude. Vouloir brutalement supprimer ses désirs ne fera que les renforcer.
Le chemin comporte : la satisfaction des désirs qui peuvent être satisfaits ; la compréhension que chaque désir est en vérité un désir d’absolu ; la certitude qu’aucun désir ne sera satisfait vraiment parce qu’on est toujours déçu du fait qu’on a comme critère inconscient l’Absolu.
Voyez qu’en face de la puissance des désirs, deux comportements sont possibles : aller de désir en désir, de sa naissance jusqu’à sa mort, comme presque la totalité des gens, ou aspirer à la réalisation de l’âtma, laquelle implique l’effacement de tous ces désirs.
Démasquer le serpent pour voir la corde s’effectue à des séries de niveaux successifs, de plus en plus intérieurs, de plus en plus subtils. Voilà pourquoi on aime, on déteste, on construit, on détruit, on va, on vient, on s’unit, on se sépare, on se bat, on se réconcilie : pour un serpent qui n’existe pas. Et toute la vie de l’homme, la vie intime de l’homme, ses espoirs, ses souffrances, ses joies, ses révoltes, ses projets, ses plans, ses actions, ses réactions sont tout aussi dérisoires que l’agitation de cet homme tournant autour d’un serpent qui n’existe pas. Voilà le suprême enseignement du Vedanta." (Arnaud Desjardins, A la recherche du Soi)

lundi 16 juin 2008

Au coeur du corps


La Sucrière, à Lyon, accueille depuis le 28 Mai l'exposition anatomique "Our Body", un parcours inédit au coeur du corps. Polémiques et discussions vont bon train depuis que l'on sait que les corps en question proviennent de vrais humains ayant fait don de leur corps à la médecine chinoise, à des fins médicales et pédagogiques. Les corps ont été "plastinés" selon une technique mise au point par un allemand, Gunther von Hagens, en 1977. "L'opération, très longue (1500 heures de travail), consiste à plonger les corps dans des bains de formol, puis d'acétone à -25° pour remplacer toutes ses graisses et liquides par de la silicone. On obtient ainsi au final un spécimen anatomique solide et durable", précise le communiqué. Ces corps et ces organes sans peau permettent de voir et de mieux comprendre le fonctionnement des muscles et des os, de l'appareil digestif, de notre système nerveux, la reproduction et la respiration et l'ensemble du système cardio-vasculaire.

Alors qu'est ce qui dérange, au point qu'aucun musée public n'en ait voulu à Paris? Est-ce parce que les corps sont exhibés dans des situations quotidiennes (à vélo, devant un jeu d'échec, au tir à l'arc, étendu comme à la plage). Au dire du producteur (Pascal Bernardin, producteur de Madonna et de Police), les corps exposés ont été légués à la science et toutes les garanties ont été prises en conformité avec la législation chinoise. C'est sans doute là que repose l'ambiguïté et la gêne. Les débats sont vifs. Des pétitions circulent. D'où viennent les corps exposés? Peut-on faire commerce de cadavres? Est-ce de la science ou de l'art? Peut-on y emmener ses enfants? L'émotion et l'adrénaline sont au rendez-vous de cette leçon d'anatomie." Si nous avions connu çà pendant nos études de médecine, cela aurait été fantastique" dit l'un. "Regardez comme on voit bien la moelle épinière, ce petit muscle qui vous permet de faire la pince entre le pouce et l'index, nous sommes les seuls mammifères au monde à pouvoir le faire", dit l'autre. "Et ces petits capillaires, là, qui saignent quand on se fait mal, nous en avons 100.000 dans tout le corps".


J'ai voulu en "avoir le coeur net", en me rendant à cette exposition en famille. Sans être trop didactique, cette exposition a des vertus pédagogiques indéniables. Après une telle "introspection" au coeur de la machine humaine, nous comprenons mieux son fonctionnement dans sa complexité inégalée et inégalable. Sa fragilité nous rappelle qu'il convient d'en prendre le plus grand soin. Devant ce travail d'orfèvre, on ne peut que s'incliner et dire bravo. Notre société occidentale, qui a tendance à sacraliser le corps, peut trouver là des raisons d'être choquée. Pour ma part, je ne peux que regretter que cette initiative privée (15€ la visite), ne la rende pas accessible au plus grand nombre.
Cette exposition est visible à Lyon, jusqu'au 3 Août 2008, 47 rue Rambaud Lyon 2è.

vendredi 13 juin 2008

La-haut sur la montagne


Au bout du monde, il y a une vallée où, même l’été, les gens ont du mal à se réchauffer. C’est que la vallée est à l’ombre, à l’ombre d’une grande montagne. Et cette montagne est si haute qu’elle n’a jamais laissé passer ni la chaleur ni la lumière. Bien sûr, les gens ont l’habitude, mais ils aimeraient de temps en temps sentir la chaleur de l’été. Alors ils regardent là-haut le sommet de cette montagne où il a l’air de faire si beau. Certains rêvent de s’envoler, mais personne n’ose s’approcher de ces rochers où l’on entend des bruits bizarres quand vient la nuit. Ils attendent tous patiemment que la vieille montagne s’use pour laisser passer le beau temps.
Et puis un jour un enfant naît. Il n’est ni plus fort, ni plus grand, ni plus intelligent. Seulement, lui, en grandissant, il se dit qu’il ne va pas attendre le beau temps toute sa vie :
- Tant pis si j’ai peur, je vais quand même essayer de monter.
Les gens veulent l’en empêcher, ils sont sûrs qu’il va tomber. Mais l’enfant ne les écoute pas. D’abord il marche tout doucement. Il réfléchit: d’en bas il ne voit vraiment pas comment escalader tous ces rochers. Mais plus il approche, mieux il voit par où il va pouvoir passer. Il entend l’eau des torrents et il comprend que c’est le bruit qui fait si peur dans la vallée. Alors il rit en se souvenant de toutes ces nuits qu’il a passé la tête cachée sous l’oreiller. Maintenant il n’a plus peur du tout, il grimpe. Il est parfois découragé quand, au loin, il voit des rochers qui montent tout droit et qui sont lisses. Mais en regardant de près, il trouve toujours un endroit pour s’accrocher. Une main, puis l’autre, il recommence et il avance. Quand il arrive enfin là-haut, il sent le soleil sur sa peau. Il trouve çà vraiment formidable d’avoir chaud. Alors il regarde en bas, il voit les gens tout petits. Il crie :
- Venez, venez, vous voyez bien qu’on peut monter ! Certains quittent la vallée aussitôt, ils laissent tout pour monter. D’autres préparent leurs bagages. Mais comme ils veulent tout emporter, ils ont beaucoup de mal à partir. Ils reviennent toujours sur leur pas pour voir s’ils n’ont rien oublié. Et puis il en reste beaucoup qui ne veulent pas déménager, qui préfère retourner s’asseoir en attendant patiemment que la vieille montagne s’use pour laisser passer le beau temps.
Mais depuis, dès que quelqu’un arrive en haut, il appelle, et dans la montagne l’écho répète:
- Venez, venez, vous voyez bien qu’on peut monter !

(Contes pour petits et grands)

Eric Tabarly disait aussi dans Mémoires du Large: "La confiance est un élément majeur: sans elle, aucun projet n'aboutit".

jeudi 12 juin 2008

Pour les amateurs



Réédition encore, avec la parution, chaque semaine, en supplément du journal "le Monde", de l'Histoire de France en Bandes Dessinées. Parue chez Larousse en 1980, les 16 volumes de la collection qui traverse les siècles (de Vercingétorix à nos jours) sont proposés dans une édition particulièrement soignée sur le plan iconographique. Si certains pans de notre histoire, contée ici en images, sont aujourd'hui contestés par certains historiens, cette bande dessinée se lit avec légèreté et humour. Un plaisir à partager avec toute la famille.

mercredi 11 juin 2008

Galerie Céleste


Réédition du magnifique ouvrage "Galerie Céleste" . Reliure catonnée, format 62X43cm, 61 illustrations en couleur. Reproduction de mandalas, de peintures Bouddhiques et Hindoues à l'encre, aquarelle opaque et autres matériaux traditionnels qui représentent symboliquement l'harmonie et la perfection.

Romio Shrestha est l'un des maîtres de la tradition Indo-népalo-tibétaine de l'art de l'Eveil. Dans la vallée de Katmandou, il dirige une école d'artistes paysans spécialisés dans le style Newari. Les oeuvres de Romio Shrestha sont exposées au British Museum, à l'American Museum of Natural History et à la Tibet House de New-York.

Le Dr Deepak Chopra, prophète-poète de la médecine douce, classé par le magazine Times parmi les 100 personnalités les plus marquantes du siècle dernier, écrit dans l'avant -propos de cet ouvrage:

"Les oeuvres de "Galerie Céleste" puisent dans la sagesse ancestrale des traditions bouddhiques et hindoues qui, depuis des siècles, transmettent certaines des conceptions spirituelles les plus abouties de l'humanité. Romio Shrestha est issu d'une longue lignée de visionnaires himalayens qui considèrent l'art comme la révélation d'une vérité transpersonnelle et non d'un ego individuel. Sa "Galerie Céleste" invite le spectateur dans un monde où des qualités spirituelles latentes se manifestent pleinement. En contemplant ces oeuvres extraordinaires, nous sommes transportés dans les sphères les plus secrètes du psychisme, un lien où tout est possible. Nombre des oeuvres de la "Galerie Céleste" sont des mandalas, c'est-à-dire des représentations visuelles des mantras, les formules sacrées. Dans ce contexte, l'art, tant au niveau de la création que de la contemplation, nous offre un moyen de découvrir notre véritable potentiel, la dimension divine qui réside en nous."
(Editions Evergreen)

mardi 10 juin 2008

Changer le monde


"Je ne peux changer le monde , mais je peux toujours commencer à le changer", se dit un jour Alexandro Jodorowski avant de se lancer dans l'aventure du "Cabaret mystique".
Nous nous sentons parfois impuissants face à l'injustice et à la misère du monde. Et puis nous tentons de sortir la tête hors de l'eau, de sortir de l'abîme, à l'instar de ce conte chinois:

Une haute montagne empêchait, par son ombre, un village construit à ses pieds de recevoir les rayons du soleil. Les enfants grandissaient rachitiques. Un matin, les villageois virent le plus ancien marcher dans la rue, tenant une cuillère de porcelaine dans ses mains.
- Où vas-tu? lui demandèrent-ils.
- Je vais à la montagne, répondit-il.
- Pourquoi faire ?
- Pour l’enlever de là
- Avec quoi ?
- Avec cette cuillère.
Les villageois éclatèrent de rire.
- Tu ne pourras jamais !
Le vieux répondit:
- Je le sais : jamais je ne pourrai. Mais quelqu’un doit commencer.

jeudi 5 juin 2008

L'appel de l'Inde (2)

Dans un récent post (25 avril 2008), je vous faisais part de la création prochaine de l'association "Listen to your heart". La rencontre avec le Père John Alwyn Dias avait été le déclic d'un engagement plus résolu auprès de nos frères et soeurs Indiens. L'idée fait son chemin. Les ralliements au projet se précisent. John nous assure de son aide et de son soutien fraternel.

Nous avons d'ores et déjà pris date en proposant à tous ceux qui voudraient participer activement à cette action de nous retrouver le week-end du 1er et 2 mai 2009, au lieu dit "La Grosse Pierre", chez nos amis vignerons en Beaujolais, (voir site sur le blog). Cela peut paraître loin, mais nous savons que temps permet de mûrir un projet, de l'affiner et de mettre en oeuvre les aspects concrets et pratiques de sa réalisation. Nous souhaitons aussi que les personnes intéressées puissent se rencontrer, échanger et s'approprier ce projet en prenant la place qui leur conviendra le mieux, en fonction de leur intérêt, de leurs moyens et de leurs compétences. D'ici là nous aurons pris contact avec nos partenaires locaux afin d'envisager notre participation à des micro-projets répondant à de réels besoins.



Si donc, vous êtes intéressé par cette initiative (voir rubrique "agir" de ce blog), n'hésitez pas à vous faire connaître. Plus nous serons nombreux et motivés, plus nous pourrons devenir acteurs à part entière d'un projet de développement dans le Karnataka, au Sud-Ouest de l'Inde. Nos amis Indiens ont besoin de nous comme nous avons besoin d'eux. Une manière aussi de grandir spirituellement.

mercredi 4 juin 2008

Pour les passionnés



Cette grand classique de près de 500kms et 5000m de dénivelé positif en 2 étapes a fait rêver plusieurs générations de cyclistes puisqu'elle en est à sa 61 ème édition. Une organisation aux petits soins, des routes pittoresques et l'ascension de cols mythiques, tout est réuni pour faire de ce raid le point culminant de la saison pour les cyclotouristes passionnés dont je fais partie.

Ce week-end, c'est aussi la Fête du Vélo dans toute la France.

mardi 3 juin 2008

De la danse Butoh


Le Butoh est une forme de danse contemporaine japonaise. Très lente, cette « danse des ténèbres » a été créée d'abord en réaction à l'occidentalisation du Japon, (inspirée entre autre par l'expressionnisme allemand), dans la lignée du théâtre Nô (lenteur, envoûtement, minimalisme, poésie,). « Comment peut-on encore danser après l'horreur d'Hiroshima ? » s'interrogent alors les artistes d'une génération enfantée dans la douleur du corps. En général cette danse est faite par des hommes et des femmes quasi nus et souvent peints de blanc.

J'ai vu le spectacle "Zarathoustra" à la Maison de la Culture de Rennes en 1982. L'article que j'écrivais dans le magazine Rennes Poche témoigne de cette découverte:

De la danse Butoh, j’avais encore en mémoire ces images troublantes de « graines de Cumquat », le spectacle de Shankaï Juku. Ces hommes nus, aux crânes rasés, suspendus par les pieds, avaient quelque chose de provoquant et de séduisant à la fois. Avec «Zarathoustra », les sept femmes de la compagnie Ariadone nous invitent à un voyage aussi captivant dans les profondeurs abyssales de l’être en mutation ; un voyage au-delà de la mort.


La démarche de Carlotta Ikeda tente d’associer la lumière Nietzschéenne de l’éternel retour à celle des ténèbres de la danse Butoh. Nous voilà bien loin de la tradition japonaise du Nô ou du théâtre Kabuki. Bien loin aussi de la danse esthétisante occidentale. Cette danse théâtralisée échappe à toute logique et à toute compréhension traditionnelle. Plus de repères, plus de références. Difficile alors de parler de ce spectacle sans évoquer brièvement cette succession de tableaux impressionnants. La lumière se fait sur Carlotta vue au travers d’un voile de tulle maculé de taches noirâtres. Nue, allongée sur un miroir incliné, elle s’éveille avec cette lenteur extrême propre aux orientaux. Deux geishas aux seins nus, tout droit sorties des peintures de Hans Bellmer, s’exhibent, le visage caché sous des corolles de parapluies, retenues par deux serviteurs zélés. Dans la forêt vierge, des sorcières vêtues de haillons, la chevelure hirsute, le visage grimaçant, laissent échapper des cris rauques. Retrouvant le stade de l’animalité, elles croupissent comme un magma d’insectes vermiformes. La musique de Brian Eno crée une atmosphère légère et aérienne. Un sentiment de séduction se mêle à la répulsion lorsque cet être hybride, mi-femme mi-bête, se lèche les pieds avec délectation. Beauté et laideur s’entrechoquent pour laisser place à la fascination. Corps larvés, corps prostrés, emboîtés comme les anneaux d’une chenille, qui bientôt se séparent et s’engagent dans un combat fratricide où la mort semble filmée au ralenti. Chante la ballade du temps qui passe.

Vêtue d’une longue robe rouge, Carlotta joue avec la couche miroir qui se dédouble, renvoyant au passage les feux éblouissants des projecteurs. Symbole purificateur, une pluie de sel et de lumière coule, fluide, sur des corps lovés en lotus qui tentent de renaître afin d’exorciser la mort. Souffle qui progresse jusqu’au cataclysme final. Enfer d’Hiroshima. Paix enfin retrouvée tandis que la musique de Satie nous aide à sortir de la torpeur.
Une étonnante maîtrise des corps, un sens remarquable de la mise en scène, une plasticité sans complaisance, une vision apocalyptique d’une impressionnante beauté.

lundi 2 juin 2008

Etre né quelque part


Dans "La graine et le mulet", la jeune Hafsia Herzi démontrait un talent prometteur. Sa présence illuminait un film fort, justement applaudi et récompensé. Elle est aujourd'hui l'héroïne d'un premier film de Souad El-Bouhati qui aborde les thèmes de l'appartenance et de l'identité.

C'est quoi être française aujourd'hui quand on est né de parents Marocains, élevé dans une cité française jusqu'à l'âge de 10 ans et contraint, par la force, de retourner vivre au pays. Cet arrachement, cet exil forcé, la fougueuse Sofia les porte si fort en qu'elle est devenue une adolescente révoltée qui n'a qu'un seul désir en tête: retourner sur la terre de son enfance, son vrai pays, la France. Rien ne semble pouvoir l'arrêter, ni sa mère impitoyable mais aimante, ni son père qui cherche à la protéger des désillusions qu'il a lui même connues, ni les amies qu'elle côtoie à l'internat du lycée, pas même le jeune homme éperdument amoureux qui va la demander en mariage. C'en est trop. "Si je reste là, je vais mourir", lâche-t-elle dans un éclair de violence où elle fait preuve d'une détermination sans faille.

Que cherche-t-elle au fond d'elle même? Aux prises avec la fascination-répulsion de la société marocaine ( le poids des traditions empêche les femmes de s'exprimer et de se réaliser comme individu à part entière), cette jeune fille brillante et courageuse est avide de liberté et d'autonomie, qui lui font défaut au sein de la cellule familiale. Bien que presque tout le film se déroule au Maroc, non loin de Meknés, l'image de la France est présente en filigrane, comme fantasmée, aux confins du mythe et du rêve. Son passeport, confisqué par son père, lui ouvrira-t-il les portes de la vraie liberté?

La force de ce film réside dans les propos nuancés, ambigües, portés par des personnages secondaires au caractère plus complexe qu'il n'y paraît. Pas d'angélisme, pas de leçon, mais des modes de vie qui s'entrechoquent sans vraiment se comprendre, ni s'exclure. Si le film manque parfois un peu de rythme, l'énergie sauvage et sensuelle de Hafsia Herzi nous emporte et nous fascine. Elle démontre un vrai tempérament et une maturité de comédienne qui donne toute sa force au film de Souad El-Bouhati. Une photographie lumineuse, une bande-son remarquable, autant d'ingrédients qui s'ajoutent encore à cette oeuvre sensible et généreuse.

vendredi 30 mai 2008

L'esprit paisible

Le terme épicurien, dans le langage courant, désigne un être sensuel, gourmand, avide de plaisirs. Je ne saurai dire pourquoi ni comment s'est effectué au fil du temps ce glissement de la langue française. Ce qui qualifie l'Epicurisme authentique, issu de la pensée du philosophe de l'antiquité Epicure (-342 -270), peut être résumé par cette formule gravée sur le mur d'un portique : « Les dieux ne sont pas à craindre ; la mort ne donne pas de souci ; et tandis que le plaisir est facile à obtenir, la douleur est facile à supporter. » C'est son fidèle disciple, un certain Lucrèce, qui divulgua et répandit la pensée du maître.

Au Stoïcisme d'un Sénèque (Cf post du 8 mai ) répond l'Epicurisme de Lucrèce. On ne connait que peu de choses de la vie de Lucrèce et chacun des indices le concernant est sujet à caution. Ecrivain et poète, c'est avant tout un transmetteur. Nul mieux que lui n'a en effet vanté les mérites de cette conception de l'existence (les écrits d'Epicure sont peu nombreux, concis et laconiques). Son traité "De la nature des choses" (De rerum natura), long poème de 7415 vers, expose l'étique véritable du maître: apaiser la tempête de l'âme et "tout regarder l'esprit paisible".


Si les hommes pouvaient, aussi bien qu'ils ressentent
au fond de leur esprit le poids qui les épuise,
en connaître les causes et savoir d'où provient
cette masse énorme, le mal qui tient le coeur,
ils ne vivraient pas comme on les voit très souvent vivre,
ignorant ce qu'ils veulent et réclamant toujours
un autre lieu, comme pour y déposer leur fardeau.
Tel se précipite hors de sa vaste demeure,
dégoûté d'être à la maison, et soudain rentre,
ne se sentant pas mieux, nullement, au-dehors.
Il court, il vole à sa villa, harcelant sa monture,
comme s'il venait secourir les bâtiments en flammes.
Le seuil à peine atteint, il se met à bâiller,
tombe en un lourd sommeil pour tenter d'oublier,
à moins qu'il ne se hâte d'aller revoir la ville.
Ainsi chacun cherche à se fuir, impossible rêve:
on reste fixé à soi-même et l'on se hait,
car la cause du mal échappe à qui en souffre.
Si on la voyait bien, laissant là tout le reste,
on se consacrerait à l'étude de la nature
car son enjeu n'est pas une heure seulement,
mais l'état éternel dans lequel les humains
resteront tout le temps au-delà du trépas.

Le remède au mal de vivre (Tome IV, vers 1067 à 1089)

Le noyau de la doctrine comprend deux versants; ce qu'il faut éliminer: la crainte des dieux et de la mort; ce qu'il faut rechercher: le plaisir comme absence de douleur et le calme de la vie protégée par une communauté d'amis.

Si la notion de plaisir est au coeur de cette philosophie de la vie, il ne s'agit, en aucune façon d'une abondance de biens, d'une course effrénée vers la jouissance. L'idée centrale est que le plaisir est absence de douleur, de trouble physique et psychique. L'absence de tension, se sentir vivre dans le calme. Comme le dit Roger-Pol Droit: "Puisque les besoins de notre corps sont limités, si nous n'entrons pas dans l'illimité du désir, la recherche infinie de nouvelles sensations, alors le bonheur est véritablement à portée de main". Pas de paroxysme, donc, pas de surenchère, (l'amour est une passion dévorante et vaine) mais un plaisir simple, paisible, qui relève davantage d'un sentiment de la chose bien faite et du devoir accompli. Chacun des êtres humains peut y accéder. Il suffit de se défaire des craintes inutiles, des idées fausses, des erreurs et des égarements qui sont les nôtres.

Pour André Comte-Sponville, qui vient de publier un essai sur Lucrèce " Le miel et l'absinthe" (Ed Hermann) "Lucrèce est un philosophe des Lumières. Pas plus qu' Epicure, il ne fait profession d'athéisme: les dieux existent, mais très loin dans les intermondes, où ils sont trop heureux pour s'occuper des hommes. Ici le matérialisme touche à la spiritualité. Elle débouche sur ce que j'appelle une sagesse tragique: une sagesse qui ne fait pas l'impasse sur la mort et la souffrance, une sagesse qui n'essaie pas de consoler, qui n'offre pas un sens ou un salut, mais qui tend vers un certain bonheur, même dans les difficultés, et une certaine paix, même au coeur des combats. C'est ce qui nous rend Lucrèce si proche, si émouvant, si fraternel" (Le Monde, 30 mai 2008)

jeudi 29 mai 2008

Le temps d'une vie


Comment vaincre le temps, comment sortir du temps, comment jouer avec le temps ? Une histoire extraite du Mahâbhârata peut illustrer cette expérience.

Un maître et son disciple marchent dans la campagne, s’arrêtent sous un arbre. Il fait chaud, ils s’asseyent. Le maître dit à son disciple : « Je vois un puits là-bas. Peux-tu aller me chercher un peu d’eau ? » Le jeune disciple va jusqu’au puits, à cinq cent mètres de là. Il y rencontre une jeune fille. Ils se plaisent. Ils engagent la conversation. La jeune fille explique qu’elle habite dans le village voisin. Le jeune homme lui propose de prendre sa cruche et de la porter. Ils vont jusqu’au village. Au fur et à mesure que le conte se développe, on se rend compte que le temps commence à apparaître. La jeune fille présente le jeune homme à sa famille. Elle l’invite à partager leur repas. Il est tard. On lui propose de rester dormir. Il reste là. Il se plaît beaucoup avec la jeune fille. Les jours suivants, il les passe avec elle. Finalement, ils se marient. Le jeune homme travaille au village. Ils ont des enfants. Puis les parents de la jeune fille meurent : la vie s’écoule de manière tout à fait normale et un jour, tout à coup, il se rappelle… qu’il est allé chercher de l’eau ! Sa femme a déjà les cheveux blancs. Il se rappelle qu’il doit apporter de l’eau à son maître, qui attend sous l’arbre. Alors il quitte le village en toute hâte, remplit une écuelle d’eau et gagne l’arbre sous lequel il trouve son maître qui lui dit : « Bien, j’ai failli attendre. » Dans l’éclair d’un regard échangé avec la jeune fille, peut-être s’était-il passé tout cela. Toute une vie. Mais cette vie a-t-elle été vraiment vécue ?

Jean-Claude Carrière, Le cercle des menteurs (Tome 1)

mercredi 28 mai 2008

Les mythes du labyrinthe


Le labyrinthe a toujours fasciné l'humanité. Le terme labyrinthe désignait, dans la mythologie grecque, une série complexe de galeries construites par Dédale pour enfermer le Minotaure. Il fallait le fil d'Ariane pour en sortir.

De nos jours, le labyrinthe, en tant que symbole d'un cheminement initiatique long et difficile est devenu un archétype universel. Il désigne une organisation concrète ou abstraite, difficile à suivre où chacun peut se perdre ou se retrouver. Celui qui y pénètre doit se laisser guider et ne pas perdre confiance. En Inde, il est représenté sous la forme d'un mandala. Il représente le mélange entre l'organisation du monde idéal et le voyage intérieur. Le cercle dans lequel s'inscrit le labyrinthe symbolise l'unité, la perfection: il renvoie à la finitude de la vie. La sortie du labyrinthe marque la victoire du spirituel sur le matériel, de l'éternel sur le périssable.

Avec "Chemins de sagesse, traité du labyrinthe", Jacques Attali surprend là où l'on ne l'attendait pas. Cet esprit curieux, parfois virtuose dans sa rhétorique, livre en effet un essai vivifiant qui place le primat, non dans la méthode rationnelle de ligne droite (qui est, comme chacun sait, le plus court chemin pour atteindre le but) mais dans la réinvention d'un nomadisme tâtonnant, allant jusqu' à utiliser le verbe "labyrinther" pour désigner la part de hasard indispensable à tout parcours initiatique.

"On peut distinguer quatre significations du labyrinthe :
Le labyrinthe raconte d’abord l’histoire du passage vers l’au-delà, du rituel funèbre. Il présente une carte de l’au-delà. Par glissement naturel, le labyrinthe prend une deuxième dimension : il raconte la traversée d’une épreuve par un individu ou une collectivité. Celui qui a traversé le labyrinthe devient un initié, il entre dans une nouvelle vie. Puis apparaît un quatrième sens, lui aussi dérivé du premier: celui de la résurrection. Entrer dans un labyrinthe, prendre le risque de mourir, traverser une épreuve, être initié, tout cela transforme en héros celui qui s’y hasarde.
Le labyrinthe devient ainsi tout naturellement la représentation de l’histoire d’une guérison, d’un chemin d’accès à l’éternité. Il constitue ainsi une frontière, un lieu de passage, de rencontre, de communication entre le monde des vivants et celui de morts.
Au total, tous les mythes du labyrinthe racontent d’une façon ou d’une autre cette quadruple histoire : un voyage, une épreuve, une initiation et une résurrection. Tous relatent la mort promise du héros, son sacrifice, sa découverte d’un secret initiatique, sa transfiguration.
En y entrant, il faut accepter d’être désorienté, de vivre hors de l’espace et du temps, d’avoir le vertige, le tournis, de ne connaître d’avance ni la durée, ni le chemin ; d’admettre, alors qu’on croit atteindre le centre, qu’on est peut-être en train de s’en éloigner.
De fait, se perdre n’est jamais un échec. C’est une occasion de prendre du recul, d’aller là où on est pas attendu, de se trouver. Il faut même vouloir être égaré, trouver du plaisir à être perdu, ne pas craindre l’errance, la solitude, dominer la peur de l’inconnu, accepter d’avancer à l’aveugle. C’est en se perdant soi-même qu’on peut un jour s’accepter.
Nomadiser, faire face, se perdre, s’accepter, persévérer, se souvenir, danser, jouer, ruser, élucider : L’homme qui parvient à réunir toute ces qualités a toutes les chances d’avancer, même après d’innombrables erreurs. Voilà la réponse à la seule question qui vaille : Qu’est-ce que je veux devenir ? " (Jacques Attali, Traité du labyrinthe, Editions Fayard, 1996)

lundi 26 mai 2008

Isadora danse sa vie

Isadora Duncan, ce nom ne vous dit peut-être pas grand chose. Pour les balletomanes, c'est une figure de légende dont la fin tragique restera gravée dans toutes les mémoires. Elle meurt en effet à Nice un soir de septembre 1927, étranglée par sa longue écharpe prise dans la roue de sa Bugatti sport sur la promenade des Anglais. Native de Californie, cette brillante chorégraphe américaine fut une véritable pionnière, la première à s'émanciper des codes de la danse classique et à se placer à l'avant-garde de la danse moderne. "Je voulais danser comme je respire, comme j'aime, comme je souffre, dans une totale indécence, en harmonie avec les rythmes de la terre".
Dans "Ma vie", ouvrage autobiographique achevé au début de l'été 1927, peu de temps avant son accident mortel, elle écrit: "Mon art est précisément un effort pour exprimer en gestes et en mouvements la vérité de mon être. Dès le début , je n'ai fais que danser ma vie... On m' a quelquefois demandé si je mettais l'amour plus haut que l'art, et j'ai répondu que je ne pouvais pas les séparer, car l'artiste seul est l'amant véritable". De sa rencontre avec Rodin, on dira: "Il y a chez Rodin et Duncan ce souci du modelé qui vient de l'intérieur".


Un demi-siècle plus tard, une jeune artiste américaine, Amy Swanson, décide de reprendre à son compte le répertoire d'Isadora. Elle se produit sur les scènes françaises. J'eus l'occasion de la rencontrer au début de ma vie professionnelle alors qu'elle se produisait à la Maison de la Culture de Rennes. Mon intérêt récent pour la danse et les circonstance particulières de cette rencontre scellèrent notre amitié. L'article que j'écrivis, en mars 1983, pour le magazine Rennes Poche témoigne encore de cette rencontre.

Dans des chorégraphies parfois très courtes d’Isadora Duncan et de Kathleen Quilan, Amy Swanson apparaît vêtue de tuniques légères, semblable à une déesse au charme transparent échappée du « Printemps » de Boticelli. Son pas retrouve le rythme des marées, le mouvement des nuages et elle ondule en des gestes limpides et aériens sur les accents romantiques de la musique de Liszt, de Brahms, de Gluck et de Chopin.
Quand Amy raconte une histoire, elle y met le meilleur d’elle-même et elle fait don au public de cette vie qui l’anime. Telle une sorcière moderne, elle donne à voir une image de femme à la fois réelle et impalpable. Tantôt redoutable (comme dans l’inoubliable « Furie », tantôt ensorceleuse, passant du merveilleux au quotidien, elle poursuit son chemin qui va de l’ombre à la lumière avec le même lyrisme et la même qualité d’émotion. Un élan libératoire qui part du plexus fait jaillir cette « vie du dedans » où la précision du geste s’harmonise avec l’expression de l’âme. Nietzsche, le premier philosophe de la danse, ne déclarait-il pas: « Il y a toujours un peu de folie dans l’amour, mais il y a toujours un peu de raison dans la folie ». Réconciliant technique et sentiment, Amy Swanson recrée un style. Elle réussit l’exploit de ressusciter un mythe en y ajoutant une présence personnelle et authentique, témoignage vivant d’un esprit résolument tourné vers l’avenir.

Aujourd'hui, de nombreuses stars de la danse contemporaine, tels que Bill T. Jones ou Caroline Carlson, revendiquent cet héritage et son influence déterminante dans leur parcours. Arte consacre la deuxième partie de soirée du Lundi 26 Mai à 22h40 à ce personnage insaisissable, nymphe à la grâce envoûtante, comme en témoigne les images du documentaire de Elizabeth Kapnist. A découvrir. Rediffusion le 2 juin à 10h50.

samedi 24 mai 2008

Tango passion

Né à la fin du XIXème siècle dans les bas quartiers de Buenos-Aires et de Montevidéo, le tango permet aux classes populaires de s'extérioriser et d'oublier les conditions souvent difficiles à cette époque. Longtemps considéré comme une danse indécente par la haute société argentine, le tango est devenu, au fil du temps et de son évolution, une danse sensuelle et passionnée. Associée à une musique lanscinante, le tango vous emporte dans un élan qui révèle la tristesse, les tendresses et la nostalgie de l'âme.

Importé en Europe, en particulier à Paris et à Londres, il acquiert ses lettres de noblesse grâce des des compositeurs prestigieux tels que Carlos Gardel, Osvaldo Pugliese, Astor Piazzola, Roberto Goyeneche, Juan Cedron ou Juan Mosalini qui marie le répertoire classique du tango à l'improvisation jazzistique. Le bandonéon incarne, plus que tout autre instrument. un clavier magique et complexe où la distribution des notes paraît défier la logique. Ses fleurs de nacres et son soufflet délicat invitent à la communion sensuelle.

Le tango s'est fait chanson. De la chronique quotidienne la plus banale à la poésie, les paroles de tango marient le registre du léger et du grave, les amours déçus, la nostalgie du pays perdu et la rage d'exister. Pendant les années de dictature, Juan Cedron chante ces poèmes d'exil, d'amour, de nostalgie et de douleur:

Il est toujours minuit, ici,
nous vivons dans le noir profond
pleurer ou rire, c'est la même chose.
Comment la nuit a-t-elle pu
devenir d'un coup la mort,
devenir hurlement
devenir sueur et gémissement?


Danse de couple, danse sociale, le tango, depuis une dizaine d'années, a retrouvé son pouvoir de séduction un peu partout dans le monde. Le tango tel qu'il se pratique en bal (milonga) est une danse improvisée à partir de pas académiques, appelés salida, qui font appel à des figures plus ou moins complexes. Mais ce qui importe, c'est la symbiose qui unit l'homme et la femme qui décide, seconde après seconde, (sous l'impulsion de l'homme qui conserve généralement le rôle de guide), des pas qu'ils font faire ensemble.

Nous avons consacré plusieurs mois à l'apprentissage des figures de base en participant aux cours donnés par des artistes-enseignants. Sous son apparente simplicité, quand les corps se confondent, le tango devient une merveilleuse école de vigilance. Créativité, expérience, équilibre et abandon, communication complice sont les ingrédients indispensables d'une danse qui transforme la musique mélancolique en une émotion intense dont rien ne vient rompre l'enchantement.

Jusqu'au 1er Juin, l'Association Tango de Soie et l'Amphithéâtre de l'Opéra de Lyon organisent le Festival "instants Tango".
Au programme de cette manifestation musicale et chorégraphique autour du tango: concerts, cours et ateliers, stages, bals.

PS. Au confluent du tango et de la new music," La revancha del Tango" et "Lunatico" du groupe Gotan Project remplissent toutes leurs promesses. Voir également le magnifique film de Carlos Saura qui a pour titre "Tango" (1998).

vendredi 23 mai 2008

Ravi Shankar and friends


C'est notre ami Michel (Chronophonix) qui m'a fait redécouvrir ce disque de Ravi Shankar produit par Georges Harrisson en 1998.

"Ce fut le challenge le plus difficile de ma vie, comme compositeur et arrangeur. Les chants sanskrit des Vedas, Upanishads et autres écritures ont été beaucoup repris en Inde et ailleurs, soit conservés dans leur forme originale par de vrais érudits pendant des siècles par leurs descendants et leurs disciples; soit chantés sous forme de raga par d'éminents musiciens. Certains ont même essayé de les rendre plus populaires en utilisant une forme semi-classique et une approche plus commerciale. Je désirais faire une version différente qui conserve l'immense force spirituelle et la pureté des Suktas, Shlokas et Mantras et qui soit en même temps plus universelle. Je voulais de plus composer la musique des mantras traditionnels les plus connus et des couplets qui étaient principalement des prières pour le bien-être universel, physique, mental et spirituel de chacun et pour la paix de tous. J'en ai aussi créé et adapté de nouveaux dans le même esprit. J'ai créé la plupart des chants avec les instruments à cordes, d'autres avec une simple flûte, une harpe et un carillon et j'ai aussi utilisé le solo et les groupes vocaux. La répétition des mantras constitue un rappel à soi-même et j'ai essayé de m'imprégner de cette sagesse dans cet enregistrement. Dans tous les mantras traditionnels, j'ai utilisé les trois notes magiques utilisées dans les chants védiques depuis les temps les plus anciens. La même combinaison est répétée même si le ton and la base du raga changent. Le son sacré primordial (Aum or Om) est le mantra le plus court et il est utilisé avant et après chaque prière.
Je serais très heureux si les auditeurs Occidentaux et Indiens, et spécialement les jeunes générations, ressentaient l'étincelle de spiritualité à l'écoute de ces chants dans lesquels j'ai mis tout mon coeur et mon âme". (Ravi Shankar)

Cette ode à Brahma le créateur, Vishnou le conservateur, Shankara le destructeur, Ganesh, Bhagavati, Saraswati, autres dieux de l'hindouisme, est magnifiée par la musique de Ravi shankar et des ses compagnons d'aventure artistique et spirituelle.

Vedic Chanting (part 1):

May there be peace on earth, peace in the ether,
peace in the heaven, peace in all directions,
peace in fire, peace in the air,
peace in the sun, peace in the moon,
peace in the constellations, peace in the waters,
peace in the plants and herbs, peace in trees,
peace towards cattle, peace towards goats,
peace towards horses, peace towards mankind,
peace in the absolute Brahman,
peace in those who have attained Brahman,
may there be peace in me, peace alone.
Through that peace may I confirm peace in myself,
and all bipeds ansd quadrupeds.
may the be peace in me, peace alone.

jeudi 22 mai 2008

Persévérance


Une maison, une cuisine, un grand pot de yaourt non couvert, voici le décor de la scène. Entrée de deux grenouilles, une grosse et une petite. Le drame : espérant un festin, elles tombent toutes les deux dans le pot. Action : elles luttent un certain temps pour en sortir, sans succès. La grosse grenouille abandonne tout espoir, reste immobile et coule au fond. Elle meurt. La plus petite ne veut pas renoncer si facilement. Elle se bat, lutte pendant des heures. A la fin, exténuée, elle s’arrête, reste immobile quelque temps. Le yaourt, à force d’être remué, produisit du beurre à la surface. Ce fut la chance de la grenouille qui sauta hors du pot.

mercredi 21 mai 2008

Ce que la vie nous enseigne


Chaque catastrophe naturelle, chaque guerre, chaque conflit, chaque compétition sportive, tout ce qui se passe dans le monde, nous pouvons le suivre en direct de minute en minute. Télévisions, radios, internet, tous ces outils d'information nous abreuvent de catastrophes, de chocs des cultures, de violence faites aux autres mais aussi à nous-mêmes. Que faire? Se désintéresser des événements mondiaux, se dérober à la violence du monde en restant à l'écart? Ne sommes-nous pas tous dans le même bateau!

Penseur intransigeant et inclassable, Krishnamurti (1895-1986) a toujours cultivé une indépendance d'esprit. Sa pensée était fondée sur la compréhension qu'un changement fondamental de la société ne pouvait émerger que d'un bouleversement radical dans l'individu. Il peut être considéré comme un maître spirituel "laïc" bien qu'il s'en soit toujours défendu: "La vérité est un pays sans chemin". Son message, fondé sur la responsabilité individuelle, s'attache à observer le monde tel qu'il est. "Seul compte le problème: il n'y a pas de réponse à attendre. Car c'est dans la compréhension même du problème qu'est sa solution."

Dans "Vivre dans un monde en crise", Krishnamurti ne fournit ni théories, ni explications. C'est par soi-même qu'il faut explorer le vie. Seule un vision pénétrante de la nature des obstacles qui sont sur notre route, des blessures psychologiques que nous portons en nous, de l'impuissance du système éducatif, de la science, de la politique, de la religion à mettre un terme aux conflits et aux souffrances de l'humanité, de la peur qu'engendre l'attachement aux croyances, aux dogmes, aux personnes et aux biens, peut nous apporte la liberté à la quelle nous aspirons tant.

Extraits:
"Nous sommes le monde... On peut alors se demander s'il est possible de vivre sur cette terre sans être en proie au moindre conflit. Vous ne pouvez pas répondre à cette question, mais laissez-la germer et agir; car si ce germe est vivant, pas simplement au niveau théorique, il porte en lui une formidable vitalité... Laissez cette graine pousser, comme vous le feriez d'un pêcher, d'un chêne ou de n'importe quelle plante. vous ne la déracinez pas chaque jour pour voir si elle pousse bien; vous la laissez en terre. Donc, si la question est porteuse de vitalité, d'énergie, alors elle s'épanouit et engendre sa propre action. Vous n'avez rien à faire, le processus se met en marche tout seul... Cette question a donc une importance énorme, pas la réponse, pas le résultat, mais la question: est-il possible de vivre dans ce monde avec toutes se complications sans l'ombre d'un conflit? Vus avez semé la graine dans votre cerveau, laissez-la se développer et observez ce qui se passe."

"Nous devons nous demander non pas comment réduire l'esprit au silence - ce qui est assez facile -mais ce qu'est l'attention globale. pas l'attention à quelque chose ou concentration, mais un état d'attention totalement différent. La concentration exige un effort, on se concentre sur une ou plusieurs choses et cela devient une habitude comme celle du pilote qui conduit son avion. Alors, est-il possible d'être attentif? Il n'y a aucune hypocrisie ou arrogance dans cette question. Dans l'état d'attention, il y a un silence total, aucune limite, aucune volonté de faire attention. il n'y a que l'attention. Réfléchissons à cela tous ensemble."

PS: "Le livre de la Méditation et de la Vie", autre ouvrage de référence de l'enseignement de Krishnamurti, offre un panorama des thèmes les plus fréquemment abordés dans ses conférences dispensées aux quatre coins du monde: l'autorité, l'action,la liberté, la souffrance, le désir, l'amour, la solitude, la créativité, la religion, la méditation, la mort.

mardi 20 mai 2008

Randonnée Vosgienne


Col de la Schlucht, non loin du lac de Gérarmer. C'est l'un des principaux cols du massif des Vosges. Il tire son nom du mot allemand signifiant gorge, défilé. Ce lieu ravive des souvenirs datant de 40 années. C'est ici que j'ai vécu ma première expérience de moniteur (aujourd'hui on les nomme animateur) de colonies de vacances. Je n'étais pas revenu sur ce site depuis lors.

Aujourd'hui, avec nos amis Isabelle et Guy, Bruno et Nathalie, nous allons (Bernadette, Hugo et moi) marcher en direction du sommet du Hohneck qui culmine à 1363 m. Nous empruntons délibérément un circuit escarpé qui nous mettra à l'abri des touristes nombreux à cette période de l'année. Bruno, enhardi peut-être par la carte d'état-major qu'il brandit entre ses mains, ouvre la marche et imprime une cadence déjà élevée dès les premières heures de la matinée. Des sentiers ravinés et sauvages s'ouvrent parfois sur une clairière où coule un clair ruisseau. Trois heures trente seront nécessaires pour atteindre la crête qui surplomble un lac endormi. Une demi-heure de descente s'impose encore pour dévaler les lacets qui conduisent à l'espace de verdure où nous pouvons enfin nous reposer. Les salades composées à base de penne et de légumes garnis de plantes aromatiques, accompagnées d'un petit rosé gardé frais, sont justement appréciées. Sitôt le repas terminé, Bruno et Guy, comme par défi, se jettent dans une eau dont la température avoisine les 18 degrés. Tarot, compagnon fidèle de nos hôtes, fait là son baptême de l'eau. Les jambes se délassent pendant que les langues se délient. J'en profite pour parler de la création de l'association "Listen to your heart".

Mais la grosse difficulté de la journée est à venir. Le Hohneck est encore à deux heures de marche. Le dénivelé important impose des efforts que certains jugent plus que méritoires. Sur les pentes revêtues d'un fin manteau de neige, le carré de chocolat remporte tous les suffrages. Le sommet se profile enfin et la tarte aux myrtilles n'est plus très loin. Un nouvelle ardeur emporte les plus récalcitrants. Le soleil se profile enfin. La traversée sur la ligne de crête s'avère plus courte que prévue. Un heure de descente sur des sentiers aisés et nous voilà revenus à notre point de départ. Belle préparation physique avec le Hoggar en perpective.

La soirée se prolonge dans le chalet de Nathalie, situé en contrebas dans la vallée. Champagne et Chiroubles aiguisent les appétits âpres à déguster les côtes d'agneaux et les merguez grillées sur la braise. Les échanges vont bon train. Chacun apporte son point de vue sur les sujets les plus divers. La spiritualité est au centre des débats qui se prolongent tard dans la nuit. Cette journée magnifique, partagée avec des amis, au coeur d'une nature grandiose et généreuse, n'est elle pas une manifestation du divin!

jeudi 15 mai 2008

La fine pointe de l'âme


Zeus avait une femme qui avait tous les talents. Elle savait s’adapter à toutes les situations et à tous les métiers. Elle s’appelait Métis. Zeus n’en pouvant plus, avala Métis. Et depuis lors, chaque fois qu’il prenait la parole, la voix de Métis passait également dans sa bouche.

Certains d'entre nous l'attendaient depuis longtemps. Avec "Dynamique du Soi, la fine pointe de l'âme", Lily Jattiot nous propose des clés de compréhension, théoriques et pratiques, de notre inconscient individuel et collectif. Elle étudie les multiples aspects de la psyché, la symbolique, les mythes (grecs, hébraïques, hindous), les archétypes jungiens et développe les étapes incontournables de l'évolution psychique.

J'ai eu la chance et le grand privilège de participer à l'un des cycles de formation que Lily organise depuis de nombreuses années dans le Sud de la France. Les grandes qualités humaines et l'empathie, dont elle fait preuve envers chacun, constituent un écrin où germent la confiance et l'ouverture du coeur.

Qu'est-ce que le Soi?
Il convient d'en différencier les trois sens, tels que les définit Lily:
- Le soi de soi-même, intériorité de la personne, sentiment d'être quelqu'un, digne d'être reconnu, aimé, respecté
- Le soi, archétype jungien de la totalité psychique, accomplissement de la personne, lumière et ombre, l'âme universelle
- Le SOI, atman des hindous, essence au-delà de l'existence, qu'on peut aussi nommer l'être ou la nature de Bouddha, le divin, quête de la spiritualité.

Dernier séminaire avec Lily Jattiot, août 2007:

"Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les manifestations du Soi (révélation, illumination, samaddhi) mais la façon dont chaque instant de la vie peut être vécu, sans peur, sans émotion déplacée, dans l’unité corps/esprit/matière, c’est-à-dire l’essence même de l’être. Le Soi, c’est ce qui vient là, tout seul. C’est le goût de l’être."

"Pour se connecter avec le Soi, il faut se connecter avec le cœur de soi-même". De quoi ai-je vraiment (profondément) besoin ? La véritable humilité commence par reconnaître sa propre valeur. Les instants de grâce vous sont donnés par surcroît, mais le véritable travail est à faire avec soi-même." Accomplissez la fleur que vous êtes. Osez être vous-mêmes", dit encore Lily.


"Il y a au centre d’une voûte un endroit qui s’appelle la clé de voûte, qui relie et soutient l’ensemble. La fine pointe de l’âme. Le Soi est le point d’équilibre entre le paternel et le maternel. Il faut qu’il y ait du Vide pour mettre la clé de voûte. 99% des gens ont peur du vide et pourtant il est vital. Le Soi a à voir avec le Vide. Nous avons des attachements qui nous empêchent de grandir, qui empêchent les pétales du Soi de se déployer. La dépression c’est le chagrin du Soi. Mettez du vide dans votre vie pour qu’il y ait des choses qui puissent se passer. Tout a sa place, mais il faut trouver l’équilibre. Un symbole est un objet qui fait pont entre le dicible et l’indicible. Un pont entre deux rives. Pour construire la psyché il faut savoir compter jusqu’à 3. Trois dimensions indispensables qui font un édifice sacré : Père, fils et Saint-esprit ; Ying, Yang et Vide".

Je tire une Carte du Tarot d’Osho : l’intelligence du cœur. Carte à dominante féminine. C’est la femme qui éclaire. La part féminine qui est en moi. C’est en donnant que l’on reçoit. C’est en accueillant celui qui donne que le cœur s’ouvre. La maison pourrait être celle de Vishalakshi, en Inde. Elle renvoie à l’espace intérieur dont j’ai besoin. Le groupe de femmes renvoie au projet Capuchin Crishik Seva Kendra et à la nécessité d’ouvrir mon cœur, sous le regard bienveillant et compatissant (empathie) du Père. « L'intelligence de la vie » dit Lily. Clarté, harmonie, équilibre des formes et des couleurs. Plus de lumière encore, la lumière du Soi.


"L'entrée sur le chemin du SOI ne vous laissera plus en repos, tant qu'une infime part de vous-mêmes aura envie de se préserver, de faire chambre à part, de ne pas jouer le jeu, laissant votre mental garder une marge de manoeuvre. Inlassablement le Maître vous replace devant la question essentielle:

Que voulez-vous?"

"Dans les cathédrales, à la verticale, il y a des rosaces pour laisser passer la lumière. Et toujours il y a aussi au sol, à l’horizontale, un labyrinthe. Les deux sont là : la rosace et le labyrinthe. Pendant très longtemps nous errons au sol dans le labyrinthe à deux dimensions. Pendant très longtemps nous n’arrivons pas à en décoller et puis un jour, une étincelle se produit, quelque chose nous est arraché et nous passons à un niveau différent. La verticale se manifeste et nous commençons à pouvoir lever les yeux vers la rosace" (Lily, AG Hauteville 1999)

("Dynamique du Soi, la fine pointe de l'âme", Préface d'Arnaud Desjardins, Editions Accarias, L'originel, 2ème trimestre 2008)

mercredi 14 mai 2008

Le chemin de l'exil


Treizième long métrage de Tony Gatlif (Prix de la mise en scène au festival de Cannes 2004), "Exils" raconte l'histoire de Zano, un jeune Algérien de souche, qui décide, avec sa compagne Naïma, de traverser l'Espagne pour rejoindre Alger et, enfin, connaître la terre de ses parents et de ses ancêtres. Avec la musique comme seul bagage et leur jeunesse éprise de liberté, ils se lancent sur la route en toute innocence. D''une rencontre à l'autre, d'un rythme de techno à un air de flamenco, Zano et Naîma refont, à rebours, le chemin de l'exil. Une fois la Méditerranée franchie, leur quête (qui passe aussi par le Maroc) les conduit à la découverte de leurs racines et de leur identité.

Interprété avec beaucoup d'humour et de détermination par Romain Duris (déjà l'interprète du précédent "Gadjo Dilo"), porté par l'interprétation de l'actrice marocaine Lubna Azabal, les deux interprètes nous communiquent leur passion de la vie et leur générosité dans un road-movie aux élans parfois libertaires. Certaines séquences ne sont pas loin du documentaire. La musique enivrante jusqu' à l'obsession parfois, participe de cet envoûtement qui culmine dans la scène finale d'une cérémonie soufie à laquelle sont conviées nos deux héros en pleine transe. L'heure où le corps et l'esprit s'envolent ensemble pour chasser les démons de leurs cicatrices profondes. (un plan unique d'une dizaine de minutes).

Gitan d'origine andalouse, Tony Gatlif est tout à la fois réalisateur, acteur, scénariste, compositeur et producteur. L'énergie qu'il déploie avec force et sensualité se révèle parfois entêtante comme la bande-son voyageuse qui accompagne ses films. " Il m'a fallu 43 ans pour retourner sur la terre de mon enfance, l'Algérie, 7000 kilomètres sur la route, en train, en voiture, en bateau, à pied et 55000 mètres de pellicule."

Ces exilés, ces déracinés, portent en eux les empreintes et les douleurs d'une vie vécue à fleur de peau, au sens littéral du terme. C'est d'ailleurs par un gros plan sur le dos de Zano (alias Romain Duris) que s'ouvre le film. Si vous ne craignez pas d'être embarqué, malgré vous, dans ce vent de folie et de sensations qui hante les images de Tony Gatlif, allez à la rencontre de ce réalisateur hors norme et de cette bouffée d'air frais, hors des sentiers battus. Une ode à la jeunesse, aux senteurs charnelles de nos coeurs amoureux, aux vapeurs alcoolisées de nos têtes rêveuses.

Le film "Transylvania", sorti en 2006, est de la même veine.
(C'est demain soir, jeudi, sur Arte, à 20h50)

mardi 13 mai 2008

L'école de la vie

Ils ont dix sept ou dix huit ans. Dans moins d'un mois, comme la très grande majorité des jeunes de leur âge, ils passeront les épreuves du Baccalauréat. Leur particularité: Ils poursuivent leur scolarité dans une école Steiner. Hôtes de nos amis Alsaciens le temps d'un week-end, nous sommes invités à découvrir les travaux réalisés par les élèves terminant leur douzième année. Tout au long d'une année scolaire déjà bien remplie, chacun des apprenants, avec le soutien d'un tuteur, a réalisé un projet personnel qui lui tient particulièrement à coeur. Devant une assemblée de parents, d'amis et de curieux, les élèves présentent, sur la scène du Centre culturel, les défis qu'ils se sont lancés 9 mois plus tôt.